M. Bousquet,
Admettons que vous vous penchez sur ma proposition et que nous étudions ensemble ce qu’elle suppose et induirait. Cela parce que vous admettez que nous pouvons pour une fois obtenir un OUI à ce que nous sommes, comme vous le dites :
« Votre message est clair. C’est vrai que l’on pourrait avoir un haut pourcentage de NON à un référendum qui demanderait si on acceptait la constitution rapatriée de 1982, refusée par notre Assemblée nationale à l’unanimité. »
D’abord, ma réflexion ne se résume pas qu’à la question de la validité du Canada, tel qu’invalidé par un OUI à son rejet. Ma proposition, qui n’est encore pas un programme politique, est ici dans l’ordre de la réflexion, et inclut deux énoncés essentiels. D’une part, c’est le peuple souverain du Québec qui parle, ce qui est une donnée nouvelle.
Pour la première fois, existerait dans la LOI de l’État le fait qu’existe ici, se reconnaissant lui-même comme existant, un telle chose que le peuple souverain du Québec, ce qui n’est pour l’heure inscrit nulle part et nulle part de manière valide et sanctionné par les voix du peuple.
Et deuxièmement, ce peuple souverain du Québec invaliderait par là certes l’actuel État du Canada, mais aussi l’invaliderait en vertu du principe de la démocratique souveraineté du peuple qui exigerait solennellement désormais que tout État quel qu’il soit, ancien ou à venir, et prétendant être légitime et valide doit d’abord pour l’être, se soumettre aux voix du peuple souverain du Québec et faire accepter par lui l’Acte qui le fonde, le constitue et le gouverne, à savoir sa Constitution ayant force de LOI, et non pas quelque fumeux projets ou promesses jamais tenues.
Ce qui veut dire que l’État du Canada est et sera invalidé et déclaré illégitime tant et aussi longtemps qu’il ne se sera pas nommément soumis aux voix du peuple. Ce qui est intolérable. Le Canada ne peut désormais plus en cette circonstance faire comme si de rien était et comme si la question du Québec n’était rien du tout qui puisse le soustraire à la démocratie qui est supposée être son lot de manière promulguée partout comme étant exemplaire.
« Admettons qu’on irait chercher 70 % de refus du Canada tel qu’il est, on fait quoi le lendemain vu que le ROC n’est pas tenu de bouger seulement parce qu’on aurait voté pour le renier ? »
On fait quoi ? Pour le savoir, il faut d’abord considérer et mesurer l’impact politique et institutionnel de telle répudiation référendaire. Pour cela il faut voir comment un vote répudiant l’Europe a bloqué son application. Ainsi, ce n’est pas rien un tel vote, il faudrait d’abord ne pas minimiser son importance. Ce que vous me semblez faire... Alors que vous accorder beaucoup d’importance et d’impact au fait que les Québécois se prononce en faveur de votre projet. Faudrait savoir ! Ou bien ce que nous pouvons affirmer référendairement parlant a un impact, ou cela n’en a pas.
Le ROC n’a pas bougé depuis des lustres pour la bonne et simple raison que rien ne l’y forçait. En fait, c’est faux, il a bougé, il a décidé de renforcer le statu quo et le fait de ne pas bouger, cela en élisant les Conservateurs qui pensaient régler la question avec quelque reconnaissance sans effectif impact. Depuis cet échec, ils n’ont eu de cesse que de s’engager dans un activisme canadianisateur qui lui aussi a fait long feu.
