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Quelles options pour le PQ ?
Beaucoup d’encre a coulé sur la déconfiture subie par le PQ. Plusieurs, inévitablement, ont sauté sur l’occasion pour annoncer la fin du souverainisme. Comme si le souverainisme était l’affaire d’un parti et non celle d’un peuple. On n’a toutefois pas à s’en surprendre. C’est une occasion en or pour les fédéralistes : proclamer partout que le Canada est un pays juste, qui vient de signer l’arrêt de mort de l’idée d’une indépendance pour les Québécois grâce à ses politiques post-1995. Stéphane Dion doit jubiler.
Rien n’est écrit dans le ciel
Or, tous les Québécois – y compris les fédéralistes – savent pertinemment que le souverainisme est loin d’être mort. Une proportion constante de la population est résolument séparatiste, même si elle ne vote plus pour le PQ. D’ailleurs, le parlement reste toujours majoritairement nationaliste. Le premier axe de la plate-forme adéquiste est l’affirmation nationale. Bien que cet axe exclut implicitement l’option souverainiste (s’affirmer sans se séparer), il reste une forme de revendication nationale qui prend ses racines dans certaines prémisses connues des indépendantistes. Il restera, certainement, à évaluer l’efficacité et les chances de réussite d’un tel programme ; reste que les électeurs adéquistes refusent le statut quo canadien.
Ensuite, la chute du PQ n’est pas aussi imminente qu’on le croit. Bien sûr, c’est une possibilité, mais comme rien n’est écrit dans le ciel (contrairement à ce que semble croire la presse écrite), plusieurs avenues restent ouvertes au PQ.
L’heure des choix
Premièrement, le PQ peut décider de se saborder. C’est à peu près la seule éventualité qui a été retenue par les chroniqueurs. C’est pourtant la moins probable. Le parti essaiera vraisemblablement de s’accrocher au pouvoir, à l’image de son chef. Toutefois, si le parti est sabordé, il y a fort à parier que la masse de politiciens expérimentés qu’elle laissera sans « contrat » cherchera à reconstituer un mouvement et éventuellement un parti souverainiste. Plusieurs candidats ayant délaissé l’exercice du pouvoir risquent de revenir à la politique.
Deuxièmement, le parti pourrait éventuellement tenter les fusions. La probabilité de cette option est fortement mitigée, puisque l’exercice a déjà été tenté, notamment avant les élections de 2003, où le PQ avait essuyé un refus net de l’UFP et des Verts. Il y a de bonnes chances que QS refuse tout aussi nettement une coalition qui trahirait ses membres et ses orientations. Ensuite, une coalition avec l’ADQ garde peu de chance d’advenir, étant donné l’enthousiasme provoqué, chez les adéquistes, par la dernière élection. Il s’agit, pour le parti autonomiste, de consolider sa base et battre le PQ à plate couture aux prochaines élections afin de prendre le pouvoir et enfin prouver sa valeur. L’article 1 du PQ, aussi, entre en contradiction avec le programme autonomiste de l’ADQ, qui refuse formellement la séparation.
Troisièmement, le PQ peut décider de revenir sur sa raison d’être, soit cet article en question. Ainsi, il pourrait former une coalition temporaire ou permanente avec l’ADQ afin de d’exiger un changement constitutionnel à Ottawa. La stratégie vise évidemment à démontrer l’impossibilité d’une réforme constitutionnelle canadienne. Après un échec digne du Lac-Meech, par exemple, les électeurs québécois se souviendraient, comme le veut leur devise, et comprendraient l’importance de faire l’indépendance. Or, cette issue pourrait inévitablement constituer les premiers pas vers l’implosion du PQ. En effet, une marge importante des membres du parti savent pertinemment que la réforme constitutionnelle représente un cul-de-sac inéluctable. Ces membres, souvent désignés comme étant des « purs et durs » provoqueraient une véritable commotion (avec raison) en cas de modification de l’article 1. En effet, bien que l’article 1 puisse représenter une faiblesse pour le PQ, en campagne électorale, il peut tout aussi bien constituer sa force selon la conjoncture. Le saborder serait saborder la raison d’être du PQ et constituerait une démonstration de faiblesse pour l’option que défend le parti depuis ses débuts, en plus de provoquer un suicide lent du parti.
Quatrièmement, le parti peut décider de profiter du moment. Le temps passé dans l’opposition solidifie un parti et consolide sa base militante. L’expérience vécue par les libéraux et par les adéquistes en constitue la preuve. La même chose s’est produite à Ottawa, avec les conservateurs. De cette façon, le parti pourra renouer avec sa base et ses factions plus éloignées de la direction (SPQ-libre, les « purs et durs », etc.) De plus, elle aura le temps de se trouver un chef digne de ce nom. Cette option nécessite toutefois une vision à long terme, chose difficile lorsque l’échéance électorale dicte les orientations des partis.
Cinquièmement, comme le proposait Louis Bernard, le parti peut décider de recentrer son programme sur l’article 1 en oubliant la gestion provinciale. De cette façon, le PQ évite les critiques sur ses orientations (gauche, droite, environnementaliste, etc.) en démissionnant en cas d’échec. En annonçant ses couleurs d’avance, aussi, le PQ ne donne pas d’attentes autres que celle de faire la souveraineté. Cependant, ce choix propose une voie absurde. Pourquoi obliger les électeurs à se positionner deux fois sur l’indépendance – à travers une élection pour un PQ indépendantiste et ensuite à travers un référendum ?
L’élection référendaire
C’est pour cette raison que la sixième et dernière option semble l’issue la plus raisonnable et la plus rentable politiquement. L’élection référendaire permettrait plusieurs choses. Tout d’abord elle permettrait au PQ de récolter les fruits de l’insatisfaction des politiques canadiennes envers le Québec, périodiquement. Ensuite, dans l’éventualité où cette insatisfaction serait suffisamment élevée, le PQ remporterait une majorité de siège à l’assemblée et pourrait dès lors déclarer l’indépendance du Québec. Pas d’échec traumatisant, pas de référendum à perpétuité, pas d’expérience référendaire « désagréable »… En plus, en étant dans l’opposition (puisqu’une proportion d’environ 40% des Québécois demeure souverainiste à travers le temps), le parti garderait une crédibilité presque inatteignable : il pourrait s’attarder à critiquer exclusivement les affaires concernant les relations fédérales-provinciales.
Il s’agit maintenant, pour le PQ, de faire les bons choix. « Recentrer le parti » vers la droite, comme le proposent les Facal, Boisclair, Legault et autres partisans de la droite, représente une solution plutôt simpliste et sans avenir. En effet, ce serait tenter d’occuper une place déjà bien remplie par le PLQ et l’ADQ.
L’avenir seul nous dira si le PQ réussira à trouver une issue viable à sa survie et son succès. Une chose est sûre, toutefois : le souverainisme ne prendra pas fin avec le PQ. L’objectif d’indépendance dépasse largement le parti. Il a d’ailleurs déjà débordé du parti sur la gauche (Québec Solidaire)…
Xavier Dionne
Montréal

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