Ceci est peut-être en partie de la fiction. Les détails sont mis pour la vraisemblance. Le cadre : un repas de famille d’une douzaine de personnes adultes et vaccinées dans un restaurant de la rue St-Jean, dans le Vieux-Longueuil, à l’occasion des Fêtes. Le restaurant ne remplace pas vraiment le vrai repas de famille sur invitation des parents qui sont décédés. Décrivons l’agressivité d’un ancien péquiste devenu caquiste ou comment le repas fut presque gâché par la politique.
En guise d’introduction, connaissez-vous Claire Bretecher et ses dessins sur le beauf. Je vous recommande son petit album intitulé : "Les frustrés".
Il n’est pas officiellement caquiste mais de toute évidence, il l’est. Le matamore Legault qui parle fort des arrières-bans de l’Assemblée nationale comme chef du deuxième groupe d’opposition, c’est bien dans son genre. Legault est l’équivalent québécois des Républicains imbéciles qui sont pour les armes à feu, pour les coupes dans les services à la population la plus démunie et contre les hausses d’impôts pour les millionnaires. Legault veut couper à Hydro-Québec, dans les agences de santé, dans les commissions scolaires, chez les fonctionnaires.
Il est, par principe, contre les hausses d’impôts pour les plus riches. Par principe, c’est bien ce qu’a dit son député, porte-parole des finances, ancien de Cascades. Legault se voyait premier ministre. Il a fini troisième mais quand même avec plus d’un million de votes. Alors, il piaffe car il se croit aux portes du pouvoir. Et il parle fort. Comme un homme. Un vrai homme. Qui a réussi en affaires et qui parle toujours des vraies affaires.
Le caquiste déguisé pour passer pour un observateur non partisan et même objectif commença par dire avec fermeté : "Je n’ai pas confiance en Pauline Marois." Sa soeur, assise presqu’en face, blême, répliqua : "Elle a une façon féminine de gouverner" ce qui ouvrit une parenthèse qui ne se referma pas. En effet, en guise de taquinerie, l’autre péquiste, assis en face, dit : "Martine Ouellet y est allé pas mal raide avec le gaz de schiste et le nucléaire. Pauline Marois a atténué sur le gaz de schiste en disant attendre le rapport du comité d’étude. Deux femmes s’expriment différemment. Doit-on conclure que Martine Ouellet est masculine et Pauline Marois féminine ?"
Le beauf évita ce débat d’intellectuel pour lui inutile et attaqua les vraies affaires sur un ton qui allait en augmentant de volume. "Vous avez vu Daniel Breton, André Boisclair, Jean-François Lisée et Maka Kotto. Vous avez vu les promesses pas tenues : la taxe santé ! Vous avez vu Gentilly : même pas capable d’aller voir les gens pour leur parler. Si c’est ça la façon féminine de gouverner !"
Le péquiste assis en face lança violemment : "Tiens, v’la Zorro avec son fouet qui joue au justicier ! Et qui nous garroche dans la face toutes les nouvelles sensationnalistes anti-péquistes du Journal de Montréal depuis trois mois."
Le ton était donné. Pendant une heure, en langage de hockey, il se fit passer le gant dans la face.
Il n’y avait pas moyen de discuter. La soirée allait être longue.
Le péquiste essaya quand même. "As-tu vu sur la première page du Journal de Montréal, la photo de Daniel Breton à côté d’une cuvette remplie de bouteilles de vin vides et le titre : "Un ministre Bougon". A l’intérieur, des photos d’étagères pleines de dizaines de bouteilles de vin vides. Dans leurs deux témoignages, les propriétaires emploient le même mot : "dégoûtant" pour qualifier l’état des logements. Il fallait justifier l’utilisation du mot "Bougon". Non seulement, Breton n’avait pas payé son loyer mais en plus, c’était un écologiste salaud. Il fallait attaquer sa réputation. Sais-tu que son ami André Bélisle, qui a milité dix ans avec lui, a écrit que Breton ne boit pas ?"