Un référendum répudiant ce Canada-là du blocage, change déjà la donne le jour même où les souverainistes font l’unité autour de cette question et entreprennent de soumettre la Constitution du Canada actuel aux voix du peuple démocratique et souverain du Québec. Déjà, ce jour-là, vous verrez le Canada bouger. Il promettra mer et monde, dira qu’une telle consultation n’a pas lieu d’être, qu’elle ne changera rien, et de plus qu’elle est dangereuse puisqu’elle invalide l’État sans le remplacer par quelque chose d’autre. Ce à quoi nous répondrons que cela ne change effectivement pas, et ne doit pas changer, la légalité de l’état de fait dans lequel nous vivons, car il n’est pas question d’installer le chaos. Cependant ce qui est nouveau, c’est que cette légalité ne peut plus se parer de la validité et de la légitimité de le défaut d’en appeler aux voix du peuples souverain permet de justifier. Il est question de proclamer de manière officielle l’illégitimité et l’invalidité de l’ordre légal canadian. Cela change tout. Ici au Québec, ici au Canada, et partout dans le monde. Le Canada n’est en cette circonstance désormais plus qu’un État en sursis, sommé de se soumettre aux voix du peuple démocratique et souverain du Québec sur le territoire de ce peuple souverain. Ce qui change tout. Car actuellement l’État du Canada se dit aux yeux du monde non seulement légal, mais aussi légitime et valide. Ce qui ne pourra plus être le cas après un référendum s’étant clairement prononcé en faveur du refus et de la répudiation du Canada actuel, qui de plus le sommerait de se soumettre aux voix du peuple et de soumettre une Constitution capable d’emporter l’adhésion du peuple souverain du Québec, le fardeau de la preuve lui revenant désormais pour nous être agréable. Ce n’est dès lors plus à nous à nous soumettre à l’État, mais à l’État de se soumettre aux voix démocratique du peuple souverain, ce qui n’est pas le cas actuellement.
« Est-ce que le Québec demanderait aux Québécois et aux entreprises québécoises de payer tous leurs impôts et toutes leurs taxes au Québec ? Est-ce que le fédéral retiendrait la péréquation comme représailles ? »
À priori, rien ne pourrait être fait d’un côté comme de l’autre sans que l’État proposé par les souverainistes, ou par le Canada ou par les « confédérationnistes » comme vous, sans qu’une loi constitutionnelle ne soit votée soit par l’Assemblée nationale, soit pas le Parlement fédéral, Lois constitutionnelles à soumettre aux voix du peuple souverain du Québec pour être validées et légitimées.
« C’est bien beau de refuser une chose mais faut dire ce que l’on voudrait à la place. »
Et, c’est bien beau de dire ce que l’on voudrait à la place sans pouvoir générer le moyen de faire bouger le Canada. « Fait que », comme vous dites, on ne revient pas au point de départ. On établit un nouveau point de départ et ce nouveau point de départ est l’invalidation du Canada actuel. Alors qu’aujourd’hui, d’aucuns prétendent que le Canada actuel est « ben correct de même »... Aucun besoin d’en faire tout un plat constitutionnel. D’où le blocage actuel...
Un tel résultat disant OUI à ce que nous sommes en tant que peuple souverain du Québec, exprimant ce qui ne saurait plus longtemps tenir lieu de base de discussion, exprimant notre volonté libre à l’égard de ce que nous ne voulons pas, établit un nouveau point de départ. Déjà ça... Le point de départ est crucial en tout et les conditions du départ sont à l’avenant. Ici, est rétablit la condition qui fait du peuple souverain le seul et ultime patron du processus, et non l’inverse, qui fait de l’État un patron auquel doit obéir le peuple.
Ensuite, cette clarification, le fait d’avoir su faire l’unité souverainiste pour y parvenir, le fait d’avoir fait l’unité du peuple souverain du Québec pour exprimer ce que nous ne voulons pas de manière très majoritaire, le fait de rétablir le peuple souverain comme étant non plus soumis à la volonté de l’État, mais bien au contraire comme étant l’instance suprême du pouvoir auquel doit se conformer l’État, change tout et aura un effet conséquents à maints égards politiques, sociétaux, culturels et symboliques. Cela change le paradigme même de l’État du Canada pour qui le peuple doit se soumettre à la volonté de SA Souveraine. Le peuple doit obéir à SA Souveraine, doit obéir à l’État et déclarer sa fidélité et obéissance. Un tel référendum change l’ordre des choses, l’État, et SA Souveraine, doivent déclarer fière et digne allégeance au peuple démocratique et souverain. Cet ordre canadian est renversé « bout par boutte » par un référendum répudiant cet ordre qui nous asservit depuis 250 ans. Cela, dans la culture, dans notre rapport de soumission et de résistance à l’État. Cela est renversé dans nos perceptions qui nous font devoir nous opposer un un ordre supérieur alors que l’ordre supérieur c’est nous le peuple souverain, l’État doit dès lors mis en face de l’évidence de se soumettre, ce qui change tout.
Dans ce renversement paradigmatique, le peuple retrouve sa dignité, sa fierté, sa liberté de penser, de s’exprimer non pas en tant que sujet de Sa Majesté la Souveraine, mais en tant que Souverain, lui, souverain, soumettant l’État à SA volonté à lui, et non se soumettant ou forcé de résister contre la soumission, ce qui admet toujours la soumission, l’ordre de la soumission.
