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« Quand une société cherche pendant aussi longtemps le moyen de se réaliser et le trouve finalement au-dedans d’elle-même, il m’apparait bien peu probable qu’on puisse la détourner de son but. »   Jacques Parizeau
             
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Les crises gagnantes
Après l’étapisme et les conditions gagnantes, voici donc le « crisisme », la recherche des crises gagnantes.
André Pratte
Éditorial - La Presse
vendredi 12 juin 2009


Si M. Jacques Parizeau disait des niaiseries sans lien avec la réalité, ses déclarations ne créeraient pas chaque fois un tel remous. Qu’il s’agisse de la « cage à homards », de « l’argent puis des votes ethniques » ou de l’utilité des crises pour le mouvement souverainiste, l’ancien premier ministre dit souvent tout haut ce que certains indépendantistes pensent, mais n’osent pas exprimer en public. D’où l’embarras évident des élus péquistes et la jouissance presque indécente de leurs adversaires.

Avant même la publication du « Plan pour un Québec souverain » de Mme Pauline Marois, des péquistes confiaient que la revendication de nouveaux pouvoirs pour le Québec se heurterait nécessairement à un mur, d’où un affrontement Québec-Ottawa, d’où une hausse des appuis à la souveraineté. La chef du PQ préférait dire qu’il s’agissait de « faire avancer le Québec » ; M. Parizeau a sorti le homard du sac. Après l’étapisme et les conditions gagnantes, voici donc le « crisisme », la recherche des crises gagnantes.

Cette tactique, qui n’est pas nouvelle, mais qui se retrouve aujourd’hui au centre de l’arsenal péquiste, est révélatrice de l’état d’esprit de plusieurs souverainistes. Pour ceux-là, il ne s’agit plus de convaincre une solide majorité de Québec des vertus de l’indépendance. Cet objectif leur paraît désormais hors de portée. Ils se contenteraient de profiter d’une saute d’humeur populaire pour obtenir un appui de 50% plus un et déclarer l’indépendance au plus vite.

Ce serait une bien mauvaise façon de faire un pays. « Une crise, ça fait augmenter l’appui à la souveraineté de façon conjoncturelle. Mais ce qu’il faut, c’est que l’appui augmente de façon structurelle », a dit à La Presse la présidente du comité des jeunes du PQ, Isabelle Fontaine. Comme quoi la sagesse n’attend pas nécessairement le nombre des années.

Depuis un demi-siècle, le projet de séparer le Québec du reste du Canada n’a obtenu un appui clairement majoritaire dans les sondages qu’à une reprise : au lendemain du naufrage de l’Accord du lac Meech. Il y a eu d’autres sursauts : à la fin de la campagne référendaire de 1995 (à la faveur de la Lucienmanie) et à l’occasion du scandale des commandites. Tout le reste du temps, la souveraineté s’est maintenue autour de 40%, soit le score obtenu lors du référendum de 1980.

Devant cette apparente stagnation de l’option indépendantiste, les fédéralistes sont tentés de triompher. C’est une erreur. En effet, l’adhésion de bon nombre de Québécois au projet canadien et à l’idée fédérale reste très fragile, peut-être plus fragile que jamais. C’est justement cette fragilité qui rend vraisemblable l’éventuel succès de la stratégie des crises.

Ce n’est pas en accusant les péquistes de vouloir « nuire aux Québécois » ou d’être des « pyromanes », des propos excessifs tenus hier par le premier ministre Jean Charest, qu’on persuadera nos concitoyens de l’importance de demeurer au sein du Canada et de participer activement à son évolution. Selon M. Parizeau, « c’est par le sérieux de nos analyses, de nos études et de nos comportements » que les indépendantistes finiront par convaincre les Québécois. Ce devoir de sérieux s’impose aussi aux fédéralistes.




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