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Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
Nestor Turcotte
Tribune libre de Vigile
vendredi 13 novembre 2009      587 visites      11 messages


Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ». Bref, le « joual » les caractérise du primaire à l’université. Le « joual » les singularise à la maison, à l’école, au travail, dans leurs loisirs. Le « joual » galope toujours au Québec, entretenu par une télévision bâtarde où abondent les onomatopées, les phrases syncopées, les mauvaises intonations, les mots entrecoupés de sacres et de blasphèmes. Les Québécois aiment parler « joual ». Ils le pratiquent par osmose. Entre « jouaux », ils arrivent à se reconnaître dans l’écurie.

Il est facile de reconnaître le « joual » québécois. Les syllabes sont mangées. Le vocabulaire est tronqué ou imprécis. Les phrases sont boiteuses. Même la voix participe à l’affaissement du niveau de la langue. Entre eux, les jeunes ne conversent plus. Ils lancent des cris, des jappements gutturaux, des hennissements dignes de leur appartenance. Les professeurs, l’âme désarmée, les imitent pour ne pas les contredire, parlent comme eux pour ne pas les frustrer, copient leur langage afin de les garder dans le clos animalier.

Les cégépiens et les universitaires viennent d’une contrée où ils ont réussi à composer avec leur incompétence et à gravir un nouvel échelon qui consacre leur ignorance. Ils étudient Voltaire, Rousseau, Goethe, Molière, Rabelais et quelques autres. Ils lisent ces auteurs par obligation et se fichent éperdument d’en cueillir un vernis de culture. Les engins de recherche sur Google permettent à ces jeunes ignares, dorlotés par le système, de produire un copier-coller que l’enseignant arrive difficilement à déchiffrer. Les douze milliards du Ministère de l’éducation servent à engraisser un système qui produit des diplômés gonflés à l’hélium. Bouche bée, la Ministre de l’éducation trouve la situation inacceptable.

L’étalon de la langue québécoise c’est « le joual » et il galope toujours dans les prés asséchés de l’indifférence du plus grand nombre. Cette langue désossée, où les consonnes sont escamotées, où les locutions négatives colorent sans cesse le discours, où le critère de base est la compréhension familière entre « jouaux », continue à se perpétuer dans les écoles du Québec. Tous les colloques politiques, les forums linguistiques, les ateliers et les rencontres pédagogiques du corps enseignant n’arriveront jamais à sauver la langue française. Que faire alors ? Les politiciens (surtout péquistes) parlent de renforcer la loi 101. La loi est un garde-fou. Elle n’indique pas le chemin pour atteindre le but. Si le Québec vit « joual », parle « joual » et pense « joual », c’est parce qu’il lui manque ce supplément d’âme qui le fait se déprécier dans ses racines les plus profondes. Le parler « joual » signifie le mépris, le reniement de quelque chose dans l’être.

En 1960, le frère Untel proposait de travailler à la hache pour corriger une situation qu’il trouvait déjà inacceptable. A la suite de son appel vibrant, personne n’a vraiment travaillé à la hache. On a utilisé le bistouri, les calmants de circonstances, les somnifères des réformes successives. Un remède de cheval s’imposait hier et s’impose toujours aujourd’hui pour remettre l’animal sur le piton. La tronçonneuse devrait remplacer la hache proposée jadis par un humble frère enseignant. Rien de tout cela. Le climat d’indifférence est généralisé et pour comble, les étudiants se rabattent sur le correcteur 101 pour régler leurs problèmes de syntaxe et de vocabulaire. La technique engendre l’inculture généralisée.

Quelles actions faut-il poser, dans l’immédiat, pour sauver cette langue en état de composition ? Contrôle absolu de la radio et de la télévision. Défense à tous les employés - je dis bien : tous les employés – d’enfourcher quotidiennement le « joual », de le parler et d’en faire volontairement ou par ignorance, la promotion régulière. Destruction en une nuit de toutes les enseignes commerciales anglaises ou « jouales ». Obligation de retourner à l’école primaire et secondaire - stage d’au moins trois ans payé par le concerné - tout fonctionnaire, tout ministre, tout député, tout professeur, tout curé, tout médecin, tout professionnel, qui est pris en flagrant délit de parler et d’écrire « joual ». Installation d’un Ministère de l’éducation apolitique avec un minimum de fonctionnaires. Avec mission d’agir avec célérité.

