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"Il y a dans la vie d’un peuple des instants où son destin semble hésiter : rares moments de détresse et de grandeur où le fléau de la balance oscille. Qu’une volonté charge l’un des plateaux et le fléau s’incline, même imperceptiblement, vers la vie ou vers la mort..."
Jacques Soustelle, in Histoire de la libération, par Robert Aron, Paris, Fayard, 1959, p. 248.
             
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“Un terroriste près de chez vous“ - Alain Dubuc
Le terroriste et la vierge offensée
mardi 29 janvier 2008


Suite à l’article d’Alain Dubuc “Un terroriste près de chez vous“ dans le journal « La Presse » du 27 janvier 2007, Michel Vastel répondait au «  puissant analyste politique qui a l’art de passer à côté “du buc” » : “ Parmi les dix-huit chroniqueurs réguliers, les opinions diffèrent au point où cela enrage les lecteurs. Certains sont fédéralistes, d’autres souverainistes. Certains de gauche, d’autres de droite. Et alors ? Par contre, et c’est là où je voulais en venir, à La Presse, ce serait plutôt le règne de la pensée unique…"

***

Et alors justement !

Une fois de plus, nous assistons bouche bée à une véritable charge à «  fond de train » de monsieur Dubuc, cette fois contre un acteur des événements d’octobre 1970, sous prétexte qu’il aurait commis une chronique où : “il se remémorait le moment où lui et ses camarades de sa cellule du FLQ ont servi du pâté chinois à James Cross, le consul britannique qu’ils ont détenu comme otage pendant plus de deux mois en 1970.”

Chronique qui aurait soi-disant : “laissé bien des gens mal à l’aise, c’était le ton, celui de l’anecdote, léger, badin même, où pointait la nostalgie émue d’un homme vieillissant pour ses frasques de jeunesse. Le genre « Ah c’était le bon temps… »

Pour mieux nous mettre dans l’atmosphère perfide des intentions de Lanctçot, Dubuc nous sert, summum de l’hypocrisie, de la malhonnêteté intellectuelle et du manque de jugement, la comparaison boiteuse et hors de propos de : “l’homme d’une soixantaine d’années, condamné pour viol quand il avait 20 ans, conforté par le fait qu’il a payé sa dette à la société, se remémorant avec une certaine nostalgie cet épisode de sa vie en parlant des seins de sa victime ou de la cigarette qu’il lui avait offerte après le fait ?"

Le plus extraordinaire, c’est qu’il puisse s’imaginer un seul instant qu’un tel écart de jugement puisse passer inaperçu. Le simple fait de commencer son analyse de l’article de Lanctôt par une comparaison aussi boiteuse suffit pour comprendre que la seule intention qui le guide est de rabaisser ce dernier au rang des indésirables, des parias, des hors-castes, d’en faire une “persona non grata”. Le lecteur moyen n’aura retenu que cette comparaison ; tout bon publicitaire le sait. Évidemment, les lecteurs du Devoir ne sont pas des gens ordinaires, on s’en doute bien…

Encore mieux, monsieur Dubuc nous enseigne que : “Le terrorisme a été un phénomène de société à la fin des années 70 dans la plupart des démocraties occidentales. Partout, des jeunes ont posé des bombes, pris des otages et tué des innocents. Le fait d’avoir été membre d’une organisation terroriste ne doit pas faire de quelqu’un un pestiféré toute sa vie. Il existe une telle chose que des égarements de jeunesse.”

Quelle condescendance !

Il aurait mieux valu qu’il s’arrête justement au moment où il s’est dit : “J’ai hésité à écrire sur ce sujet, parce que Jacques Lanctôt, qui signait des chroniques sur le site de Canoe, publie maintenant ses textes dans le Journal de Montréal. Je risque donc de me faire accuser niaisement de participer à une espèce de conflit commercial.”

Je ne l’accuserais certainement pas niaisement de participer à une espèce de conflit commercial, mais je n’hésiterais absolument pas à le traiter de niaiseux. Parce que vraiment, ses arguments sont tous plus « niaiseux » les uns que les autres.

