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Les accommodements, docteur...
Nicodème Camarda
Tribune libre de Vigile
jeudi 1er novembre 2007      130 visites


Je suis un italien francophone, un québécois pure laine, comme dirait un de mes professeurs. Cela fait 43 ans que j’habite ici. J’aime les québécois, leur culture, leur langue et tout ce qui les concerne. Mon sentiment d’appartenance est ainsi fait. J’aime les italiens, j’aime mes parents, seulement, ne me demandez pas de choisir entre l’Italie ou le Québec. Je ne connais pas l’Italie, je n’y ai jamais vécu. Tous mes souvenirs sont ici. En fait, je me sens plus québécois qu’italien. Pas facile de raconter cela à un père orgueilleux de ses origines. Il y a déchirement. Une difficulté à exprimer ce que l’on est, ce que l’on ressent...

Amin Maalouf écrivait dans Les identitées meurtrières : « C’est notre regard qui enferme souvent les autres dans leurs plus étroites appartenances, et c’est notre regard aussi qui peut les libérer. » Je suis d’accord avec Amin Malouf quand il dit que c’est notre regard qui peut nous libérer. Gandhi l’a dit aussi. Sauf qu’on ne peut pas demander à tout le monde d’avoir le même regard. Il faut être réaliste. J’ai en moi le pouvoir de regarder « l’autre » avec amour et compassion mais je n’ai aucun pouvoir quant au regard de l’« autre ». Si le regard de l’« autre » me donne une bonne idée de ce qu’il est ou ce en quoi il aspire, cela ne fait pas de lui un monstre pour autant, bien au contraire… Nécessairement, toute société minoritaire, quelle qu’elle soit, se doit de conserver certains points de repère, culturels ou non, c’est une question de bon sens et de survie.

Fatou Diome, dans son livre Le ventre de l’Atlantique, disait : « Le sentiment d’appartenance est une conviction intime qui va de soi ; l’imposer à quelqu’un, c’est nier son aptitude à se définir librement. » Cela, les québécois, les souverainiste en particulier, le savent fort bien.

Malheureusement, depuis que les audiences de la commission Bouchard-Taylor font rages et qu’elles ratissent large au sujet de tout et de rien, voici qu’un certain projet de loi né de la confusion semble l’avoir oublié. Et dire que la devise du Québec est "Je me souviens" !

Pour ma part, le vieux dicton que mon père m’apprit lorsqu’il décida de m’envoyer à l’école française aurait suffi à clore le débat : Quand on est à Rome on n’a qu’à faire comme les romains ! Sauf qu’en présence d’un tel projet de loi, je n’arrive plus du tout à me situer. Mais où suis-je donc, docteur, à Ottawa ou à Québec ?

Nicodème Camarda

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