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Intégration des minorités ethniques dans la société québécoise
Les immigrants ont fait leurs devoirs
« Nous avons fait ce qui a été demandé : obtenir un diplôme québécois, chercher un peu d’expérience, adhérer à un ordre professionnel, apprendre l’anglais, etc »
Kamal El Batal
Le Devoir
vendredi 21 juillet 2006


Charte des droits et libertés... Principes démocratiques et d’égalité... On a besoin de vous et de votre compétence... Mais peut-être que c’est le chômage qui sera votre sort !

Faut-il croire aux paroles des gouvernements péquiste et libéral ? Ça fait plus d’une vingtaine d’années que les immigrés de toutes origines, de niveau académique et d’antécédents professionnels appréciés, ne cessent de revendiquer un statut « relativement » représentatif et transparent quant aux postes de la fonction publique et des sociétés d’État. Gouvernement après gouvernement, programme après programme... Nous sommes finalement rendus à un échec inexplicable et sommes devant un solde négatif ! L’intégration de ces minorités ethniques dans la société dépend principalement de votre action concrète et de votre sincérité de faire changer les choses en tant qu’appareil législatif jouissant d’un pouvoir et d’une autorité suprêmes.

C’est la faute de qui ? Nous, les immigrés, avons fait ce qui a été demandé par les autorités dès notre arrivée : obtenir un diplôme québécois, chercher un peu d’expérience, adhérer à un ordre professionnel, apprendre l’anglais, etc. Nous investissons temps, énergie, famille, argent, corps et âme, dans l’espoir que ce projet mène vers une carrière de gestionnaire, de cadre et pourquoi pas, de directeur général et/ou de président.

Après tant d’années d’efforts et de diligence, nous découvrons fort malheureusement que le traitement des minorités ethniques est différent de celui des Québécois de souche quand il s’agit du recrutement au sein de la fonction publique ou d’une société d’État. Nous réalisons avec grande déception que les communautés culturelles ne représentent que 2,6 % des salariés de la fonction publique en 2005 ! Ce pourcentage a malheureusement fluctué dans le mauvais sens puisqu’il se situait à 2,11 % en 1993.

Promesses, promesses...

Comment expliquer cette situation ? Et où sont passées les promesses que vous vous êtes engagés à honorer ? Vos documents officiels qui stipulent la promesse ou plutôt les promesses répétitives d’embauche à hauteur de 25 % des minorités ciblées ne sont jamais honorées ni atteintes. Comment expliquer le fait que nous représentions plus de 20 % de la population active au Québec et que l’on atteigne à peine une proportion de 3,62 % dans la fonction publique ? Il ne faut pas non plus perdre de vue que cette proportion est partagée par les anglophones, les autochtones et les autres groupes ethniques !

Renouvellement du personnel de la fonction publique, vieillissement de la population, problème de relève professionnelle, manque de médecins, de praticiens, de professionnels, etc. Un discours véhiculé par toutes les instances gouvernementales, les médias, qui fait chaud au coeur et qui incite bon nombre de personnes qualifiées à quitter leur société d’origine pour venir s’établir ici au Québec. D’un autre côté, nous constatons que le chômage ne cesse de croître et pèse lourd dans les rangs des communautés ethniques, empêchant l’épanouissement des individus ainsi que de leurs familles. Comme je l’ai dit le 23 décembre 2003 sur les ondes de TVA (journal de 17h), l’intégration des minorités visibles ne doit pas se faire de façon unilatérale. C’est un effort collectif, partagé, concerté, discuté et qui mérite une ouverture d’esprit principalement de la part du « recruteur québécois ».

La pluralité et la diversité de la culture québécoise lui confèrent une richesse et un rayonnement incontournables sur la scène internationale. Le Québec est en mesure de nouer des liens sociaux, économiques et commerciaux avec tous les pays du monde si celui-ci valorise et prend réellement conscience de la richesse humaine dont il dispose.

En effet, les Québécois de toutes origines représentent un capital à la fois humain et social qu’il importe de faire fructifier et de valoriser afin de récolter dans l’avenir des résultats tangibles.

Par ailleurs, la politique québécoise d’intégration des minorités ethniques doit opter pour des rapports sociaux harmonieux ou un conflit racial et ethnique dans le futur ; pour des citoyens édificateurs, vaillants ou des citoyens cyniques et déçus ; pour une société en santé ou une société malade et agonisante !

Inspirons-nous du vieil adage classique : « Qui sème le vent récolte la tempête ». Plusieurs modèles migratoires au monde se sont soldés par un échec sociétal incurable ; il ne faut ni s’en inspirer ni les copier ! Ici, dans cette société que nous avons choisie, nous voulons semer de la bonne graine en vue de récolter la meilleure graine encore.

La ministre actuelle, Lise Thériault, lance officiellement un document de consultation publique en vue d’élaborer une politique de lutte contre le racisme ! À mon avis, ça sent la campagne électorale... La question que je me pose est la suivante : a-t-on réellement besoin d’une telle investigation pour mettre en place une politique gouvernementale de lutte contre ces fléaux sociaux que sont le racisme et la discrimination ? Selon moi, il faudrait plutôt se pencher sur les vrais bobos et non pas sur les situations déguisées et maquillées. Je lui retourne donc la question suivante : Avez-vous songé d’abord à évaluer tout ce qui existe déjà ? Avez-vous pensé à l’évaluation des institutions québécoises qui — soi-disant — défendent les intérêts et la Charte des droits et libertés ? Finalement, ne serait-il pas plus simple et moins coûteux de présenter un projet à l’Assemblée nationale stipulant l’obligation des organismes publics, parapublics, des sociétés d’État et des corporations privées d’amener la proportion des minorités ethniques à hauteur de 25 % comme il a été convenu il y a déjà plus d’une quinzaine d’années ? Cette loi pourrait faire l’objet d’une évaluation quinquennale par une cellule administrative indépendante et intègre en vue de voir si les prérogatives ont été respectées.

Kamal El Batal
Doctorant en administration des affaires

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