Aux élections de 26 mars 2007, l’ADQ a obtenu 1,223,412 votes soit 30,84% des votes. Il a fait élire 41 députés et est devenu l’opposition officielle sous la direction de Mario Dumont qui fait maintenant de la télévision. Que s’est-il passé pour que l’ADQ passe de 41 députés à 7 députés, de 30.84% à 16.37%, et obtenu 531,358 votes pendant que le Parti libéral et le Parti québécois ont augmenté leur nombre de votes malgré le faible taux de participation (57.43%, en 2008 au lieu de 71.32%, en 2007). Le 8 décembre 2008, l’Action démocratique a perdu 692,054 votes ( 1,223,412 moins 531,358). Comment expliquer que l’Action démocratique a perdu près de 700,000 votes entre l’élection du 26 mars 2007 et l’élection du 8 décembre 2008. Voici des causes possibles de cette chute dramatique d’appuis.
1- Le soir de l’adoption du premier budget libéral, Mario Dumont était à Montréal et rencontrait un homme d’affaires juif au lieu d’être à Québec là où se passait l’action.
2- Il a refusé de présenter un mémoire à la Commission Bouchard-Taylor comme s’il voulait bénéficier électoralement du malaise créé par les accommodements dits raisonnables mais sans apporter de solution.
3- Quand on a appris que Jean Charest recevait en dessous de la table depuis 1997 un revenu de 75,000 $ par année (ce qui ne semble pas déranger les électeurs libéraux), il fut révélé que Mario Dumont avait reçu 50,000$ comme prime en plus de son salaire de chef de l’opposition et que cette somme avait été cachée aux membres du parti. Connaissant des membres de l’ADQ pour avoir débattu avec eux sur des blogues, je peux vous assurer que ce salaire caché de 50,000 $ donné à leur idole Mario Dumont en a déçu plusieurs. Ça les a pas mal désenchantés.
4- Même si les projets de loi 195 et 196 de Pauline Marois sur la constitution québécoise et sur la citoyenneté québécoise exprimaient des positions contenues dans le programme de l’ADQ, Mario Dumont prit prétexte d’une modalité sur la nécessité de savoir le français pour pouvoir se présenter à des postes électifs pour refuser d’appuyer le Parti québécois. Il prit ainsi la même position que le Parti libéral. Des collaborateurs de Vigile (dont Gilles Bousquet) ont souligné que Mario Dumont a fait là une grave erreur. Il a manqué l’occasion d’acquérir la stature d’un homme d’Etat qui croit à son programme et fait tout pour l’appliquer.
5- Ce qui n’a pas aidé non plus, c’est que Chantal Hébert a planté Mario Dumont à Tout le monde en parle qui a tenté de le ridiculiser (On se souvient de Dany Turcotte au tableau). Mario Dumont riait jaune et a ensuite refusé de revenir à l’émission de Guy.A. Il y a Jean Charest aussi qui l’appelait la girouette et Serge Chapleau qui a décrit l’équipe de Mario Dumont comme des enfants de garderies attachés ensemble prenant une marche, surveillés par Mario Dumont. Et je ne parle pas du discours de Toronto de Mario Dumont où il s’engageait à ne rien réclamer du fédéral et du Canada anglais pour le Québec.
Parlant d’équipe, ce parti qui était identifié sur les bulletins de vote comme : Action démocratique du Québec- Equipe de Mario Dumont devra changer de nom. J’avais déjà dénoncé cette anomalie qui consiste à ajouter le nom du chef à côté du nom du parti sur tous les bulletins de vote mais je n’ai eu aucune réponse du bureau du Directeur général des élections.
Formé à l’école de Robert Bourassa qui a toujours été louvoyant et qui n’a pas montré de véritable courage politique surtout après l’échec de Meech et qui a fait la Commission Bélanger-Campeau pour gagner du temps, Mario Dumont n’a pas eu l’envergure nécessaire pour montrer aux Québécois et aux Québécoises qu’il croyait vraiment à son programme conçu pour donner plus d’autonomie au Québec et le faire avancer même dans le cadre fédéral. C’est quand même triste d’avoir été témoin d’un tel talent gaspillé. J’ai porté plainte contre un éditorial vicieux d’André Pratte quand le candidat libéral Pierre Arcand a comparé Mario Dumont à Jean-Marie Le Pen. Le Conseil de presse m’a donné en partie raison.
Quant à l’ADQ actuel qui est dans une course au leadership, la pire erreur serait de le sous-estimer. Personne ne sait ce que feront les 700,000 électeurs déçus et désenchantés de la politique qui se sont abstenus en décembre 2008. Peu importe la suite des choses, il ne faut pas exclure une alliance avec l’ADQ pour enlever le pouvoir à Jean Charest. Comme on ne sait pas ce que nous réserve la démocratie québécoise, il faut manifester envers ce parti un certain respect en vue d’alliances futures.
Le Parti libéral a une longueur d’avance sur le Parti québécois. En effet, le député adéquiste de Shefford François Bonnartel est l’amant de la députée libérale de Bonaventure, vice-première ministre et ministre des Ressouces naturelles et de la Faune, Lady Nathalie Normandeau. Il est vrai qu’ayant obtenu un certificat en études africaines de l’Université Laval, Nathalie Normandeau n’est pas facile à dépayser.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 25 septembre 2009

