La Presse publie ce matin une chronique d’Yves Boisvert intitulée « péquisteries terminales » dans laquelle on retrouve un concentré de la narration que son journal et ses patrons de Power essaient d’imposer aux Québécois pour les convaincre de la fin du PQ et de leur espoir de pays. Lisez très attentivement ces quelques paragraphes :
« Rien de nouveau, en somme. La différence cette fois-ci, c’est que les conditions sont réunies pour bien plus qu’un autre changement de chef. Ça sent l’effondrement terminal. Au moment même où les libéraux se sont disqualifiés tant et plus...
Les élections fédérales du 2 mai ont indiqué que la « question nationale » n’est plus le moteur principal du vote québécois. Des souverainistes, voyant l’hypothèse d’un référendum gagnant s’éloigner, sont très bien capables de voter pour le NPD.
Ce vote de souverainistes fatigués est plus volatil que jamais. Ils ne sont plus acquis au PQ, même au moment où les libéraux sont censés être au plancher. Les indiquent que François Legault a le vent en poupe et pourrait ravager le PQ - et l’ADQ, et le PLQ.
La guerre est éternelle entre péquistes pragmatiques et idéologiques. Les premiers veulent d’abord prendre le pouvoir et convaincre les Québécois en « gouvernant bien ». Les seconds veulent faire la souveraineté en arrivant au pouvoir ou carrément rester dans l’opposition en attendant.
Mais cette fois-ci, elle prend un tour plus dramatique. Songez que Louise Beaudoin n’est plus péquiste !
Ces déchirements n’auraient pas lieu si le pouvoir et un possible référendum gagnant étaient en vue. Ils ne le sont pas.
Ce n’est pas pour rien que le mouvement Legault les fait paniquer. Lui qui propose une sortie du vieux débat binaire souverainistes/fédéralistes dépasse tous les partis, sans même en avoir fondé un...
Non, cette fois, ces péquisteries en apparence classiques cachent une lutte finale entre les deux faces du parti. »
Vous apprécierez le choix des formules : « l’effondrement terminal », « la question nationale n’est plus le moteur principal du vote québécois », « François Legault a le vent en poupe », « ravager le PQ », « tour plus dramatique », « Louise Beaudoin n’est plus péquiste », « déchirements », « paniquer », « vieux débat binaire », « péquisteries », « lutte finale ». Chacune d’entre elle est choisie pour maximiser l’effet de renforcement de la suivante. On appelle ça de la propagande quand on veut être méchant ou prendre ses désirs pour des réalités quand on l’est moins.
Remarquez qu’à aucun moment le chroniqueur n’évoque-t-il le fait que l’indépendance est plus populaire qu’aucun des partis « réels ou appréhendé » en présence, et qu’en ce qui concerne le CAQ, non seulement rien ne dit qu’il est promis à un succès quelconque malgré l’engouement qu’il semble susciter pour le moment, mais que l’histoire politique du Québec nous enseigne que la progression vers le pouvoir est longue et difficile, et que François Legault, avec son cafouillage d’hier sur la tenue éventuelle d’un référendum, nous montre combien sa position est fragile.
On ne s’attend évidemment pas à une once d’objectivité de la part de La Presse sur la question de l’indépendance du Québec, mais l’acharnement qu’elle met à tenter d’en éradiquer l’idée atteint ici le stade de la furie destructrice.
Il est donc particulièrement consternant de voir le PQ lui offrir aussi généreusement du grain à moudre. Hélas, comme je le soulignais dans un article précédent, la question de la légitimité des nouvelles orientations du PQ est désormais posée, tout comme celle du leadership de Pauline Marois, malgré le soutien impressionnant qu’elle a reçu au dernier congrès.
En effet, aucun des membres qui ont voté en sa faveur n’avait anticipé une telle dérive, d’une telle ampleur, dans un laps de temps aussi court. Je ne suis pas certain qu’un nouveau vote sur son leadership confirmerait celui du congrès. En fait, je suis plutôt convaincu du contraire. Et le niveau de soutien qu’elle obtiendrait ne lui laisserait pas d’autre choix que d’offrir sa démission, car voilà clairement un cas où l’on ne peut pas se contenter d’un appui de 50 % plus 1.
Alors maintenant, la question est de savoir si Pauline Marois et les éléments du PQ qui la soutiennent vont entraîner le PQ dans la marginalisation et assurer ainsi le triomphe de Paul Desmarais et de sa vision provinciale « forever » du Québec, ou si elle aura l’élégance et la dignité de se retirer en laissant le PQ à ses militants qui ont toujours cru qu’il les mènerait à la concrétisation de leur rêve d’un Québec indépendant. Vient toujours un temps où les ambitions personnelles ont quelque chose d’obscène.