Il n’y a pas cinquante-six façons d’apprendre une langue. On apprend une langue - la langue française en occurrence - en prenant des dictées, en apprenant Lafontaine par cœur, en lisant les maîtres, en apprenant et en écrivant les règles de cette langue. Urgence donc de procéder à la rédaction, par des maîtres chevronnés, d’une grammaire universelle pour le primaire et d’une autre, plus complète, pour le niveau secondaire. Apprentissage par cœur des règles de cette grammaire. Retour à l’apprentissage systématique et journalier de mots de vocabulaire et remise à l’honneur de la dictée quotidienne, plus un temps obligatoire consacré à la lecture d’auteurs québécois et français. Examen ministériel et éliminatoire à la fin du cours primaire et secondaire. Aucun élève ne sera autorisé à passer du primaire au secondaire, du secondaire au Cégep et du Cégep à l’université sans avoir subi avec succès cet examen éliminatoire. Bref, un filet, aux mailles serrées, qui empêchera les ignorants de propulser leur incompétence à un niveau qu’ils ne devraient jamais atteindre.

Pour mener à bien cette difficile entreprise, il faut des maîtres. L’enseignant (l’éducateur) est le berger de l’être. Il est le délégué aux valeurs permanentes. Le maître est celui qui élève l’élève (quel beau mot !). Sa mission est de nourrir les affamés des choses de l’esprit. Faut-il que la maître en soit pénétrer et que, ce faisant, il soit lui-même attiré par les réalités de l’esprit.

Le maître engendre. C’est là où se trouve sa paternité (sa maternité) spirituelle. En classe, il est l’homme-rocher. L’enfant, a besoin de ces îlots de fidélité et d’affirmation d’absolu. La langue, bien apprise, est le moyen pour planter du définitif dans les terres du relatif. La pensée ne tolère pas la confusion.

La prochaine réforme scolaire passera par l’apprentissage de la langue maternelle, la transmission des connaissances et la vérification de l’acquisition de ces connaissances par des examens universels et communs. Ces propositions sont fort simples. Trop. C’est pourquoi, elles ne seront sans doute jamais appliquées.

Note : Je suggère que l’enseignement de l’anglais ne se fasse plus dans les écoles primaires et secondaires mais dans des écoles linguistiques régionales où les intéressés, par immersion, apprendraient facilement, comme le font les immigrants, une ou deux langues en six mois. Momentanément, pour une période déterminée, les jeunes abandonneraient leurs cours réguliers pour se consacrer uniquement à l’apprentissage des langues. Par la suite, ils pourraient réintégrer le système régulier.

Les professeurs affectés à l’enseignement de l’anglais ou de l’espagnol dans les écoles secondaires ou dans les cégeps assureraient l’enseignement dans ces écoles linguistiques spécialisées. Les professeurs seraient ainsi revalorisés et les étudiants maîtriseraient ainsi mieux la langue seconde de leur choix.

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Vos commentaires:
  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    13 novembre 2009, par Jean-François-le-Québécois

    @Nestor Turcotte :

    Vous écrivez : « les cégépiens et les universitaires viennent d’une contrée où ils ont réussi à composer avec leur incompétence et à gravir un nouvel échelon qui consacre leur ignorance. Ils étudient Voltaire, Rousseau, Goethe, Molière, Rabelais et quelques autres... ».

    Vous êtes certain ? Parce qu’à mon humble avis, à part presque strictement ceux d’entre eux qui étudient en littérature, la plupart des représentants de la génération Y, comme la plupart de ceux de la génération X (la mienne), ne savent pas qui étaient les auteurs dont vous nous avez cité les noms.

    Je suis d’accord que le joual, c’est un phénomène qui vient d’une mauvaise connaissance de la langue française ; et d’une bonne dose de paresse intellectuelle (chez les jeunes mais autant, ou plus, chez les profs qui leurs enseignent)... Mais je crois que c’est plus large, que seulement une chose de nature linguistique : je pense que si le joual se porte si bien, c’est en raison d’un certain manque de culture générale, chez notre population.


  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    13 novembre 2009, par Christian Montmarquette

    La langue, la langue..

    En sortirons-nous jamais un jour ?

    Si les indépendantistes comprenaient la véritable nature du nationalisme, il comprendraientt qu’avec un État plus riche, plus fort, nous aurions plus d’argent à investir dans l’éducation.

    Or, à mon humble avis, une importante proportion des souverainistes ne font "AUCUNE CORRÉLATION" entre le social et le national ; et c’est là une fondamentale erreur qui risque de couler le PQ autant que "l’autonomisme" a participé à couler l’ADQ.

