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Les Mémoires de Marc Brière
Ecrit à l’âge vénérable de 78 ans, Juge et militant, Mémoires, de Marc Brière est un livre passionnant que j’ai lu avec grand plaisir.
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
vendredi 27 juin 2008      90 visites


Ecrit à l’âge vénérable de 78 ans, Juge et militant, Mémoires, de Marc Brière est un livre passionnant que j’ai lu avec grand plaisir. On y fait la rencontre de ce qu’on appelait au XVIIè siècle français “un honnête homme” qui possède une vaste culture politique et une longue expérience d’engagement concret dans la vie du Parti libéral puis du Parti québécois.

Toutes les questions qui intéressent les participants de Vigile sont traitées avec clarté : il s’en dégage une pensée cohérente qui s’appuie sur des principes et qui s’exprime avec le style impérial qu’on avait pu constater alors que Marc Brière présidait le comité politique du Parti québécois formé d’experts pour la plupart professeurs d’université ou ex-libéraux avocats de la rue St-Jacques qui avaient été militants à la Fédération libérale du Québec : certains d’entre eux, c’est tout en leur honneur, ont signé le manifeste de René Lévesque, Option Québec. Bizarrement, il n’est pas question du comité politique dans ces Mémoires sans doute pour oublier un vote d’un congrès proposant sa disparition et qui fut gagné par ceux qu’on appelait les participationistes dont je faisais partie. Nous aurions voulu que le comité politique s’intègre au comité du programme qui, lui, était rattaché à la base à travers les comtés et les régions. Mais ces experts et ces ex-libéraux tenaient à un accès direct à René Lévesque, accès que la disparition officielle du comité politique dans les Statuts du Parti québécois ne leur fit pas perdre d’ailleurs puisque Marc Brière jouait au tennis avec René Lévesque au lac l’Achigan. Un peu contrarié et même un peu courroucé de la défaite subie par ses amis, M, Lévesque m’a dit, après le vote du congrès : “Vous ne m’empêcherez pas de téléphoner à qui je veux !” remarque que j’accueillis avec le sourire à mes risques et périls, bien sûr. Je n’avais pas d’ambition personnelle alors ça ne me dérangeait pas de déplaire au journaliste brillant de POINT DE MIRE et à l’homme politique qui avait fait la nationalisation de l’électricité et pour lequel j’avais une admiration sans bornes. Ô jeunesse inconsciente et militante, je te salue ! Ô avocats de la rue St-Jacques, je vous demande pardon de vous avoir traités de rapaces en collaboration avec Jan Depocas qui décrivait en riant Pothier Ferland penché sur le balcon d’un congrès comme un de ces vautours qu’on peut contempler au Zoo de St-Félicien.

Parlant de la rue Saint-Jacques, pour nous à l’époque, les avocats de la rue Saint-Jacques étaient nécessairement au service des grosses compagnies et de la haute finance ce qui n’était pas pour nous les rendre sympathiques. Or, nous apprenons que le bureau d’avocats de Marc Brière (qui inclut Jean-Roch Boivin à un moment donné) se spécialisait dans le droit du travail et qu’il a rédigé la charte du collège St-Paul devenu laïc, collège qui succéda au séminaire Marie-Médiatrice où j’ai étudié pendant quatre ans ; que Marc Brière a été arbitre de griefs pendant des années jusqu’à sa nomination comme Juge au Tribunal du Travail par Jérôme Choquette, fonction qu’il exerça pendant 24 ans de 1975 à 1999 comme le montre en annexe une chronologie très bien faite.

