Les allophones choisissent l’anglais au collégial

La Presse
mercredi 23 janvier 2008

Denis Lessard - Après 30 ans d’application de la loi 101, une majorité d’élèves allophones optent toujours pour l’anglais quand ils frappent à la porte du réseau collégial : ce constat embarrassant se retrouvera dans le bilan quinquennal sur la situation du français que doit publier le mois prochain l’Office de la langue française.

Selon les données fournies hier à La Presse par le ministère de l’Éducation, 48% des élèves de langue maternelle « autre » que le français ou l’anglais avaient opté pour le réseau collégial anglophone en 2006. En outre, 5% avaient choisi un cégep où on donnait des cours en anglais, en plus de l’enseignement en français. Finalement, seulement 47% des allophones ont opté pour le réseau collégial de la majorité francophone, selon les données de septembre 2006. En chiffres absolus, 9298 élèves sont allés au cégep anglophone tandis que 9101 sont restés dans le sillon francophone.

L’année précédente, c’est 50% qui avaient opté pour le réseau anglophone (9233), 5% étaient allés dans des institutions bilingues ; 45% des élèves allophones (8427) avaient choisi de poursuivre leurs études secondaires en français par un collégial dans la même langue. Sur les 10 dernières années, on constate cependant une augmentation graduelle de la proportion d’allophones qui optent pour le réseau collégial anglophone.

À l’époque, on croyait que la mise en place de commissions scolaires linguistiques plutôt que confessionnelles inciterait les allophones à poursuivre leurs études en français au niveau collégial. Ce ne fut pas le cas.

Ce constat est l’une des préoccupations des membres de l’Office de la langue, qui se réuniront à nouveau au début de février pour prendre connaissance de l’ébauche du bilan quinquennal de la situation du français -une obligation faite à l’Office de la langue française, conséquence d’un engagement pris par Québec en 2002, après les états généraux sur la langue dirigés par l’ex-syndicaliste Gérald Larose.

Du travail à faire

En mai 2000, le premier ministre péquiste Lucien Bouchard avait fait l’objet d’intenses pressions de ses militants réunis en congrès pour que Québec étende au collégial les mêmes obligations de fréquentation du réseau francophone, qui sont imposées au secondaire. Québec avait alors lancé un débat de plusieurs mois avec les états généraux sur la langue. La question était réapparue, au congrès de la « saison des idées » en juin 2005, vite évacuée par la démission dramatique du chef péquiste, Bernard Landry.

Le bilan linguistique montrera, indiquent des sources à l’Office de la langue, qu’il « reste du travail à faire du côté de l’intégration des immigrants ». L’immigration non francophone (environ 60% des nouveaux arrivants) connaît bien davantage l’anglais que le français, indique-t-on dans les coulisses. Ces nouveaux arrivants éprouveront des problèmes d’intégration surtout durant les cinq premières années de leur séjour. « L’intégration est une entreprise de longue haleine, sur plusieurs générations », observe-t-on.

La force de l’anglais ne se dément pas, dans bon nombre de champs d’activité.

Les francophones minoritaires

La ministre des Communications, Christine St-Pierre, a déjà eu une présentation sur la mise à jour d’une étude du démographe Marc Termote, a indiqué hier Gérald Paquette, porte-parole de l’Office. Dans sa première étude, en 1999, le spécialiste de l’INRS-Urbanisation prédisait que les francophones seraient minoritaires dans l’île de Montréal, à partir de 2021.

Or, les données du recensement de 2006, publiées par Statistique Canada en décembre dernier, montrent que c’est déjà le cas. Les Montréalais de langue maternelle française ne comptent que pour 49,8% de la population de l’île de Montréal.

L’étude devrait être publiée en même temps que le bilan sur la situation du français et de nombreux autres rapports, a indiqué hier Marie-Hélène Paradis, porte-parole de la ministre St-Pierre. Il s’agit, indique-t-on par ailleurs, de mises à jour d’enquêtes déjà réalisées sur la place du français au travail ou la fécondité des divers groupes linguistiques.

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