    À quoi bon l’indépendance si elle ne fait pas progresser socialement l’ensemble de la société ?

    - Quand comprendrons nous enfin que l’indépendance ne doit pas être une coquille vide et qu’elle est intimement liée à un projet de société et non pour une élite, mais au service et pour l’avancement de la base de la société ?

    - Quand comprendrons nous enfin que libération nationale et libération sociale ne sont en fait que les deux facettes de la même médaille ?

    On aura beau nous parler de langue et de culture, si nous n’avons pas d’argent à mettre dans l’éducation, cela ne nous mène nulle part.

    CM


  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    13 novembre 2009, par Grand-papa

    « Contrôle absolu de la radio et de la télévision. Défense à tous les employés - je dis bien : tous les employés – d’enfourcher quotidiennement le « joual », de le parler et d’en faire volontairement ou par ignorance, la promotion régulière. » On n’y arrivera pas. Une purification linguistique avec polices peut-être !

    Le ¨joual¨ provient en bonne partie de Paris et de l’ouest de la France du XVIIème siècle, mais il y aussi beaucoup d’anglicismes (surtout à Montréal).

    À ce que je sache, la plupart des journaux et des livres d’ici ne sont pas écrits en "joual". En ce qui concerne la radio et la télévision il y a un très gros problème. L’ère ¨Henri Bergeron ¨ est terminée à Radio-Canada ; nous sommes maintenant à l’ère ¨Viarginie¨.

    C’est surprenant mais je remarque que souvent le français oral utilisé dans les messages publicitaires des ¨sponsors¨ (comme on dit en France) est meilleur que celui de plusieurs romans savons qu’ils commanditent.

    Le ¨joual¨ ou le français québécois se répand parce que c’est payant pour Radio-Canada - sauf peut-être pour l’émission Découverte avec son animateur à la langue orale trop parfaite presque déconcertante - , les radios poubelles et les humoristes. De plus, on n’a pas besoin de consulter de grammaires et dictionnaires (ça fait parti du ¨mou¨ de nos supposées élites qui décident de ce qui est bon pour leur nation). On se compend mais qui nous comprend ?

    La solution : la Loi 101 devrait s’appliquer aux francophones.


  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    13 novembre 2009, par Jean

    Écoutez cher monsieur, je suis en profond désaccord avec vous !

    J’ai 18 ans et je m’intéresse fortement a la littérature !

    je vous invite a écouter le pensée du Grand poète Gaston Miron a ce sujet.

    A VOIR AU PLUS VITE


  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    14 novembre 2009, par Gilles Bousquet

    D’accord pour travailler à l’amélioration de la langue française au Québec même si ça fait souffrir le joual...genre.

    La meilleure image, à la fois, drôle et pratique vient de grand-papa : « La solution : la Loi 101 devrait s’appliquer aux francophones » .

    C’est avec l’humour que nous vaincrons, beaucoup plus qu’avec l’acrimonie, je vous le dis.


  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    14 novembre 2009, par Un patriote depuis le début

    Selon vos propos M Turcotte +++++++++++++++++++++++++++++ Il n’y a pas cinquante-six façons d’apprendre une langue. On apprend une langue - la langue française en occurrence - en prenant des dictées, en apprenant Lafontaine par cœur, en lisant les maîtres, en apprenant et en écrivant les règles de cette langue. +++++++++++++++++++++++++++++

    Je suis en France pour l’instant et même si j’ai eu la chance de côtoyer des auteurs (es), des artistes (musique, sculpture, ...) il n’en reste pas moins que même dans la rue (pas nécessairement les bas quartiers) j’entends une coche au-dessus de ce que je peux entendre le plus communément chez nous.

    Il suffirait de presque rien pour entendre mon Québec s’étendre dans la grande valse des bontés, des joies et de l’agrément autrefois célébrés. Comme vous le savez certainement notre français fut un temps plus correct qu’à Paris !


