Les Canadiens anglais nous volent... gentiment

Tribune libre de Vigile
vendredi 4 février 2011
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Quiconque a vécu dans les autres provinces a pu se rendre compte qu’en général, les Canadiens anglais sont des gens très bien. Si on fait exception d’individus racistes et répugnants comme les partitionnistes, l’écrasante majorité d’entre eux sont des non-violents qui n’ont plus rien à voir avec les bandits impérialistes qui sont jadis venus de Grande-Bretagne pour nous agresser et nous voler. En deux siècles et demi, notre petit voisin est bel et bien devenu le peuple de paisibles travailleurs qu’il prétend être. Si, malgré cela, il est presque unanime à vouloir continuer à nous dominer à vingt contre un, c’est par intérêt, non par méchanceté. Mis brutalement devant l’indubitable fait historique que notre appauvrissement date de la conquête armée de 1760, la plupart des Canadiens anglais gardent un silence poli ou l’admettent avec un haussement d’épaules. Ils font comme ces héritiers de fortunes à l’origine douteuse qui reconnaissent volontiers qu’ils n’ont ni gagné ni mérité leurs millions, mais qui les gardent quand même.

Sachant être des voleurs et des fils de voleurs, les Canadiens anglais, par un mécanisme psychologique bien connu, se justifient à leurs propres yeux en méprisant, en dégradant ou en animalisant leurs victimes. C’est l’origine de vieilles expressions racistes comme ¨priest ridden province¨, ¨pea soup¨ ou ¨frog¨.

Loin d’être une anomalie, ce genre de comportement parasitaire est la norme dans tout le monde vivant. Partout, les bêtes cherchent à accroître leur richesse soit en la produisant, soit en la volant. Comme il est dangereux d’utiliser la violence parce que les victimes pourraient blesser l’agresseur, c’est ordinairement par la coopération que les êtres vivants cherchent à s’enrichir. Chacun se contente donc d’occuper sa niche écologique et évite de nuire à la plupart de ses voisins pour ne pas provoquer d’inutiles conflits. Dans un écosystème, même les proies collaborent avec leurs prédateurs pour rendre l’ensemble plus performant. Par toutes sortes de signaux sonores et visuels (cris puissants, sauts vigoureux, beau plumage, etc), elles orientent la violence des prédateurs vers leurs congénères les plus faibles ; ce qui a l’avantage de libérer des ressources pour les survivants. Partout, la violence est un dernier recours qu’on utilise presque exclusivement contre les faibles et les lâches. C’est une simple question d’économie et d’équilibre des puissances. Quiconque refuse de se défendre alors qu’il en est capable est une proie et un être inférieur qu’on dépouille à volonté puisqu’il suffit de lui ¨montrer ses crocs¨ pour pouvoir se servir.

C’est précisément ce qui se passe avec le puissant Québec moderne dont les leaders continuent à faire pattes douces avec leur vieux prédateur affaibli du Canada anglais et ce, même si le rapport des forces entre les deux peuples s’est totalement modifié au cours des dernières décennies. Rêvant de pouvoir et de limousines, les leaders indépendantistes se gardent même de faire progresser leur cause en allant vers les fédéralistes et les immigrants pour leur montrer qu’il est de leur intérêt à eux aussi d’arrêter les vols du petit Canada anglais. Ce dernier, qui se sait faible parce qu’il ne peut plus s’appuyer sur un empire mondial, est bien content de cette timidité, car il redoute le moment où il devra négocier d’égal à égal (et à perte) avec un peuple qui possède le tiers de sa puissance démographique en plus de couper son territoire en deux et d’en contrôler les principales voies d’accès.

Sachant qu’un Québec indépendant sera en mesure de lui infliger de lourdes pertes économiques s’il s’avise de lui nuire, le Canada anglais, du moins au niveau de ses gouvernements, de ses élites et de sa Cour suprême (c’est-à-dire ceux qui comptent), a totalement renoncé à l’idée de nous menacer ouvertement ou de nous attaquer militairement et se contente de continuer à nous exploiter en attendant le jour où nous voterons ¨oui¨ à quelque chose. Il a beau jeu de le faire puisqu’il sait que, quoi qu’il arrive, les futures négociations vont fatalement déboucher sur une entente mutuellement avantageuse.

L’inévitable coopération Québec-Canada

De multiples exemples du monde vivant montrent qu’à long terme, la coopération pacifique entre deux proches voisins comme le Québec et le Canada, qu’elle soit aimante ou non, sera inévitable au sein du grand ensemble économique qui est en train de se constituer en Amérique du Nord. Dans la nature, la coopération est tellement prépondérante qu’à tous ses niveaux d’organisation, on trouve des sociétés. Ainsi, chacune des cellules de notre corps est le résultat de l’association ancienne d’au moins deux espèces distinctes puisque les mitochondries, ces organelles qui fabriquent de l’énergie, possèdent leur propre code génétique. C’est la même chose au niveau de nos organismes dont 80 à 90% des cellules sont d’origine étrangère ; tous nos organes et tissus étant infestés par des myriades de virus et de bactéries dont beaucoup sont essentiels à notre survie, notamment au niveau de notre tube digestif. Quant à notre peau, elle est habitée depuis que le monde est monde par plus d’un millier d’espèces d’acariens (pas des individus, des espèces !).