Si on revient en arrière, je me demande pourquoi des alliés comme Pierre Marois, Jan Depocas, Yves Miron ou André Larocque, grands participationistes devant l’Eternel, ne m’ont pas expliqué comme ça, en passant, que Marc Brière n’était pas un “avocat de la rue Saint-Jacques collé au grand capital” mais un avocat spécialisé dans le droit du travail que j’ai moi-même pratiqué comme responsable des griefs et membre d’un exécutif syndical d’un collège pendant de nombreuses années où nous avons gagné plusieurs griefs tellement qu’un avocat patronal m’appelait “Maître” ce qui était à peine faux puisque j’avais suivi des cours de droit canon (Jus canonicum) donnés par un Jésuite. Je ne dis pas que j’ai été manipulé mais enfin j’aurais aimé le savoir comme j’aurais aimé savoir que les Statuts du Parti québécois avaient été rédigés par André Larocque et s’inspiraient des structures du Parti communiste yougoslave. Ça m’a aidé à comprendre l’inconfort du sympathique Jean-Roch Boivin quand il les présenta un matin au restaurant Prince Charles. Ça me permet aussi de réinterpréter les rapports tendus que nous avions pendant les ateliers des Statuts au congrès avec Me Rosaire Beaulé, ex-vice-président de la Fédération libérale du Québec, que nous trouvions paternaliste et je n’ai pas besoin de vous dire que ce paternalisme nous irritait au plus haut point.

Sur la question constitutionnelle, nous voyons l’évolution de Marc Brière. Suivons-le à la trace. Il est parti du statut particulier de Paul Gérin-Lajoie. Puis René Lévesque a rédigé le manifeste de la souveraineté-association avec un sous-titre très significatif qui était : Pour une nouvelle union canadienne. Je cite la suite. “ Yves Michaud était pour une véritable confédération et pas pour une souveraineté-association : il ne pouvait pas signer. Lévesque lui a dit : “Ecoute, aller expliquer au peuple que ce qu’on appelle actuellement “confédération” n’est pas une véritable confédération et que ce qu’on veut, c’est une véritable confédération, c’est du juridisme dont on ne sortira pas. Michaud était, en fait, plus fédéraliste. Et moi aussi : à ce moment-là, j’ai songé à quitter le groupe. Je n’étais pas indépendantiste. En revanche, la réponse de Lévesque m’a convaincu.” La suite est touchante et je vous y renvoie.

Le 19 janvier 2002, dans Le Devoir, Marc Brière lance un appel pour que les Québécois se donnent une Constitution bien à eux. Au quatrième trimestre de 2007, il écrit : “On notera que dans le texte de cet appel, je considérais encore comme possible de faire l’économie d’une sécession si le Canada consentait à adopter un fédéralisme asymétrique reconnaissant au Québec un degré suffisant de souveraineté. Je ne crois plus à cette illusoire éventualité.”

Où aboutit-il ? Voici la réponse : “la partie association du rêve québécois de souveraineté est déjà réalisée et assurée dans l’Accord de libre échange nord-américain (ALENA)”.

“Comme les Canadiens sont insensibles aux aspirations des Québécois et continuent de faire la sourde oreille, les Québécois devront se résoudre à devenir souverains dans le cadre de l’alliance économique qu’est l’ALENA.” “La seule voie ouverte est celle d’un large consensus de la nation, constaté par un référendum portant uniquement sur l’indépendance et la négociation de bonne foi des modalités de la séparation.”

Au moment de l’Option-Québec de René Lévesque et de sa souveraineté-association, Marc Brière écrit que “c’est la souveraineté qui importait alors et qui importe toujours-avec d’autant plus d’urgence. (...) C’est pourquoi je me suis alors rallié à René Lévesque- en me confortant par la pensée que la Souveraineté-Association était encore une forme de confédéralisme- et c’est ainsi que progressivement, tranquillement, je suis devenu indépendantiste” comme l’étaient, paradoxe que je souligne malicieusement, les militants du Rassemblement pour l’indépendance nationale avec lesquels ils ont fait semblant de négocier il y a quarante ans de cela.

Conclusion : “Tout ce long cheminement, à certains moments douloureux, vers plus d’autonomie, plus de souveraineté. De Canadien français catholique et fédéraliste, puis agnostique et confédéraliste, à Québécois souverainiste et enfin indépendantiste. Par espoir de cause, par la force des choses, de la raison et du coeur”.

Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 27 juin 2008

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