Réplique du beauf : "Tu te fies à son ami ? Essaie pas d’attaquer le journaliste. Il n’avait qu’à payer son loyer, crisse ! Tes histoires de bougon, ça n’a aucune importance. Et à part de ça, explique-moi donc, toi qui écris sur Vigile et qui sait tout, la contradiction flagrante suivante : ton gouvernement justifie la fermeture de Gentilly en disant qu’on a des surplus d’électricité et, en même temps, veut produire de l’électricité à Val-Jalbert ? Tu vois la contradiction ?"
Il n’attend pas la réponse. Il continue. Et Boisclair qui est nommé sous-ministre en cachette. C’est bien féminin ça. Et ton ami Lisée avec ses deux salaires. Et Maka Kotto qui fait faire du tourisme aux vingt-deux délégués du Québec à l’étranger. $65,000 de gaspillés. Heureusement qu’un délégué s’est ouvert le trappe à un journaliste."
Réplique du péquiste. "Donc, depuis le 4 septembre, le gouvernement Marois n’a rien fait de bon. As-tu lu le bilan des 100 premiers jours de Jean-François Lisée sur son blogue ? Vigile l’a publié. Je ne te ferai pas l’énumération de leurs bons coups. Ça ne t’intéresse pas. Tu n’es pas parlable."
"Imagine-toi donc, dit-il, que Bernard Drainville soi-même m’a appelé pour du financement."
Réplique : "Tu ne te vantes pas que Drainville t’ait appelé parce que tu es devenu caquiste. Caquiste, toi qui a le sens poétique, tu trouves pas que ça sonne drôle. Je vais envoyer un message à François Legault pour qu’il te téléphone."
Un autre beau-frère me tire par la manche et me dit en "a parte" que j’exagère. Je lui dis : "Il y a plus d’un million de citoyens qui ont voté pour la caq. Ce ne sont pas des Martiens. Dans le comté de Marie-Victorin, la CAQ a fini deuxième avec 7,119 votes. C’est loin des 15,506 votes de Bernard Drainville mais quand même."
En voyant les regards obliques désapprobateurs des autres membres de la famille, je décidai de me lever pour aller aux toilettes. Au retour, à voix normale, ce qui prouvait que le beauf n’était pas sourd quand il portait ses appareils. on parla d’assurances (son ancien métier), de patinoires à arroser, de golf que nous pratiquions de moins moins, de prostate et de divers bobos : vive la santé par les médicaments ! Quand je leur dis que j’étais en train de lire "Les Trois mousquetaires" d’Alexandre Dumas, tout le monde se détendit. Si j’avais parlé de Marguerite Yourcenar, cela aurait produit l’effet contraire.
On ne m’y prendra plus. Plus jamais j’essaierai de discuter avec un tonitruant beauf caquiste. Quand je voudrai revivre l’expérience, j’irai au centre culturel Jacques-Ferron et je lirai tous les exemplaires du Journal de Montréal pendant un mois…ou j’écouterai la radio poubelle.
J’ai horreur de me faire passer le gant dans le visage. Cela arrive fréquemment dans des commentaires plus ou moins pertinents qui suivent mes articles publiés sur Vigile. Au nom de la liberté d’expression, sans doute.
Ah oui j’oubliais. En arrivant au restaurant, le beauf me serra les deux bras et je lui dis : "Attention ! je viens de subir deux chirurgies au bras droit d’une dermatologue pour enlever un mélanome malin. Je remontai mon bras de chemise pour lui montrer la cicatrice. Sa femme me dit avoir eu recours à la même dermatologue de la rue Adoncourt, s’approcha pour voir et je lui demandai de toucher pour porter chance. Elle approcha ses lèvres chaudes de mon bras et baisa affectueusement la cicatrice.
Son mari, le tonitruant, se peut-il qu’il soit jaloux !
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 30 décembre 2012

