Les journaux nous ont appris ce matin que les membres du comité de vérification de la CDPQ ignoraient tout au sujet des PCAA. Or, ce comité était présidé par Claude Garcia, un consultant de l’Institut économique de Montréal qui suggérait de privatiser Hydro-Québec la semaine même où l’information concernant de possibles pertes de 38 milliards $ à la CDPQ était coulée dans les pages du quotidien La Presse. Son mandat d’administrateur ne serait pas renouvelé.
Nous avons également appris que l’ancien président du mouvement Desjardins, Alban D’amours, président du comité de la gestion des risques avait donné sa démission comme administrateur de la CDPQ. La semaine dernière, Desjardins annonçait des pertes de 1 milliard $ reliées à ces mêmes PCAA.
Comment ne pas questionner le fait que le président du comité de gestion des risques était le président sortant du Mouvement Desjardins, un important détenteur de PCAA qui était lié à la CDPQ dans les opérations d’achat de ces produits toxiques ? Le président du comité de gestion des risques pouvait-il prendre des décisions indépendantes et éclairées au sujet de ces produits ?
Ne s’agit-il pas là de situations qui soulèvent de sérieuses interrogations au niveau de l’éthique et de la gouvernance de la Caisse ? Or, le président du comité d’éthique et de gouvernance de la CDPQ est Yvan Allaire, président de l’Institut de gouvernance d’organisations privées et publiques (IGOPP) et cosignataire du rapport sur la gouvernance des universités, une étude commandée à la suite de la dérive financière de l’UQAM.
Comme je le mentionnais dans une récente chronique, L’éthique des parasites, le modèle de gouvernance de la CDPQ est celui-là même que le gouvernement souhaite implanter, non seulement dans les universités, mais également dans le réseau de la santé et des services sociaux. Essentiellement, Yvan Allaire et Jean-Marie Toulouse suggèrent que des administrateurs indépendants seraient plus compétents pour administrer des organisations publiques. Or, si ce modèle n’a pas fonctionné à la CDPQ, pourquoi fonctionnerait-il dans les universités ou le réseau de la santé du Québec ?
À cet égard, qu’ont en commun l’UQAM et la CDPQ ? Il s’agit d’organisations qui jouissent d’une grande indépendance et qui ne sont pas soumises au pouvoir de surveillance du Vérificateur général. Outrepassant certainement leur pouvoir, les gestionnaires de ces deux organisations n’ont pas transmis toute l’information stratégique qu’ils possédaient à leurs administrateurs concernant l’îlot Voyageur dans un cas, les PCAA dans l’autre cas. Comment ne pas alors déduire que ces gestionnaires ont cru que les administrateurs n’étaient là que pour la forme, approuvant invariablement toutes leurs manœuvres et initiatives ?
Par ailleurs, le fait que le comité d’éthique et de gouvernance soit présidé par un professeur de l’Université de Montréal qui agissait également comme consultant en matière d’éthique et de gouvernance pour l’IGOPP n’aurait-il pas dû interpeler les membres de ce même comité ? Comment peut-on être président d’un comité dont l’objet - l’éthique et la gouvernance - sert de modèle pour des activités de recherche et de consultation rémunérées par d’autres clients ?
Un consultant dans une telle situation n’a-t-il pas avantage à donner l’impression que le modèle qu’il implante dans l’organisation où il préside le comité d’éthique et de gouvernance fonctionne - la CDPQ - ne voulant pas être trop critique à son égard ? Cette situation ne place-t-elle pas cet administrateur en possible position de conflit éthique en regard de ses activités de consultant externe ? Un spécialiste de l’éthique et de la gouvernance, professeur d’université par surcroît, ne devrait-il pas savoir cela plus que tout autre administrateur ?
Le comité d’éthique et de gouvernance de la CDPQ était-il un banc d’essai pour le professeur Yvan Allaire qui rendait des services à des clients par l’intermédiaire de l’IGOPP ? Le sachant, les gestionnaires de la CDPQ considéraient-ils le professeur Yvan Allaire d’abord comme un consultant plutôt que comme un administrateur, le fait qu’il soit rémunéré ajoutant à cette ambiguïté ?
Comme on a pu le constater, non seulement la présence d’un comité d’éthique et de gouvernance à la CDPQ n’a été d’aucune utilité au sujet de l’imputabilité des gestionnaires de la Caisse, mais en plus, ce comité ne semble pas avoir été sensible à la présence d’administrateurs en possible conflit éthique à la présidence de différents comités du conseil d’administration. Le fait qu’un administrateur puisse être un consultant intéressé ou un gestionnaire au service d’une organisation liée à des opérations de la Caisse de dépôt et de placement pouvait-il être source de conflits d’intérêts ?
Manifestement, les mécanismes d’éthique et de gouvernance mis en place par le conseil d’administration de la Caisse de dépôt et de placement du Québec n’ont pas fonctionné et devraient être sérieusement remis en question à l’aune de la crise que vient de subir la Caisse avant qu’on songe à les implanter partout au Québec.

