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Les enveloppes brunes
La corruption gangrène le corps social
Nestor Turcotte
Tribune libre de Vigile
mardi 20 octobre 2009      231 visites      1 message


Les Latins disaient : « Corruptio optimi pessima ». En langue de chez nous : « Il n’est de pire corruption que celle du meilleur ». Le meilleur, dans l’être humain, c’est l’intelligence. Corrompue, elle gangrène tout le corps. Surtout la main, qui est le prolongement de l’intelligence elle-même. Les philosophes du Moyen âge affirmaient que l’ordre normal des choses est enfreint chaque fois qu’un être humain arrive au pouvoir pour une autre raison que l’éminence de son intelligence.

L’intelligence doit être au pouvoir parce qu’elle permet de dominer les appétits et les instincts du plus grand nombre. Dès lors que cet ordre est renversé, il y a dérèglement et corruption. Platon, dans sa République utopique, rêvait du philosophe roi, c’est-à-dire de l’arrivée au pouvoir d’une âme suffisamment désintéressée, débarrassée de tout intérêt personnel pour se consacrer à la tâche immense de gouverner les hommes et surtout de les éduquer de la sagesse.

Platon peut rêver encore. La sagesse n’occupe pas encore les postes de commande. L’âme désintéressée, délivrée de tout intérêt personnel, ne détient pas les rennes du pouvoir. La corruption gangrène le corps social. Les appétits et les instincts dominent les sangsues qui gravitent autour des décideurs. Il y a, plus que jamais, des mains qui transportent des enveloppes brunes, avec des billets verts surgis de nulle part. Il va sans dire que les tactiques modernes sont plus raffinées que celles d’antan mais le but visé est toujours le même : mettre au pouvoir des gens qui pourraient permettre de gonfler le degré de corruption de ceux qui les mettent en place. « Ce qui fut sera. Ce qui s’est fait se refera. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil.

***

C’est le temps que ça change ?

Les campagnes électorales (municipales, provinciales, fédérales) n’ont plus de sens. Elles tournent en foire d’empoigne, à la course aux scandales, à la démolition de l’adversaire. Les programmes sont mis de côté au profit de slogans vides, aguicheurs, parfois subliminaux.

Les électeurs sont invités à réfléchir sur ce qui a été mal fait plutôt que sur ce qui a été fait et sur ce qui reste à faire. Les prétendants au pouvoir arrivent avec un grand balai. Ils espèrent faire le ménage dans la cours de l’autre en oubliant parfois que, dans quelques recoins de leur secteur, traînent habituellement des choses à balayer. La propreté politique devient l’exclusivité d’un seul groupe politique. Les crottés, par coïncidence, sont toujours ceux qui ont exercé le pouvoir. Ceux qui ne l’ont jamais eu entre les mains, ont évidemment les mains propres. Comment se salir si on ne s’est jamais véritablement mis à la tache ? Bref, il y a les purs qui sont dans l’antichambre du pouvoir et il y a les pauvres impurs qui sont sur la scène. Ces derniers (les sales) doivent être chassés pour leur incompétence ; les autres (les propres) doivent prendre leur place en attendant qu’on vérifie, sous peu, leur degré d’incompétence.

Le changement est le mot clé de la plupart des campagnes électorales. C’est le temps que ça change, disait Jean Lesage en 1960. C’est encore le temps d’en faire autant aujourd’hui. Changer quoi ? Changer pourquoi ? Et avec quel argent ? Personne n’a de chiffres à présenter. Le vent du changement va tout régler.

Le temps a ensemencé la corruption. Le temps est venu de l’extirper et semer du bon grain. Comme si l’ivraie n’allait pas se glisser, le temps des semences terminé.

Vous savez pour quoi voter le 1er novembre ? Moi, non ! Les candidats veulent tous aller faire le ménage à l’hôtel de ville. Sans dire comment se déroulera le processus, qui en sera victime, et qui assurera la relève des crottés. Les bonnes intentions des candidats amènent toujours un certain nombre de sangsues lors de la prise du pouvoir. Et pourquoi ? Parce que le pouvoir draine l’argent et l’argent vient avec les amis. Une trinité bien difficile à fractionner : argent, pouvoir et amitié. Les amis mettent des gens au pouvoir pour faire de l’argent. Le pouvoir est donné par des amis qui ont de l’argent. L’amitié met quelqu’un au pouvoir qui assure toujours un retour d’argent.

Aux urnes, citoyens ! Vous n’avez pas le choix : il faut voter, mais voter pour celui qui est le moins pire. Le moins bon des pas bons !

***

Conservateur ou progressiste ?

