Les écoles privées catholiques

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mercredi 17 octobre 2007

Au moment où l’électorat ontarien envoie un message clair contre le financement public des écoles religieuses et que les témoignages se succèdent à la Commission Bouchard-Taylor en faveur de la séparation entre l’Église et l’État, la campagne en faveur des écoles privées, en grande majorité à caractère confessionnel, bat son plein.

En attendant le palmarès de l’Actualité, les partisans de l’école privée ne chôment pas. Récemment, ils ont fait paraître dans les grands quotidiens de dispendieux cahiers promotionnels, un signe que leur clientèle augmente et que leurs affaires vont bien.

Avec l’entrée en vigueur en 2008 du cours « Éthique et culture religieuse » en remplacement des cours de religion, on peut parier que les promoteurs de l’école privée vont accentuer le caractère religieux confessionnel de leur projet éducatif.

Dans le supplément publié dans le journal La Presse, sous le titre « Qu’adviendra-t-il du projet éducatif chrétien ? Une question fondamentale pour le réseau privé », on reconnaît que le nouveau programme est obligatoire pour tous. Cependant, on rappelle que « contrairement au secteur public, les écoles privées conservent le privilège de maintenir leur caractère confessionnel ».

Comment vont-elles faire ? Deux avenues sont évoquées : ajouter un cours d’enseignement religieux confessionnel à la grille-horaire ou multiplier les activités hors grille axées sur la transmission des valeurs religieuses.

80% des écoles privées ont un caractère confessionnel

Promouvoir le caractère confessionnel des écoles privées pour attirer la clientèle, c’est ce que prône à mots à peine couverts Guy Durand dans L’école privée, pour ou contre ?, publié aux Éditions Voix parallèles.

Le titre de l’ouvrage est trompeur. Guy Durand est théologien et farouche défenseur de l’école privée. Dans son portrait des écoles privées au Québec, il ne manque pas de souligner que la majorité de celles-ci (80%) « ont un caractère confessionnel plus ou moins prononcé ».

Il y a bien entendu les écoles évangélistes, juives, arméniennes, grecques orthodoxes et islamiques dont la plupart, reconnaît Guy Durand, « ont une conception plus stricte de la confessionnalité ».

Mais la grande majorité (76%) des écoles privées ont une charte de confession catholique qui fonde le caractère religieux de leur mission éducative. Ce taux atteint 80% pour les écoles secondaires et la proportion est plus forte dans les grosses écoles que dans les petites.

En 1re et 2e secondaire, 86% des écoles offrent uniquement l’enseignement moral et religieux confessionnel. À peine 6% offrent uniquement l’enseignement moral non-confessionnel et 7% offrent le choix entre les deux.

Ne pas confondre droit et liberté

Dans L’école privée, pour ou contre ?, le théologien Durand cherche à retourner en sa faveur tous les arguments contre l’école privée. Les grandes valeurs de liberté, égalité et solidarité plaideraient selon lui pour le maintien d’un réseau privé grassement subventionné.

Il invoque les chartes des droits en appui à la liberté de choix des parents qui inclut, selon lui, le choix à une éducation pour leurs enfants conforme à leurs convictions morales et religieuses. Mais une lecture attentive des articles des chartes qu’il reproduit n’indique nullement que cette éducation religieuse doive être donnée par l’école et encore moins subventionnée par l’État.

Guy Durand confond allègrement « droit » et « liberté ». Nous avons un droit à l’éducation, ce qui implique que l’État doit fournir les conditions permettant aux élèves de s’instruire. Par contre, la liberté – comme la liberté religieuse – est une absence d’interdiction ou de contrainte déraisonnable.

Les contraintes à l’exercice de cette liberté sont à la charge de ceux qui veulent la pratiquer. Par exemple, l’État n’a pas à défrayer le coût des lieux du culte. Les chartes garantissent « un droit à la liberté religieuse », mais pas un « droit à la religion ».

L’égalité des chances avec Brébeuf en exemple !

Le journal La Presse, dans son édition du 11 août 2007, a reproduit son chapitre sur l’égalité des chances en citant la phrase suivante : « Loin de s’opposer à l’existence d’écoles privées, l’objectif d’égalité demande de ne pas faire en sorte que les seuls enfants de riches puissent y accéder ».

Pour illustrer l’article, La Presse a publié une photo du Collège Jean-de-Brébeuf. Or, il s’avère que dans le palmarès de L’actualité, le revenu familial de cette institution n’est jamais disponible, confirmant la discrétion proverbiale des riches sur leurs revenus.

Dans une étude effectuée à partir du palmarès de L’Actualité de 2002, nous avons trouvé que le revenu familial moyen des 50 établissements en tête de liste (comprenant 45 écoles privées et 5 écoles publiques à vocation particulière) était supérieure à la moyenne dans tous les cas, sauf deux.

De l’aveu même de Guy Durand, 62% des parents qui ont un enfant à l’école privée ont un revenu familial supérieur à 70 000 $, soit bien au-dessus de la moyenne québécoise. Contrairement aux affirmations de Durand, l’école privée, bien que grassement financée à même les fonds publics, est toujours réservée aux mieux nantis et sert à reproduire les classes sociales.

Quel équilibre ?

Dans la conclusion de son livre, Guy Durand nous invite au « compromis ». Il affirme que « le Québec a atteint un certain équilibre entre le libre choix et le système unique » et demande « Pourquoi le changer ? »

En fait, les données qu’il avance lui-même dans le premier chapitre de son livre, intitulé Portrait des écoles privées du Québec, contredit de façon spectaculaire que nous soyons dans une situation d’équilibre entre « le libre choix » (comprendre l’école privée) et le « système unique » (comprendre l’école publique).

Selon Guy Durand, le réseau d’enseignement privé subventionné comprend 12% de l’ensemble des élèves au Québec, ce qui « constitue une augmentation de 14% depuis 1999, alors que le réseau public a perdu 4% de ses élèves ».

Il signale que « l’île de Montréal compte près du tiers de ces établissements privés fréquentés par un peu plus du tiers des élèves du réseau » et ajoute que « le nombre a DOUBLÉ en 15 ans ». Méchant équilibre !

Un accommodement déraisonnable

Aux audiences de la Commission Bouchard-Taylor, on consacre beaucoup de temps à discourir sur la présence du crucifix à l’Assemblée nationale, mais on ne semble pas trop s’inquiéter de la progression constante et spectaculaire du réseau des écoles privées à caractère confessionnel au détriment du réseau public.

Au secondaire, 20% des élèves fréquentent une école privée. À Montréal, c’est près d’un élève sur trois. Ces élèves sont subventionnés à 65% par l’État, un phénomène unique en Amérique du Nord. Est-il exagéré d’y voir un accommodement déraisonnable ?

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