Vigile.net
Pour défendre nos intérêts, nos droits et nos valeurs de Québécois dans le monde, il ne faut donc pas moins d’État au Québec, mais tout un État, souverain, pour aller dire non quand on veut dire non, et oui quand on veut dire oui. - Louise Beaudoin
             
Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
Financement 2008
 12806$  64%  
Objectif : 20000$
Le tsunami du 26 mars... et après
Gilles Ouimet
Tribune libre de Vigile
vendredi 6 avril 2007      113 visites


Jean Charest s’est endormi en misant sur les déboires d’André Boisclair, sur ses qualités de « campainer » et il n’a pas pris Mario Dumont au sérieux. Quand il s’est réveillé, il était trop tard. Même le budget fédéral ne pouvait plus le sauver. Quant à André Boisclair, miné par la question de son leadership, il a eu beau mener une bonne campagne mais la vague qui commençait à déferler sur le Québec était devenue beaucoup trop grosse pour ses moyens. Que reste-t-il après cette vague ? Quelles sont les perspectives qui s’ouvrent pour le futur ?

Les libéraux sortent très affaiblis même s’ils conservent théoriquement le pouvoir. Pour les prochains mois, ils ne contrôlent plus vraiment l’agenda. Ils devront s’adapter et pratiquer l’humilité ce qui ne leur fera pas de tort. Même si Jean Charest affirme être l’homme idéal pour composer avec ce défi, il risque de trouver le temps bien long. Il ne lui sera plus possible d’imposer le baillon lors des débats. Mais le problème le plus grave pour les libéraux c’est qu’ils ont perdu l’essentiel du vote francophone. Au Québec, cela ne pardonne pas.

Leur apathie constitutionnelle, leur propension presque maladive à se réjouir de coquilles vides comme le petit banc à l’UNESCO, la reconnaissance factice de la nation québécoise et le triste épisode du ministre Béchard à Nairobi ont révélé qu’ils n’étaient les défenseurs des intérêts du Québec comme ils le prétendaient et qu’ils étaient plutôt le parti de la démission tranquille sur le front constitutionnel. Quand on ajoute à cela un bilan plutôt misérable, on comprend leur dégringolade. À force de se gargariser avec des notions creuses comme la réingéniérie, l’asymétrie, la péréquation en passant par le Conseil de la Fédération, ils ont perdu une bonne partie de leur clientèle qui comme la majorité des Québécois ne comprend pas grand chose à ce grand rafistolage du système fédéral canadien. Les fossoyeurs de l’ombre de ce parti sont sûrement déjà en recrutement pour préparer une éventuelle succession. Parions que le téléphone s’apprête à sonner chez Philippe Couillard si ce n’est pas déjà fait.

Pour ce qui est de l’ADQ, la traversée du désert est terminée. La campagne de Mario Dumont n’a pas été nécessairement bonne mais elle a été efficace. Oscillant entre populisme et démagogie, il a labouré un terrain rendu fertile par la faible bilan des libéraux et la frigidité de bien des Québécois au sujet d’un autre référendum. Mario Dumont a dû néanmoins avoir la frousse de sa vie quand il a vu qu’il menait à un moment donné. Heureusement pour lui, il a évité une victoire bien embarrassante. Heureusement surtout pour nous, nous avons échappé à la perspective d’un gouvernement navrant . Mario Dumont nous parle du renouveau et d’un vent de fraîcheur apportés par son équipe. En fait, pour ce qui est de la nouveauté, c’est plutôt discutable. Il est un jeune politicien mais porteur de vieilles idées. Il a le don de la formule accrocheuse mais le contenant cache malheureusement le vide du contenu. La forme heureuse fait oublier le fond désolant. Quant au vent de fraîcheur, il s’agit bien plus d’une bise néo-libérale qui aspire à achever l’oeuvre de démolition de l’État québécois commencée par Jean Charest.

Ce qu’il y a de détestable avec Mario Dumont, c’est qu’il semble être un héritier direct de Robert Bourassa. Nous allons donc assister à un retour en force de l’ambiguïté, des faux-fuyants et des atermoiements. Osons au moins espérer que maintenant qu’il représente une force politique établie, il abandonne ce côté démagogique déplorable. Il n’en a plus besoin.

Quant au Parti québécois, l’heure est à l’examen de conscience. Manifestement le message ne passe plus sauf chez les convaincus. Il va falloir renouveler le discours. Renouveler le discours est à la fois ardu et périlleux. Il faut revoir tout le véhicule et on risque de constater que la corrosion a peut-être fait plus de dommages que l’on pense. Faut-il changer d’auto ou faire subir à la vieille voiture une cure de rajeunissement ? Le problème, c’est que ce parti est porteur d’un projet qui devrait être réalisé depuis un certain temps déjà. Beaucoup de militants n’y croient plus et ont décroché et d’autres éprouvent une profonde lassitude de se retrouver encore dans cet interminable débat.

Certains commentateurs ont parlé de raclée, de désastre, de la fin du mouvement. Cela semble exagéré. La cause est toujours noble et ce rêve a encore un potentiel mobilisateur. Le parti compte 36 députés et parmi eux des recrues intéressantes. Globalement, leur expérience parlementaire est de beaucoup supérieure à celle de l’ADQ. Il leur faudra exploiter cet avantage. De plus le Parti Québécois représente plus les différentes régions du Québec que celui de Mario Dumont. Enfin, sans les responsabilités du pouvoir et de l’opposition officielle, il pourront s’appliquer et se concentrer à vanter les mérites de la souveraineté à chaque fois que l’occasion se présentera. La recette est assez élémentaire. Le message doit être clair, simple et il faut le répéter continuellement.

La situation est certainement sérieuse mais pas encore désespérée. Il faut découvrir une nouvelle approche pédagogique. Dommage pour André Boisclair qui a beaucoup grandi pendant cette campagne mais il est très douteux qu’il puisse se maintenir bien longtemps à la tête du parti et ce même s’il ne peut être tenu comme seul responsable de ce recul.

Les jeux sont donc faits pour un bout de temps. Les prochains mois seront assez palpitants. Cependant, il semble clair que les Québécois iront au bout de leur logique et il faut s’attendre à vivre au moins un mandat de l’ADQ pour que nous nous écrasions encore une fois le nez sur le mur de la question constitutionnelle et pour constater que l’approche simpliste de ce parti ne mène finalement nulle part. Que de temps perdu, que d’énergies gaspillées. Mais cela semble un passage obligé.

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/spip/) —

Envoyer un message privé à Gilles Ouimet

Suggérer cet article par courriel
  • Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
    Joignez-vous aux Amis de Vigile.
  • Objectif 2008: 20000$
     12806$  64%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    4/09 Jean-Roch Villemaire : 25$
    30/08 Claude Morin : 50$
    26/08 Jean-François Houle : 25$
    26/08 Georges-Étienne Cartier : 200$
    26/08 Giselle Chagnon : 100$
    25/08 Meili Faille, BQ Vaudreuil-Soulanges : 100$
    25/08 Gilles Bousquet : 25$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net