Ce renversement permet, je crois, de rétablir dans cette mouvance un mouvement de ré-appropriation de notre pouvoir de choisir librement l’État que nous voulons. Et, ce que nous voulons, ce que nous avons été presque 50% à approuver, c’est un État souverain du peuple souverain du Québec maître de son destin, libre de partenariats les plus divers avec toutes les nations de la terre y compris avec ses voisins de l’espace panaméricain.
Mais vous, vous pourrez plutôt être du côté du Canada, proposant un État canadien re-fédéré sur la base d’États nations formant une même entité politique internationale. Ce à quoi je n’adhère pas, parce qu’il est toujours question d’assujettir notre libre arbitre à une majorité nationale qui n’est pas la nôtre et qui nous fait être éternellement minoritaires. Et, je suis persuadé que les Québécois veulent autre chose que ça. En 1995 même sous les menaces de représailles, victimes du chantage de « l’amour infini » et du non-respect des lois référendaires par le fédéral qui a dépensé sans compter, nous avons été à quelques voix de l’affirmer haut et fort. Je ne vois pas que quelque chose ait pu changer à cet égard et qui ne serait pas plutôt favorable à un État réellement et clairement souverain. Cela dit, c’est une position que vous pourriez mieux défendre si le statu quo actuel est vraiment et nommément plus de mise et cela ne peut se faire que s’il est soumis à la répudiation référendaire que pourrait lui faire subir l’union de nos forces souverainistes invitant le peuple souverain du Québec à se prononcer à cet égard.
Les Québécois peuvent s’entendre sur une solution. Celle qui consiste à répudier le Canada actuel... C’est le Canada que reviendra la charge de soumettre au peuple souverain du Québec un projet de Canada qui soit en mesure d’emporter son adhésion. Ce n’est pas à nous de nous entendre au préalable pour lui faire entendre raison. Dans le contexte du référendum de répudiation du Canada, c’est à lui à nous soumettre un projet qui puisse nous plaire, et non l’inverse.
Entretemps, les souverainistes pourront convaincre le peuple souverain du Québec de fonder l’État souverain qu’il désire. J’en suis persuadé. Nous pouvons obtenir cette adhésion beaucoup plus aisément que ne pourra le faire le Canada, car lui, pour nous plaire, il doit diamétralement changer et s’occuper de faire son unité autour d’un projet capable de nous plaire, ce qui ne sera pas aisé pour lui, en admettant qu’il puisse y parvenir. J’en doute fortement. Ce qui nous ouvre larges les portes pour concevoir et adopter une Constitution du peuple souverain du Québec capable d’emporter une large adhésion des Québécois.
Votre position est une position de soumission. Votre soumission à l’ordre canadian. Cet ordre qui nous oblige à faire l’unité pour une option qui sera rejetée par la Canada parce qu’elle est irrecevable à ses yeux, que les Québécois y adhérent ou pas ne majorité, car, majorité pour majorité le Canada oppose SA majorité. Ce que démontre bien M. Facal. Ce qui vous fait assumer la charge et le fardeau de la preuve. Un ordre véritablement démocratique renverse cet ordre canadian. Sommé par le peuple démocratique et souverain de se soumettre à sa volonté, le fardeau de la preuve devient à la charge du Canada qui doit désormais lui se soumettre à notre volonté et non l’inverse, cela en vertu du principe démocratique de la souveraineté du peuple et de la reconnaissance internationale du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Ce que nous a toujours dénié le Canada qui pour cela s’est bien gardé de nous reconnaitre comme peuple dans sa Constitution. Ce pourquoi nous la répudions, ce pourquoi nous devons incarner dans la LOI, sa répudiation et seul une consultation référendaire répudiant cette Constitution peut nous permettre de le faire de manière valide et claire. Ça, où un référendum fondant l’État souverain du Québec. Je dis donc, commençons d’abord par ça, et ensuite poursuivons dans la foulée de ce OUI majoritaire à ce que nous sommes, en faisant approuver par ce peuple souverain du Québec rapatriant son pourvoir sur sa vie politique, l’État souverain qu’il désire, en possibles partenariats économiques qu’il voudra bien établir avec les nations de l’ensemble panaméricain, y compris donc avec le RdC et possibles partenariats politiques qu’il voudra bien soumettre à l’approbation du peuple souverain du Québec.