Vostre Majesté peut avoir assez de cognoissance des descouvertures, faites pour son service de la nouvelle France (dicte Canada) par les escripts que certains Capitaines & Pilotes en ont fait.
Champlain, 1613
Ce ne sont pas Jean Charest, Stephen Harper et Michaëlle Jean qui réécrivent l’histoire du Québec mais leurs adversaires. Pauline Marois, Gilles Duceppe et Mario Dumont gomment de notre histoire tout ce qui ne fait pas leur affaire. À commencer par un fait, indéniable malgré tous leurs efforts : les Québécois sont et veulent rester Canadiens.
Les leaders souverainistes prétendent que c’est faire injure aux Québécois de prétendre que la fondation de Québec en 1608 est à l’origine du Canada ; pour eux, l’arrivée de Champlain marque la naissance de la nation québécoise. Or, l’un n’exclut pas l’autre. Pour Champlain, en tout cas, le territoire qu’il explorait avait bel et bien pour nom Canada.
Les explorateurs français ne s’arrêteront pas à l’Outaouais ; Champlain lui-même se rendra jusqu’au Lac Huron. Les francophones du reste du Canada sont donc tout autant les héritiers de Champlain que ceux du Québec ; c’est pourquoi il n’y a absolument rien de choquant dans l’appel de Mme Jean pour que la France se préoccupe du sort des francophones hors-Québec.
« Au point de départ de l’histoire continue du Canada, nous trouvons Champlain, soutient le grand historien Marcel Trudel. Il est volontairement et par principe à l’origine de cette histoire et c’est en ce sens que Champlain peut revendiquer le rôle de fondateur du Canada. » Osera-t-on accuser M. Trudel de réécrire l’histoire ?
L’histoire du Canada est faite de conflits, de compromis, de réussites, de tragédies. Il en résulte des héritages métissés, des identités multiples que ne peut résumer la version caricaturale véhiculée par les souverainistes : « la conquête, le rapport Durham, la nuit des longs couteaux, le référendum volé. ». La ville de Québec en est la preuve la plus éclatante : la Grande-Allée, le parc des Plaines, le Château Frontenac, la citadelle, tout cela est anglais et/ou fédéral. De même pour le manège militaire récemment détruit par le feu, dont M. Duceppe et toute l’Assemblée nationale ont réclamé la reconstruction.
Vouloir priver le gouvernement du Canada d’un rôle important dans les célébrations du 400e anniversaire du Québec, c’est une insulte à l’histoire et aux Québécois eux-mêmes qui, en grande majorité, sont fiers de leur appartenance canadienne et se sentent très dignement représentés par Michaëlle Jean ces jours-ci.
On fait tout un plat de l’absence de Jean Charest au départ des voiliers qui referont le voyage de Champlain à partir de La Rochelle. Or, contrairement à ce qu’on entend depuis deux jours, cet événement n’est pas le lancement des célébrations en France ; en tout cas, il n’est présenté ainsi dans aucun programme des festivités. Dans quelques jours, le célèbre trois-mâts français Belem quittera Bordeaux pour Québec. Et qui sera à Bordeaux pour lui souhaiter bon vent ? Jean Charest.
Le Québec, avec ses frontières et ses institutions actuelles, n’est pas né en 1608. Il est né... en 1867, avec la Confédération que dénigrent jour après jour les indépendantistes. Et où a été négociée la Confédération ? À Québec !
L’histoire du Québec est intimement liée à celle de l’Angleterre et à celle du Canada, tout comme elle l’est à celle de la France. L’ignorer sous prétexte que les anglophones ont souvent maltraité les francophones, c’est aussi ridicule que si on refusait d’inviter le président Sarkozy parce que la France a abandonné les Canadiens du XVIIIe siècle.
Cette chicane de bas étage augure mal pour les Fêtes du 400e. Est-ce l’image du Québec que les Marois, Duceppe et Dumont veulent projeter à la face du monde, celle d’un peuple qui même dans les moments les plus solennels, est incapable de ranger au placard ses vieilles querelles ?
S’ils persistent dans cette stratégie, non seulement gâcheront-ils la fête ; ils révéleront qu’ils sont au service de leur cause et de leur ambition avant d’être au service du Québec.
Source
http://www.cyberpresse.ca/article/20080509/CPOPINIONS03/805090801/6742/CPOPI (...)