Chose intéressante : même dans les sociétés animales ou les écosystèmes les plus complexes, aucune intelligence n’a présidé à l’établissement des équilibres dynamiques qu’on y observe. Si ceux-ci existent, c’est uniquement parce que la coopération est la plus efficace façon de s’enrichir dans un univers où tout a naturellement tendance à se défaire, à vieillir ou à pourrir.

Indépendance sans haine

Pour que notre forme de vie puisse accéder à des niveaux supérieurs d’organisation, c’est-à-dire pour qu’apparaissent de vastes organismes territoriaux comme les nations ou les civilisations, il aura fallu qu’apparaissent l’intelligence et les pulsions sociales humaines.

Si les sentiments d’attachement des bêtes ne vont jamais plus loin que l’amour familial ou tribal, les êtres humains, eux, ressentent fortement de généreuses pulsions nobles et altruistes comme le patriotisme ou l’humanisme ; des pulsions qui impliquent le sacrifice de leurs intérêts individuels au profit de quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes. (La mentalité écologique et les théories panthéistes de nos philosophes ont la même origine) En dépit de tout ce que les moralistes leur reprochent, les êtres humains sont en effet les meilleurs des animaux ; les seuls qui soient capables de vivre et de coopérer pacifiquement avec des millions de leurs semblables sur de minuscules territoires comme ceux de Shanghai ou de New York. Quand nos congénères nuisent sciemment à autrui, c’est pratiquement toujours parce que leurs intérêts sont en jeu. Quand ce n’est pas le cas, ils sont naturellement portés vers le bien, le beau, le bon, le vrai et le juste. Dans les faits, même des assassins comme Al Capone ou Genghis Khan cherchaient à s’entourer de belles choses, de belles femmes et de beaux spectacles.

Les aspirations nobles sont peut-être plus naturelles encore pour un peuple des neiges comme les Québécois qui ne rêvent que de chaleur et de lumière. En dépit de l’appauvrissement artificiel qu’on leur a fait subir, nos compatriotes veulent quand même réaliser leur indépendance sans violence et sans haine. Heureusement, l’affaiblissement du Canada anglais et l’évolution démocratique de notre environnement continental et international rendent désormais la chose possible.

Le fait d’obliger le Canada anglais à ¨retourner jouer dans sa cour¨, nous permettra de faire disparaître de multiples laideurs de notre société. Les vols, les tromperies et le mépris des descendants de nos conquérants deviendront des choses du passé tout comme les petites combines de nos fédéralistes et les frustrations de nos patriotes. Les lâches – que nos sondeurs appellent des indécis – perdront la place centrale qu’ils occupent dans notre culture politique. Les journalistes de nos grands quotidiens ne seront plus sélectionnés en fonction de leur mesquinerie et nos milliardaires ne les paieront plus pour dénigrer les Québécois et leur faire croire qu’ils n’en valent pas la peine. Et plus personne ne se montrera inquiet des succès internationaux, trop encourageants, de gens comme Céline , Jacques Villeneuve ou Guy Laliberté.

Quand, longtemps après l’indépendance, nos vieilles chicanes auront fait place à une coopération continentale mutuellement avantageuse, les Canadiens anglais nous aimeront-ils et nous estimeront-ils ? Tant mieux si c’est alors le cas ; autrement, on s’en foutra pas mal ! Du moment que nos intérêts seront servis...

Jean-Jacques Nantel, ing.
Février 2011

Commentaires

  • jacques metayer, 6 mars 2011 02h18

    Nous ne coupons pas le territoire "canadien" en deux. L’actuel "canada" n’est pas une entité territoriale achevée et historiquement structurée, mais un rapiéçage forcé et bureaucratique d’entités pré-constituées et de forces potentielles. Premièrement, non seulement Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse ne perdront-elles rien à voler de leurs propres ailes, mais elles en ont les fondements identitaires requis, tout comme le Québec. C’est là exactement ce qui fait chier Ottawa dans ses culottes. Le château de cartes tient à un fil. Ottawa et Bay Street sont en train de commettre l’erreur d’essayer de coller les cartes de ce château avec des joints en ciment, avec leur "nation building" à l’emporte pièce alors que la coquille est vide.

    Ajoutons que les habitans du rest of canada sont aussi victimes que nous. Ils sont traités en instruments, pas en Citoyens, et ne peuvent s’accrocher qu’à des stéréotypes pour se définir. Les voleurs sont plus haut perchés

  • Diane Leclerc, 14 février 2011 10h11

    Merci beaucoup, monsieur Nantel, pour ce très bon texte ainsi que les précédents.

    Revenez-nous souvent afin d’éclairer si nettement notre lanterne.

  • Citoyen Custeau, 6 février 2011 20h23

    Eh bien merci et merci encore !
    Voilà ce que nombreux d’entre nous pensent et que que les autres devraient lire.
    Je ferai circuler de mon côté...

  • Adam Richard, 4 février 2011 22h44

    Je ne peux qu’applaudir face à un tel texte. Merci M. Nantel pour ces mots inspirants et si bien ficelés.

  • Roger Audet, 4 février 2011 15h18

    Merci pour ce propos lumineux, intemporel, et universel !

    Saint-Irénée-des-Embruns

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