Du reste, il n’est que de lire le texte de Lanctôt pour voir tomber en pièces les fallacieux arguments de Dubuc.

Loin de dire qu’il ne regrette rien, Lanctôt nous raconte plutôt : “ Mais je m’étonne tout de même que notre délégué commercial britannique, qui s’était empressé de revendiquer haut et fort ses origines irlandaises pour nous convaincre que le gouvernement britannique ne lèverait pas le petit doigt pour venir à la rescousse d’un Irlandais, ne se soit pas retrouvé en terrain connu, avec notre pâté chinois.”

Il y a dans son article une véritable expression des sentiments qui habitaient et animaient l’âme de beaucoup d’entre nous à l’époque où se situent les événements qu’il décrit. Je me souviens bien d’octobre 70, alors qu’étudiant, je demeurais juste à côté de l’immeuble où vivait Pierre Vallières. En début de soirée, au retour de nos cours à l’université, nous discutions brièvement avec le jeune garde armé à peine plus âgé que nous qui surveillait la résidence.

Comment un analyste le moindrement éclairé pourrait-il affirmer, à propos d’une certaine tolérance pour une période peu glorieuse de notre histoire que : “ Les événements d’octobre, ce n’est pas seulement l’indéfendable Loi sur les mesures de guerre. Celle-ci, malgré ses abus, ne peut pas justifier a posteriori ce dernier sursaut du terrorisme, qui a fait des victimes innocentes, qui n’a pas enrichi notre pensée collective et qui n’a pas fait avancer le Québec d’un centimètre.”

Navrante conclusion d’un intello complètement déconnecté de la réalité et de la portée historique des événements d’octobre 70. L’article de Lanctôt, quant à moi, nous replonge dans l’esprit même de l’époque qu’il décrit et des motivations qui conduisirent ses acolytes et lui-même à poser les gestes extrêmes qui les amenèrent à vivre et à faire l’histoire du Québec moderne. Je ne vois ni bravade, ni cynisme, ni nostalgie dans ce qu’il raconte, mais bien plutôt le regard troublé d’un homme qui, vieillissant, essaie de comprendre et de se persuader que : “nous avons découvert, chez nous, parmi nous, sur notre territoire national, plusieurs objets et raisons d’assumer une certaine fierté, sans pour autant nous péter les bretelles. Nous nous sommes découvert des qualités et des vertus qui, hier encore, nous semblaient des tares ou des banalités sans conséquence. Et c’est tant mieux. Même si certains intellectuels cosmopolites pourront trouver cela complètement déplacé, voire indigeste !”

Quand bien même Alain Dubuc prétendrait ne pas avoir : “l’intention de tirer sur le messager. Le Journal de Montréal a pour stratégie de multiplier les chroniqueurs extérieurs. Le choix de M. Lanctôt repose certainement sur le fait qu’on prévoit que sa chronique aura un certain succès. La vraie question est là. Pourquoi ? Manifestement, il y a aussi une affection au Québec pour certains radicaux, les Michel Chartrand, les Léo-Paul Lauzon, d’anciens felquistes comme Jacques Lanctôt. Et ça, dans une société assez conservatrice. Par culpabilisation ? Par romantisme ?” , ses intentions sont évidentes.

Quand donc ce dernier et ceux de son engeance cesseront-ils de traiter par le mépris les gens qui ne pensent pas comme eux, et se mettront-ils à l’écoute de la voix du peuple d’où parviennent aux oreilles et aux cœurs de ceux qui savent entendre la clameur des masses laborieuses, qui seules peuvent faire un pays, car d’elles seules sortent le soleil, le génie et la nation. Comment pourrait-il en être autrement du reste ? Mes aïeux irlandais, écossais et normands m’ont appris le respect des autres et le mépris pour toute attitude condescendante. Plutôt que de jouer les « vierges offensées », Alain Dubuc et ceux de son espèce devraient se demander ce que veut dire “malheur à celui par qui le scandale arrive”. Ils se rendraient rapidement compte que lorsqu’on pointe quelqu’un du doigt, trois sont retournés vers nous.

Et puis, ma mère utilisait, elle aussi, du maïs en grain…

Claude G. Thompson

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