Selon Chesterton, le monde est divisé entre Conservateurs et Progressistes. L’affaire des Progressistes est de continuer à commettre des erreurs. L’affaire des Conservateurs est d’éviter que les erreurs ne soient corrigées.

Évidemment, Chesterton (auteur anglais mort en 1936) ne parle pas ici des partis politiques connus sur l’échiquier mondial ou national. Il parle d’une certaine idéologie qui regroupe les êtres humains selon deux tendances bien marquées. Être conservateur, c’est conserver quelque chose.

Faut-il tout conserver ce que les traditions humaines nous ont transmis ? En général, oui. Surtout s’il s’agit d’éléments essentiels : famille, vie en société, mariage, dimension religieuse de l’être humain, vie morale qui épanouit la personne, éducation, travail revalorisant, etc. Quant à l’accessoire qui varie à l’infini, chacun peut, ou bien s’en débarrasser ou bien lui donner moins d’importance. L’erreur des conservateurs est de vouloir tout conserver sans distinction. A chacun de conserver ce qui peut épanouir l’être humain dans toutes ses dimensions et larguer les choses qui encombrent la montée de l’être.

Être progressiste, ce n’est pas tout chambarder. Tout changer. En Occident, la mode est au changement. La politique, en générale, nous met sur cette piste. Au Québec, depuis le « c’est le temps que ça change » des années 1960 jusqu’à nos jours, on a pensé que progresser, c’était faire place nette dans la maison humaine pour faire du tout neuf. On a mis la religion de côté ; on a mis la famille de côté ; on a mis l’institution du mariage de côté ; on a mis la morale de côté. On a mis presque tout de côté.

Enfin, on est presque tous à côté de quelque chose. Et on se croit progressiste en agissant ainsi. En ce sens, on a fait l’erreur contraire des conservateurs. Ceux-ci ont tout conservé, sans départager l’essentiel du provisoire. Les progressistes n’ont rien conservé et sans distinction, se sont permis de tout rejeter, pour recommencer à zéro. Les conservateurs ont raison de conserver l’essentiel. Les progressistes ont tort de ne rien conserver, y compris l’essentiel. Ne faudrait-il pas tous devenir des progressistes conservateurs ? Progresser en conservant l’essentiel et en se débarrassant des choses inutiles ? Et l’essentiel peut se résumer en peu de mots : sauver l’être et se détacher de l’avoir. Jean Rostand affirme que le progrès est le retour aux choses oubliées ? Ne faudrait-il pas retrouver certaines réalités oubliées pour devenir à la fois conservateur et progressiste ?

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Nestor Turcotte – Matane

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Vos commentaires:
  • Les enveloppes brunes
    9 janvier 2010, par Mme Anne Cica ADJAÏ ancien conseilleer technique du Président de la République chargé de la Moralisation de la Vie Publique et ancien Président de la Commission Nationale des Marchés Publics de 1996 à 2006 actuellent inspecteur Vérificateur
    On ne peut que vous féliciter pour cette analyse. Face au problème de la corruption les pays africains se retrouvent de plus en plus dans l’impasse. Les gouvernants africains proposent un changement radical à leurs peuples. Ces derniers désabusés par ceux qui exercent le pouvoir croient aux promesses mirobolantes des nouveaux qui aspirent au pouvoir qui ont eu le temps de paufiner leurs stratégies de mauvaise gouvernance et font pire que ceux partis du pouvoir. Tout change pour que rien ne change Le problème de l’Afrique devient de plus en plus préoccupant. Les dirigeants arrivent à contourner aisément tous les principes de bonne gouvernance pour se maintenir par des élections qui sont dites transparentes. Les règles de gouvernance ne sont pas adaptées aux réalités africaines. Il faut penser à la refondation de la gouvernance en afrique. En afrique on ne change pas le chef. Avec l’avènement de la démocratie en Afrique, les régles ont été contournées de telle manière qu’on assiste aujourd’hui à des monarchies avec des élections libres et transparentes tels que les cas du Gabon, du Congo Kinshassa, du Togo et j’en passe. Les démocraties importées après le sommet de la Baule n’ont servi à rien et on assiste à une corruption généralisée avec une prétendue séparation de pouvoir qui au fait n’existe pas. Lorsque le pouvoir n’était pas séparé le pouvoir était mieux géré. En Afrique dans les temps anciens lorsque le chef ou le roi vous confie quelque chose et que vous le perdez, il vaut mieux prendre la clé des champs sinon on vous tranche la tête : c’était la lutte pour l’impunité. Le problème de l’Afrique est préoccupant.Presque toute l’aide au développément semble être détournée. en d’autres termes, les pauvres des pays riches enrichissent les riches des pays pauvres à travers cette aide détournée et l’on parle de bonne gouvernance. La refondation de la gouvernance en Afrique s’impose.
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