Non mais, vous avez vu ça ? - Et vous avez constaté le peu de réactions face à ce geste tout à fait anti-démocratique de notre premier ministre Jean Charest, alors qu’il eut fallu un tollé aussi grandiose que celui qui fut à l’origine de la Commission B-T ? - Faire voter par l’Assemblée nationale, et ce, à l’unanimité de surcroit (25 absents, on ne sait pourquoi ils le furent et qui ils sont), une motion affirmant que le crucifix y trônant était là pour y rester ad vitam aeternam !
Non mais ! Comme dirait notre Lysiane nationale, quelle "mouche vicieuse" a encore piqué le Premier ministre de cette belle Province de Québec ? Faire voter cela, en plus, le jour même du dépôt du rapport de la Commission Bouchard-Taylor, lequel recommande, au contraire, le déplacement de ce crucifix à l’Hôtel du Parlement plutôt que de le maintenir à la chambre des délibérations (salon bleu).
Cette décision tout à fait intempestive mérite une analyse minimale, mesdames et messieurs ! - La voici.
1) Décision prise EN TOUTE VITESSE pour éviter un débat "épineux", et un débat tout court (dixit notre très démocratique premier ministre Jean Charest lui-même). - Acte anti-démocratique par excellence, car voilà une décision qui nous est imposée sans même qu’on ait un mot à dire et sans même l’once d’une discussion. Or, s’il y a un point chaud et crucial dans les recommandations de la Commission B-T, c’est bien celui-là ! Et si cette recommandation (la G3) a été faite, c’est certainement parce qu’elle touche un élément central des consultations publiques, particulièrement en ce qui concerne la laïcité et le principe de la séparation entre l’Eglise et l’Etat.
2) CE crucifix, mesdames et messieurs, serait, dixit ce même Charest, un symbole historique, donc patrimonial (et, conséquemment, national), du Québec, le symbole même de notre identité. - Heille-là ! Historiens et historiennes, à vos postes, s-v-p ! Debout !
SYMBOLE HISTORIQUE NATIONAL que ce crucifix-là ? - Allons donc ! Expliquez-moi, quèqu’un, en quoi le crucifix, et ce crucifix-là en particulier, représente notre héritage NATIONAL canadien-français et, par la suite, québécois. Je veux bien admettre, et je reconnais à 110%, que le clergé catholique a eu une énorme influence sur la survivance de ce peuple francophone en Amérique du Nord, mais de là à dire que CE crucifix-là, trônant à l’Assemblée nationale, est notre SYMBOLE NATIONAL, il y a un char pis une barge !! Cette interprétation est d’autant plus incongrue qu’on affirme en même temps la laïcité de notre société... Plus incohérent et illogique que ça, tu meurs...
3) Il faut se rappeler les circonstances à l’origine de la présence de ce crucifix (sans conteste devenu, depuis lors, un objet patrimonial) juste au-dessus du siège de la présidence d’assemblée au Salon bleu, la salle des délibérations parlementaires. C’est Maurice Duplessis qui l’y a fait solennellement installer et ce, pour démontrer l’étroitesse des liens entre l’Etat et la Religion !! Alors, si ce crucifix est bel et bien un symbole historique, il n’est pas celui de notre identité nationale (surtout pas actuelle), mais celui de la période duplessiste !
4) Reste à savoir pourquoi Monsieur Charest a fait voter sa motion-diarrhée (la "va-vite, ça presse !!") le jour même du dépôt du rapport Bouchard-Taylor. Pourquoi un tel sentiment d’urgence ? De quoi donc a-t-il peur ? Et comment perçoit-il ce rapport qui, en soi, devrait servir de base à une nouvelle discussion collective approfondie, en suite directe de la consultation d’automne 2007, et non de prétexte à décisions hâtives et précipitées, qui n’ont absolument rien de démocratique ?
Encore une fois, j’ai honte, très honte de mon Premier Ministre... Et j’ai même honte de l’entière députation québécoise qui, sans aucun doute les yeux fermés et les oreilles bouchées, a voté cette motion à l’unanimité.
Ça me rappelle un certain 20 décembre 2000... Pas vous ?
Thérèse-Isabelle Saulnier
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