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Les faux problèmes
Lysiane Gagnon
La Presse
jeudi 22 novembre 2007


Que se passe-t-il concrètement dans les écoles et les hôpitaux multiculturels - là où, justement, se poserait le soi-disant problème des accommodements raisonnables ?

Deux séries de reportages parus dans La Presse des 12 et 13 novembre et L’actualité du 1er octobre, répondent à la question : de fait, il ne se passe pas grand-chose qui puisse justifier l’alarmisme médiatique et les cris d’orfraie de ceux qui voient déjà nos valeurs foulées aux pieds par l’afflux de minorités revendicatrices. Rien non plus qui puisse justifier l’existence de la commission Bouchard-Taylor.

Quand on va sur le terrain, comme l’ont fait Katia Gagnon et Manon Cornellier (deux journalistes d’expérience dont la crédibilité est impeccable), on voit bien que toute cette histoire était une tempête dans un verre d’eau, et qu’il n’était nul besoin de gaspiller des millions de dollars et les précieux neurones de nos intellectuels pour enquêter sur le sujet.

La réalité, c’est que 1) il y a très peu de demandes d’accommodements provenant de minorités religieuses ; 2) ces demandes sont parfois agréées, parfois non, dans un climat de savoir-vivre. Cela se fait au jour le jour, de manière pragmatique, tant il est vrai que comme le dit Bergman Fleury, spécialiste de l’éducation interculturelle, « il est impossible d’établir des règles absolues et applicables en toutes circonstances ».

À l’école Barclay de Parc-Extension (730 enfants, 39 langues et 50 pays d’origine), la directrice, dans sa longue carrière, a reçu plus de demandes daccommodements de Témoins de Jéhovah (tous des « vieilles souches » !) que de requêtes d’immigrants dans l’école qu’elle dirige aujourd’hui. Pour les cours de natation, une maman musulmane explique à ses congénères que garçons et filles ont des vestiaires séparés, et leur refile au besoin l’adresse des magasins qui vendent des combinaisons recouvrant le corps. Si cela ne marche pas (c’est rare), les filles suivent, à la place, un cours de gymnastique. Où est le drame ?

Idem à la polyvalente Émile-Legault à Saint-Laurent (1600 élèves dont 80 Québécois de souche !). Pas plus d’une vingtaine de demandes en un an !

À la piscine, les groupes sont mixtes et il y a des surveillants masculins, mais les filles peuvent nager couvertes. On rassure les parents : non, on ne dessine pas de nus durant les cours d’art ! On interdit les absences durant le ramadan mais on tolère l’absence pour la prière du vendredi si les parents le requièrent... en les avertissant que cela risque de nuire aux résultats scolaires. On a fermé le local de prière à partir du moment où des musulmans l’ont réclamé pour eux seuls.

À la polyvalente Barthélémy-Vimont (multi-ethnique à 99%), le directeur ne se souvient que d’un seul cas d’accommodement en cinq ans : des parents voulaient que la cafétéria serve de la viande hallal. On a réglé le problème en prévoyant un second plat les jours où il y aurait du porc au menu.

Le jour de la vaccination, une fille refuse de venir en classe en t-shirt ; l’enseignante lui suggère de mettre un chemisier à manches longues sur son t-shirt, et de l’enlever à la dernière minute. Pas plus compliqué que ça. « Si j’avais appelé les médias, dit l’enseignante, ça aurait fait toute une histoire. »

Bien sûr, il y a des situations plus dérangeantes : l’homophobie de certains musulmans, par exemple.

Mais les enseignants, dans ces écoles, voient aussi les aspects positifs : par exemple, l’importance que les parents immigrés accordent à l’instruction, le respect que ces élèves de familles traditionnelles témoignent envers les professeurs. « Ils m’appellent monsieur ! » remarque, surpris, un prof de pastorale

Même son de cloche provenant des hôpitaux. À Maisonneuve-Rosemont, il reste exceptionnel que des musulmanes refusent d’avoir affaire à un médecin masculin. À St-Mary’s (clientèle multiculturelle à 80%), l’ombudsman n’a eu, en cinq ans, qu’un seul cas pénible en obstétrique.

Les institutions ont leurs propres protocoles. En règle générale, si l’on peut agréer à une requête, on le fait. Mais le plus souvent, quand une femme refuse de partager une chambre avec un homme ou de recevoir des soins intimes d’un préposé masculin, il s’agit d’une Québécoise de souche !

En fait, les problèmes que pose le multiculturalisme aux hôpitaux tiennent bien davantage à la langue qu’à la religion. Les nouveaux immigrants ont souvent du mal à communiquer avec les soignants. On a dû mettre sur pied des réseaux d’interprètes, voire recourir au bénévolat d’employés trilingues.

- source

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