La voie de l’expérience est souvent un chemin amer. Pauline Marois, les membres du Parti québécois et tous les souverainistes l’ont malheureusement appris à leurs dépens en fin de semaine. Dans les circonstances, il aurait probablement été préférable pour la cause de la souveraineté que l’assemblée d’investiture du PQ dans le comté de l’Assomption eusse lieu et que Jean-Claude St-André ait pu y soumettre sa candidature, quitte à ce que Pauline Marois convienne d’un modus vivendi s’il avait été plébiscité. Comme le disait si bien un de mes vieux compagnons d’armes, « il est préférable de vivre avec un allié encombrant qui pisse hors de la tente que de subir un nouvel adversaire qui pisse sur la tente. »
Il semble bien que ce qui a déclenché tout ce crêpage de chignon soit la suspension de l’obligation de tenir un référendum sur la souveraineté dans un premier mandat du Parti québécois. Les lecteurs de mes chroniques ne seront pas étonnés d’apprendre que je partage totalement les objectifs de cette mesure. Toutefois, Pauline Marois s’est arrêtée à mi-chemin dans la rénovation de la stratégie d’accession à la souveraineté en ne remplaçant pas le référendum par une autre démarche plus conviviale pour tous les Québécois.
Je l’ai écrit et réécrit à plusieurs reprises depuis le conseil national de mars dernier, la souveraineté du Québec est et demeure toujours plus populaire que le PQ et tous ses chefs, tous les sondages nous le confirment depuis un an. Pourquoi s’abstenir d’en parler en campagne électorale ? Pourquoi suggérer d’abolir l’obligation référendaire, alors que l’on continue à adopter une démarche identique à celle à laquelle nous étions tenus lorsque le référendum était obligatoire à l’intérieur d’un premier mandat.
La plateforme électorale du PQ propose une vaste tournée des régions au terme de la présente campagne électorale dont l’objectif sera de remobiliser les Québécois autour de la souveraineté. Un copier-coller de la démarche référendaire : se faire élire et en parler ensuite. Pourquoi ne pas parler tout de suite de la souveraineté et se faire élire pour la réaliser, une démarche qui aurait l’avantage d’être beaucoup plus logique et qui nous sortirait des affres de l’étapisme !
Le retour de l’intellectualisme
À la suite de l’élection de Georges W. Bush à la présidence des États-Unis en 2000 malgré un suffrage minoritaire, et depuis la campagne présidentielle orchestrée par Karl Rove en 2004, tous les stratèges politiques républicains et démocrates structurent maintenant leur plan de campagne avec l’objectif d’obtenir, en plus de la majorité des Grands Électeurs, une pluralité du suffrage exprimé qui apportera au gagnant une crédibilité populaire et un avantage stratégique non négligeable au cas de contestation des résultats état par état. Depuis 2004, il est maintenant admis aux États-Unis que le vainqueur sera celui qui aura su le mieux mobiliser ses propres troupes ! Avant de penser arracher des électeurs à l’adversaire, il faudra d’abord que la preuve soit faite par chacun des camps que leurs propres partisans les supportent. Une belle leçon pour nos stratèges politiques québécois.
Cependant, dans un pays aussi vaste et peuplé et dont la population connaît de très cruelles disparités économiques et sociales comme c’est le cas aux États-Unis, il fallait un leader charismatique pour le faire, alors qu’au Québec il est possible d’arriver plus facilement au même résultat en parlant tout simplement du projet de pays. Bien que parfois déterminante, la présence d’un leader charismatique n’est pas toujours essentielle lorsque les enjeux ont l’avantage d’être clairs comme c’est le cas au Québec.
Nous le savons et nos adversaires le savent également, la plupart des Québécois veulent un pays à eux, cela les interpelle tous à des degrés divers, même ceux qui doutent de l’opportunité de faire l’indépendance. Pourquoi alors ne pas profiter de l’élection pour mobiliser les Québécois autour de cet objectif commun, puisque, de toute façon, si nous l’emportons nous devrons nous mettre aussitôt au travail pour réaliser ce grand projet ?
Comme le soulignait avec justesse Robert Laplante à l’occasion du brillant discours où il acceptait avec humilité le titre de Patriote de l’année, il faudra d’abord avoir les idées claires*si nous voulons faire le pays. Une vérité que nos aïeux connaissaient bien, mon père et mon grand-père ne cessant de répéter que le calcul valait bien le travail. Si l’expérience est un chemin qui peut parfois apporter l’amertume, la connaissance est la voie royale vers l’affranchissement individuel et collectif, car elle évite souvent aux jeunes générations de répéter les erreurs de leurs prédécesseurs. Si nos chefs avaient été entourés de gens aux idées aussi claires que Robert Laplante, nous n’aurions pas eu besoin de réinventer la roue à chaque élection comme nous le faisons depuis 1998.
Nous le savons, ce n’est pas le déficit zéro et les coupures dans les dépenses de l’État qui mobiliseront les Québécois, c’est le projet de pays que nous voulons partager avec nos compatriotes, atteignant ainsi la majorité absolue dès qu’elle sera à notre portée. Voilà l’objectif auquel il faut travailler avec rigueur et abnégation dans tous les comtés du Québec, non seulement à chaque élection, mais également entre la tenue de chacune d’elles.
Si l’élection du nouveau président américain marque le retour de l’intellectualisme à la Maison Blanche, pourquoi ne serait-il pas également le bienvenu dans les officines du chef du Parti québécois. Le temps est venu de demander à nos plus grands intellectuels, à ceux qui ont les idées les plus claires - justement ceux dont la franchise rebute au premier abord - de donner du service pour la cause du pays comme ce fût le cas à l’époque de Jacques Parizeau et de René Lévesque, qui étaient alors entourés des plus beaux esprits, fuyant comme la peste la flagornerie et l’autosatisfaction.
Souhaitons que l’expérience ait été suffisamment amère en fin de semaine pour que Pauline Marois et ses stratèges aient bien appris leur leçon. Souhaitons également qu’il en soit de même pour nos jeunes patriotes et leur idole Jean-Claude St-André, qui se concentreront maintenant sur l’objectif de la présente campagne. La récréation est terminée et il faut passer à l’essentiel : avoir les idées claires, battre les libéraux de Jean Charest, gagner l’élection et marcher à grands pas vers la souveraineté.
Louis Lapointe

