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L’histoire est quelquec hose de tordu. Plusieurs historiens bien-pensants tentent de nous faire avaler que le Canada est né le 1er juillet 1867. Pouf ! Abracadabra, par ici, par là … voilà le Canada !
Il n’y a rien de plus loufoque. L’indépendance canadienne s’est bâtie sur près de 115 ans. Elle s’est faite par le traité de Westminster, l’affaire Chanak, le rapatriement du judiciaire du conseil privé vers la cour suprême, la bataille de la crête de Vimy, l’adoption du « bill du dominion », puis, le pouvoir de changer sa propre constitution en 1982. Encore aujourd’hui, le Canada n’est pas totalement indépendant. Les règles de succession du chef d’état canadien sont encore assujetties au « Act of Settlement » de 1701, une loi on ne peut plus britannique.
En temps de paix et d’opulence, il est difficile de demander à une population de subir un changement agressif. Ventre plein n’a pas de rage, écrivait Félix. Les mécanismes indépendantistes à ce jour font peur. Dans certains cas, il y a de quoi avoir peur !
Thèse Péquiste : Mettons l’indépendance de côté, le temps d’une
élection. Puis, gagnons les cœurs et gagnons un référendum lorsque la
souveraineté sera au zénith, puis, déclenchons l’indépendance.
Thèse Solidaire : Mettons l’indépendance de côté, le temps d’une
élection. Puis, créeons une assemblée constituante, gagnons DEUX
référendums puis, déclenchons la république socialiste du Québec.
Thèse PIiste : Mettons l’indépendance, seulement l’indépendance de
l’avant. Devenons un gouvernement majoritaire, puis déclenchons
l’indépendance par vote de l’assemblée nationale.
Toutes ces thèses comportent un élément commun : Un déclenchement. Toutes ces thèses voient l’indépendance comme une montagne énorme à escalader. Voir une révolution pour certains. Tous croient que la législature du Québec, dans son état actuel, est une démocratie parfaite où gazouillent les oiseaux roses et bleus pastel. Selon moi, ils se trompent tous royalement !
***
Qu’est-ce qu’un état ? Selon Montesquieu, un état est constitué d’un pouvoir législatif, d’un pouvoir judiciaire et d’un pouvoir exécutif.
En ce qui a trait au pouvoir exécutif, le Canada asservit toujours le Québec, via un lien obsolescent mais néanmoins valide. Qu’on se le dise clairement : Le lieutenant gouverneur général du Québec est un fonctionnaire fédéral, grassement payé par Québec. Il reçoit ses ordres de son excellence la Gouverneur Général du Canada, qui elle puise ses ordres d’Elizabeth II, par la grâce de Dieu, reine du Royaume-Uni, du Canada et de ses autres royaumes et territoires, chef du Commonwealth, défenseur de la foi. Le lieutenant gouverneur général du Québec est cependant, de facto, un employé direct du Premier Ministre du Canada, le très honorable Stephen Joseph Harper. Croire innocemment que le lieutenant gouverneur général, tel qu’il existe aujourd’hui, sanctionnerait un projet de loi sur un « déclenchement d’indépendance » unilatéral est d’une naïveté déconcertante.
En ce qui a trait au pouvoir judiciaire, le Canada asservit, encore une fois, le Québec. Son excellence la Gouverneur Général du Canada, via le ministère fédéral de la justice, décide conjointement, avec le ministère de la justice du Québec, de la nomination des juges. Le gouvernement fédéral exerce ainsi son véto. Il verrouille notre système judiciaire dans le statu quo canadien. Il consacre la constitution de 1982 et ses effets sur les accommodements raisonnables. Il achemine toutes les causes judiciaires vers la cour suprême du Canada, une cour appliquant majoritairement la Common Law. Il serait, encore une fois, illusoire de croire que le pouvoir judiciaire actuel accepterait le nouvel état indépendant sans broncher.
On peut donc le constater, le Québec est loin d’être une démocratie parfaite. Des changements majeurs doivent être faits AVANT d’accéder à l’indépendance. Ces changements doivent être faits Un par un, Étape par étape, Loi par loi, Rapport de force par rapport de force. Tous les partis mentionnés précédemment voient l’indépendance comme un « déclenchement », une ère nouvelle, une transsubstantiation digne de l’eucharistie. Certains veulent tellement protéger l’image de virginité de l’indépendance qu’ils placent cette dernière derrière, dans une cloche de verre. Ils en parlent du bout des lèvres, de peur de s’en servir ou de la salir. En attendant cette indépendance procrastinée, ils consacrent leurs vies politiques à gérer un Québec province et faire des récriminations envers Ottawa.
