Aussi loin que je me souvienne, ma mère, une fille originaire de Montréal, a toujours été considérée comme une casseuse de party dans la petite ville de Rouyn-Noranda où mon père est né en 1927, année de sa fondation. À l’occasion des jeux du Québec en 1973, elle avait eu l’audace de dire au maire de la ville de Rouyn, le mari de la cousine de mon père, qu’elle souhaitait que la fumée de la fonderie Horne tombe sur la piste d’athlétisme située dans l’axe dominant des vents, au sud-est de la ville, pendant la tenue des jeux, afin que toute la province sache à quel point la boucane que nous respirions à l’année était suffocante. Notre cousin avait traité ma mère de casseuse de party.
Malheureusement pour le maire de Rouyn, le vœu de ma mère fut exaucé grâce à un sombre journaliste de la Presse qui révéla à toute la province que Rouyn-Noranda était une abominable ville où l’eau et l’air étaient dangereusement pollués. Un nouveau casseux de party était né. Depuis ce jour, ma mère lit religieusement toutes ses chroniques, ayant placé ce journaliste dans une classe à part. Il avait osé dire ouvertement à la face de la province ce qu’elle disait depuis des années, dans la méprisante indifférence des notables de la place qui l’enduraient parce qu’elle était la femme du gérant de la caisse populaire, un autre casseux de party qui avait osé être candidat du PQ en 1970.
Le jour même de la parution de cet article dans la Presse, un bénévole au service des jeux du Québec flanqua un bon coup de poing en plein visage au pauvre journaliste, qui heureusement ne se laissa pas décourager pour autant. Dès le lendemain, toute la province commença à suivre les mésaventures de Pierre Foglia à Rouyn-Noranda. La vengeance serait douce au cœur de l’indien. Profitant de l’occasion qui lui était donnée, il remplaça la photo en exergue de ses articles par une gravure où on son œil au beurre noir était mis en valeur. Si je me souviens bien, il s’agissait d’une caricature de Girerd.
À la suite des nombreuses protestations des lecteurs de Rouyn-Noranda,
Foglia finit par remplacer cette photo par une autre où on le voyait de
dos, comme pour rappeler à tout le monde que les gens de Rouyn-Noranda
avaient essayé de le faire taire au sujet de l’incroyable pollution dans
laquelle leur ville baignait littéralement. Un réputé médecin, maire de
l’autre ville, Noranda, alla jusqu’à dire qu’il valait mieux mourir à petit
feu à cause de la pollution de la mine et travailler à la fonderie Horne,
que d’être chômeur et en santé. Depuis ce jour, notre cher Pierre Foglia ne
manque pas une occasion de comparer les villes qu’il n’a pas aimées au
Rouyn-Noranda qu’il a alors connu.
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Au début des années 1980, trois autres casseux de party, les frères Corvec
et un dénommé Richard Desjardins, firent un film dévastateur sur la
fonderie Horne intitulé « Noranda ». Ce film fit tellement mal paraître la
Noranda, que l’Australie interdit à la multinationale de s’implanter sur
son continent, la considérant alors comme un mauvais citoyen corporatif.
Quelques années plus tard, la Noranda et le gouvernement du Québec
conclurent une entente et investirent 400 millions de dollars pour diminuer
considérablement les très nocives émissions de la fonderie Horne. S’il n’y
avait pas eu tous ces casseux de party, de plus en plus nombreux faut-il le
dire, pour rappeler la Noranda, les villes de Rouyn et Noranda et le
gouvernement du Québec à l’ordre, on ne parlerait pas aujourd’hui de
Rouyn-Noranda comme étant la ville des festivals du cinéma, de la musique
émergente et de la guitare où il fait bon vivre, mais bien d’une ville
dévastée par la pollution où personne ne veut plus aller résider.
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Morale de l’histoire : aujourd’hui, en dehors de Rouyn-Noranda, personne ne se souvient des noms de nos deux maires de l’époque, mais tout le monde connaît les noms de nos deux casseux de party nationaux, Pierre Foglia et Richard Desjardins.
Si l’on se fie à l’exemple de cette heureuse histoire qui s’est bien terminée grâce à de nombreux casseux de party, à force de crier haut et fort que les antimilitaristes et les indépendantistes qui ont manifesté à Québec à l’occasion des fêtes 400ième anniversaires sont eux aussi des casseux de party, le maire de Québec et le chef de l’opposition officielle risquent probablement de voir leurs projections se réaliser un jour.
Il n’est peut-être pas si loin le jour où les antimilitaristes et les
indépendantistes auront contribué, par leurs critiques, à la fondation d’un
pays où les casseux de party seront devenus des héros, comme c’est le cas
dans tous les pays devenus indépendants. Qui sait, on leur aura peut-être
même érigé un monument à leur mémoire pour se souvenir d’eux ! Biz et
Dupuis-Déri auront leurs statues à côté de celle de Champlain, alors que
tout le monde aura oublié le maire Labeaume et Mario Dumont.
Louis Lapointe
Brossard

