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Les grands ménages
Michel C. Auger
La Presse
lundi 14 mai 2007


Dans l’enthousiasme, hier matin à Longueuil, Pauline Marois annonçait qu’elle allait faire le grand ménage qui s’impose depuis la défaite du 26 mars dernier au Parti québécois. Dans une atmosphère toute autre, seul chez lui, Gilles Duceppe contemplait le grand ménage nécessaire au Bloc québécois et qui n’a pas été fait depuis l’élection de janvier 2006.

Pauline Marois est déterminée à faire le ménage au PQ. Fini l’obligatoire lien entre l’élection d’un gouvernement péquiste et un référendum « le plus vite possible » sur la souveraineté.

Un changement qui sera plus facile à réaliser qu’on ne pourrait le penser. Après la dégelée du 26 mars, il n’y a pas beaucoup de « purs et durs » qui tiennent absolument à ce que le PQ reste pour toujours dans l’opposition – et s’ils veulent provoquer une crise et quitter le parti, il y aura bien peu de gens pour s’en plaindre.

Finie, aussi, une social-démocratie dans laquelle on était prêt à perdre 100 000 voix de classe moyenne sur sa droite pour en conserver une poignée sur sa gauche.

Mais surtout, Pauline Marois promet de mettre le PQ à l’écoute de la population. C’est vrai que depuis plusieurs années, le PQ s’est beaucoup plus concentré sur ses débats internes que sur les préoccupations de ses concitoyens.

C’est ainsi qu’à la dernière campagne électorale, la seule promesse du PQ qui ait ressorti fut celle d’un référendum, même si le gouvernement était minoritaire. Mais le référendum était une préoccupation des péquistes et d’eux seuls. Pas étonnant qu’autant d’électeurs qui votaient traditionnellement PQ se soient tournés vers l’ADQ et son programme axé vers la classe moyenne.

C’est d’ailleurs, le principal défi de Mme Marois : montrer que le PQ peut changer sa façon de penser et, éventuellement, de gouverner. Un bon exemple est ce programme social le plus populaire instauré par le PQ et dont elle fut la mère : les Centres de la petite enfance.

Populaires, mais, pour bien des parents, les CPE sont inaccessibles. Plusieurs d’entre eux, qui paient beaucoup de taxes mais qui n’ont pas toujours accès aux services, ont choisi l’ADQ parce qu’elle faisait écho à leurs préoccupations.

C’est cette attitude, cette manière de gouverner que Mme Marois doit changer. Et c’est du succès de ce changement d’attitude que dépend son succès ou son échec comme chef du PQ.

Pendant ce temps, Gilles Duceppe rentre à Ottawa ce matin comme un chef de parti affaibli, qui a besoin de faire confirmer son leadership et qui doit entreprendre, lui aussi, un grand ménage.

Il faut le dire : la décision de M. Duceppe d’être candidat à la direction du PQ ressemblait un peu à une fuite en avant. La prochaine campagne électorale s’annonce difficile pour le Bloc, qui va tenter, pour la sixième fois, de convaincre les Québécois de voter pour un parti qui ne pourra jamais prendre le pouvoir.

Ça ne va pas être facile dans l’état actuel du mouvement souverainiste et sans scandale des commandites pour ternir l’image des fédéralistes.

En fait, le seul argument qui semble rester au Bloc, c’est de convaincre les Québécois que le meilleur moyen d’empêcher Stephen Harper d’obtenir un gouvernement majoritaire, c’est de voter pour le Bloc. Mais tout cela reste du vote de protestation, du vote stratégique si l’on veut, sauf qu’on peut difficilement baser toute la vie d’un parti politique là-dessus.

Depuis sa fondation, ce n’est pas tant la souveraineté qui a été le moteur du Bloc québécois, mais le fait qu’il a été, pour l’essentiel, un moyen pour bien des Québécois francophones de ne pas voter pour Jean Chrétien – ou encore pour protester contre le scandale des commandites que l’on peut certainement mettre à son passif.

Mais Jean Chrétien n’est plus là et le Bloc québécois doit maintenant se trouver une nouvelle raison d’être, ce qui sera encore plus difficile avec un chef à la crédibilité désormais amochée.

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No 274 - 2008

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