L’élection d’une coalition majoritairement indépendantiste (comme le propose le RIQ) ou un référendum gagnant (comme le propose le PQ) permettrait sans aucun doute de passer à une vitesse supérieure. La démocratie absolue serait un outil formidable pour l’indépendance. Toutefois, ce serait négliger cette même démocratie que de consacrer le statu quo lors de l’élection d’un gouvernement indépendantiste. Advenant l’échec référendaire ou l’échec d’une coalition à majorité (50 %+1), l’indépendance doit se faire quand même. Elle prendrait tout simplement plus de temps. Elle se ferait pas à pas.
À cette époque où les troupes indépendantistes sont divisées, ne serait-il pas pertinent de tous nous mettre dans le même continuum indépendantiste ? Au lieu de nous catégoriser, réalisons l’indépendance, pas à pas.
Rien ne sert de courir, il faut partir à point.
Frédéric Picard
St-Jean-sur-Richelieu
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"Il faut partir à point", dites-vous.
Certes.
Il faut partir du bon pied, davantage encore, ne croyez-vous pas ?
Quel autre départ que la rupture préalable d’avec le Canada peut-être le bon, aujourd’hui, et depuis 1763 ?
Autrement, "Cause toujours", comme l’écrit Pierre JC Allard, pour nous rappeler, sur le mode ironique, la vraie vérité de la démocratie libérale, c’est-à-dire de la fausse démocratie.
D’où la vanité des propositions du PQ depuis sa fondation.
Andrée Ferretti.
Mme Ferretti,
Je ne crois pas qu’il doit y avoir rupture avec le Canada. Je crois qu’il doit y avoir ruptureS (J’insiste sur ce S pluriel) avec le Canada.
C’est à dire que la prison dorée canadienne est fort complexe. Il faut couper, un par un, les barreaux de notre cage. Bien-sûr, une coalition majoritaire, comme le propose le RIQ, nous permetterait d’entamer plusieurs barreaux en même temps. Tout comme un référendum. Néanmoins, en tant qu’indépendantistes, ce serait mépriser la démocratie que de s’asseoir sur son derrière, gérer un Québec province et s’en tenir à de vulguaires remontrances contre des torchons rouges.
Dès que nous le pourrons, nous avons le devoir de construire le Québec nation.
Néanmoins, en tant qu’indépendantistes, ce serait mépriser la démocratie que de s’asseoir sur son derrière, gérer un Québec province et s’en tenir à de vulguaires remontrances contre des torchons rouges.
Dès que nous le pourrons, nous avons le devoir de construire le Québec nation.
Oui.. bien d’accord ! Sauf peut-être sur le défaitisme fatal aveuglant, ou encore la partisanerie de clocher, qui fait en sorte qu’on interprète la stratégie Marois au pire. Si elle dit vouloir être sur tous les fronts pour construire le Québec nation, et que de Pauline Marois on entend "Agir pour le Québec", qu’elle est d’accord pour faire des gestes de souveraineté, et que de la base les propositions cheminent jusqu’à ce qu’elles réfléchissent dans la prochaine plate-forme électorale, on ne peut pas dire que s’est se croiser les bras en espérant que les beaux discours enflamment les coeurs. Prêcher par l’exemple, tel doit être la pédagogie d’un gouvernement... et bien bonne nouvelle, Pauline Marois promet de ne pas se croiser le bras ! Faut-il persister avec mauvaise foi ? Autrement je comprends l’humeur sceptique régnante, le PQ a dorénavant obligation de résultat, rien de moins. Chat échaudé craint l’eau froide.
Monsieur Bergeron,
J’exprime de forts doutes sur les capacités du parti Québécois, dans sa forme actuelle (j’insiste sur cette forme « actuelle »), de former un gouvernement national. Le 18 juin dernier, Pauline Marois déclarait : « Tout comme le fait de se radicaliser en refusant d’avance à gouverner un Québec encore province, serait une recette assurée pour l’exclusion, voire le suicide politique. » On peut excuser souvent les politiciens d’être mal cités pas les médias. Toutefois, dans ce cas-ci, la déclaration était volontaire, écrite de la blanche main de mme Marois et ce, sans aucune contrainte médiatique.
On peut sérieusement se poser des questions sur les lunettes roses de certains péquistes face aux gestes de souveraineté de leur parti. Le passé est malheureusement garant de l’avenir. La plate forme de 2005 comprenait un programme de nation. Qu’est devenu ce programme ?
À titre d’exemple :
Les bonzes du PQ se sont rapidement fondus dans les fleurs du tapis lorsqu’il était temps de défendre la constitutionalité du projet de loi 195. Au lieu de dire clairement que le Québec ne se plierait jamais à une constitution adoptée à son insu, ils ont référé le projet de loi à la commission des droits de la personne. Au lieu d’attaquer Jean Charest et Mario Dumont sur le fait qu’ils reconnaissent De Facto la constitution de 1982, ils ont préféré faire dire par des constitutionalistes triés sur le volet que le projet de loi est conforme à cette même constitution !