  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    14 novembre 2009, par Donald Plante
    Quel excellent texte. Bravo ! J’ai une autre piste de solution. Pour ma part, si je suis doué en français et en écriture, ce n’est pas grâce à l’école. J’ai commencé à lire très jeune et c’est en lisant que j’ai appris. L’école n’apprend pas à aimer les livres, ce qui devrait être très important pour améliorer le français au Québec.
  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    14 novembre 2009, par Éric Bouchard

    Il ne manque pas d’air, Monsieur le professeur. Dictées, fables, Belles-Lettres françaises et québécoises, évaluation des connaissances, examens éliminatoires, élévation de l’élève par le maître, le retour de cet « homme-rocher », ce berger « des affamés de l’esprit », voilà ce qu’il nous faut … La belle affaire… Et il les trouverait où ces enseignants fameux ? Dans une boîte de Cracker Jack ?

    La réforme appelée par le frère Untel est advenue. Relayée par le PQ et les Libéraux, elle est permanente, la hache ne cesse de tournoyer et elle ne fait pas dans le détail. Ses victimes se comptent par milliers, abrutis, incultes, « joualisants », les jeunes instituteurs y compris. Et Monsieur le professeur ose s’en plaindre. Il est gonflé, le philosophe de Matane…

    Nous sommes comme vous nous avez faits, Monsieur le professeur. Ni plus, ni moins. C’est votre génération qui est responsable du gâchis. Il n’y a plus de bonnes sœurs pour servir de bouc émissaire, il n’y que vous. Alors ne poussez pas le bouchon davantage. Votre outrecuidance est déjà par trop grotesque.

    Cela vous choque Monsieur le professeur ? Et bien faites comme à votre habitude, allez vous plaindre dans les pages du Devoir ou du Soleil. Entre boomers, on se comprend tellement mieux.


  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ». Merci Éric Bouchard
    14 novembre 2009, par Georges Paquet

    M. Turcotte, Je vous invite à lire et à méditer sur le texte d’Éric Bouchard.

    Comment se fait-il que vous, et vos collègues, grands intellectuels, grands catholiques, grands éducateurs, grands protecteurs de la langue française vous n’avez pas réussi à faire disparaître ou tout au moins à diminuer l’emploi du "joual" au Québec ?


  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    16 novembre 2009, par Jean-François-le-Québécois

    @ M. Christian Monmarquette :

    Vous écrivez : « si les indépendantistes comprenaient la véritable nature du nationalisme, il comprendraientt qu’avec un État plus riche, plus fort, nous aurions plus d’argent à investir dans l’éducation ».

    Mais, je le comprends très bien ! Car il faut pouvoir former de bons futurs profs, pour ensuite les rémunérer en fonction de leur compétence, et ainsi revaloriser la profession de l’enseignement.

    Et il faudrait aussi que nous ayons de nombreuses bonnes écoles publiques. Quand je pense aux histoires d’horreur que j’entends, depuis que j’étais moi-même élève au secondaire, sur les fameuses polyvalentes...

    Et je crois que l’une des raisons pour faire l’indépendance, c’est bien de cesser d’envoyer de sommes d’argent colossales à Ottawa, sous formes d’impôts fédéraux ! Nous continuerons à payer des impôts, comme dans toute société, mais cet argent sera réinvesti chez nous ! Pour combler les besoins de notre nation !

    Vous ai-je mal compris, monsieur Montmarquette ?

    J’ajouterais, pour ceux qui pensent que la solution serait de regarder ce qui se fait au Canada en ce domaine, que ceux qui pensent comme John James Charest, que la clef du succès, c’est d’Ontarioriser le Québec, de tout faire comme au Rest of Canada... Eh bien, je pense qu’ils ont une très mauvaise compréhension des choses. Car le Québec, ce n’est pas l’Ontario : non seulement nos cultures diffèrent, mais nos économies ne sont pas fondées sur les mêmes choses ; nos populations de sont pas de la même composition ; nous ne vivons pas exactement sous le même climat ; et bien d’autres différences hautement pertinentes encore !


  • Les Québécois parlent « joual ». Ils pensent « joual ». Ils écrivent « joual ».
    17 novembre 2009, par O

    M. Paquet,

    Le langage mou, le geste mou, les idées molles, les décisions molles, c’est la conséquence du NO FUTURE au Québec !

    Le jour où les leaders des organismes communautaires auront réussi à mobiliser les Québécois pour qu’ils désobéissent, tous ensemble, à la Nation illégitime qui bloque notre développement, nous voterons ensemble pour un grand chantier de construction d’un pays neuf !

    Les générations montantes se sentiront alors concernées pour l’élaboration du plan, l’établissement des échéanciers, le recensement du personnel à tous niveaux, la formation des spécialistes nécessaires, etc. Alors plus de place que pour les idées claires, énoncées clairement pour construire aisément.


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