Reconnaître que les gestes de nation doivent se faire à l’intérieur du cadre constitutionnel canadien est une reconnaissance de facto de la validité de ce cadre mais également de sa supériorité sur la démocratie québécoise.
« Tout comme le fait de se radicaliser en refusant d’AVANCE à gouverner un Québec encore province, serait une recette assurée pour l’exclusion, voire le suicide politique. »
Des changements majeurs doivent être faits AVANT d’accéder à l’indépendance
Un Québec encore province, c’est l’état de fait avant même de gagner des élections, c’est l’état de fait à combattre une fois au pouvoir. C’est un état de fait que même une élection à double majorité ne pourrait occulter. Cette réplique de Mme Marois est un camouflet aux tenants d’une élection référendaire qui propose au parti souverainiste de refuser le pouvoir sans une majorité du suffrage universel. Point.
Une fois au pouvoir, il n’est donc pas question de se croiser le bras. Ne pas placer dans le contexte sa citation, ça devient de l’aveuglement volontaire, ce qui est pire que de porter des lunettes roses.
Si le PQ ne propose pas d’Agir après la prise du pouvoir, ce sera sa mort clinique assurée. Au-delà de ça, les doutes sont bien légitimes, mais un jugement catégorique est à mon avis prématuré.
En tout respect Monsieur Picard, vous vous trompez royalement.
La Déclaration d’indépendance aura pour effet de répudier l’ensemble de l’ordre constitutionnel canadien, incluant sa composante monarchique. Ce qui veut dire que le poste de lieutenant-gouverneur sera aboli par la Déclaration d’indépendance. Donc, nul besoin de s’inquiéter de l’approbation de la Déclaration d’indépendance par le lieutenant-gouverneur.
Quant à la Constitution provisoire d’État indépendant, elle comportera des dispositions créant une cour de dernière instance québécoise sur laquelle siègeront des juges nommés par le gouvernement du Québec. Ces juges devront prêter allégeance à la Constitution du Québec indépendant. Ils auront pour mandat de protéger l’ordre constitutionnel québécois.
Concernant les juges des autres tribunaux, s’ils refusaient de prêter allégeance à la Constitution québécoise et de la défendre, ils seraient tout simplement congédiés et remplacés par d’autres magistrats.
Voilà de véritables gestes de rupture.
Les indépendantistes n’ont pas besoin de petits pas ultraétapistes, mais d’exprimer une volonté d’État incarnée dans l’action.
Éric Tremblay Parti indépendantiste
Au moins mon texte aura su susciter une certaine réflexion chez les indépendantistes. Je remercie Bernard Frappier très sincèrement de l’avoir mit autant en évidence.
J’aimerais vous remercier de votre apport, monsieur Bergeron. Je souhaite ardamment que vous ayez raison. Je souhaite sincèrement que le PQ adopte la vision de l’indépendance que j’ai détaillé. Toutefois, vous comprendrez que votre interprétation de Pauline Marois me semble plutôt personelle. Je préfère la rigueur et m’en tenir qu’à lire les lignes. Je laisserai la lecture inter-lignes et l’interprétation à mme Marois elle-même.
Je garde le coeur, les yeux et les oreilles ouvertes. Espérons que les hautes instances du PQ en feront autant.
J’aimerais remercier également monsieur Tremblay, pour avoir prit le temps de répondre à mon texte. À moins que ce dernier réinvente le processus législatif au Québec, un projet loi, pour devenir loi, doit recevoir l’assentiment du Lieutenant gouverneur général. Une loi abolissant le lieutenant gouverneur général ne deviendra effective que si le lieutenant gouverneur général la signe. Le parti indépendantiste propose-t’il de faire l’indépendance du Québec sur un simple projet de loi ? Qui plus est, un projet de loi très probablement adopté sous baillon pour museller les libéraux ?
En ce temps de division, on stéréotypera rapidement les indépendantistes. Lui c’est un ci. L’autre c’est un ça. Ces cadres de références divisent la famille indépendantiste. L’indépendance du Québec doit être un continuum. C’est la seule façon de nous réconcillier. Seule l’union permettra de vaincre les forces fédéralistes. Seule la mise sur pied d’outils pédagogiques suffisamment terre-à-terre permettra de réaliser l’indépendance.
À partir du moment où la population décide, le soi-disant pouvoir de refus du lieutenant-gouverneur, qui était la règle à ses débuts, n’est plus qu’un acte protocolaire historique. Qu’est-ce qui est le plus important ? L’adoption d’une loi par l’Assemblée nationale ou la signature de cette loi par le lieutenant-gouverneur ?
Quant aux petits pas,ce qualificatif de petit peut varier d’une personne à l’autre et contenir des actes considérés comme petits par certains et comme grands par d’autres. Pour moi, le fait de se passer de cette signature est un petit pas tandis que la modification du régime actuel en est un grand.

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