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Inévitablement, la question constitutionnelle finira par être la plus chaude de toutes les patates pour Mario Dumont. Tranquillement, elle se réchauffe déjà.
Interrogé à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du rapatriement unilatéral de la Constitution de 1982, Mario Dumont a dit qu’il trouverait souhaitable de faire inscrire dans la Constitution canadienne une forme de limitation du pouvoir fédéral de dépenser.
D’un point de vue fédéraliste, il a évidemment raison. Sur papier, une Constitution peut bien dire que l’armée est de compétence fédérale et que l’éducation est de compétence provinciale. Mais si, dans les faits, Ottawa est libre de dépenser son argent où bon lui semble, le partage des pouvoirs ne veut plus rien dire. Ce n’est pas un débat ésotérique sur le sexe des anges : c’est d’établir, au bout du compte, qui détient le vrai pouvoir dans un domaine.
Mario Dumont doit une partie de son récent succès au fait qu’il est perçu comme plus nationaliste que les libéraux, mais moins radical que les obsédés de la date du référendum. De nombreux Québécois, qui se sentent les otages de cette question, rêvent en effet d’une troisième voie mitoyenne. L’ADQ n’a aucun intérêt à ce que ces gens se rendent compte trop vite que cette voie pourrait déboucher sur un cul-de-sac.
Lucide, Mario Dumont sait qu’il n’y a aucun appétit pour une reprise du débat constitutionnel dans le Canada anglais. À chaque fois qu’il est talonné, il se rabat sur l’ouverture manifestée jusqu’ici par Stephen Harper. Mais monsieur Harper n’est pas éternel et n’ira jamais, de toute façon, au-delà du strict minimum requis pour gagner de votes au Québec sans trop en perdre ailleurs au Canada.
Le Canada réel
Au Canada anglais, on est en effet royalement écoeuré de voir toute la vie politique canadienne tourner autour des doléances du Québec.
Mais surtout, les Canadiens anglais sont, pour la plupart, parfaitement en accord avec le nouveau Canada qui se construit depuis les événements de 1982 : un Canada qui nie officiellement que les Québécois sont un des deux peuples fondateurs de ce pays, qui embrasse une idéologie multiculturaliste conçue exprès pour banaliser l’identité québécoise, et dans lequel les tribunaux n’empêchent jamais le gouvernement central d’agir comme bon lui semble.
Dès 1867, les élites canadiennes anglaises voulaient un Canada dans lequel le gouvernement central déciderait de ce qui est vraiment important. Elles durent cependant mettre de l’eau dans leur vin pour que les élites canadiennes françaises, qui n’osèrent jamais consulter leur peuple, adhèrent au projet canadien. En 1982, Trudeau a simplement parachevé ce que John A. McDonald n’avait pas réussi à faire en 1867.
On voit donc la force du courant contre lequel Mario Dumont, qui rappelait récemment qu’il avait voté Oui en 1995 dans l’espoir de faire du Canada une « véritable confédération », devrait ramer s’il s’engageait pleinement dans cette voie.
Trous de mémoire
Évidemment, le temps passe et les souvenirs s’estompent. L’ignorance de notre histoire nationale fait des ravages chez les jeunes. De vieilles idées retrouvent alors des airs de nouveauté.
La machine à réécrire l’histoire du Canada tourne aussi à plein régime : depuis les manuels scolaires aseptisés jusqu’à la dernière trouvaille, cette bataille de Vimy en 1917, futile boucherie des nôtres pour le compte de l’empire britannique, désormais présentée comme la naissance du Canada fraternel et bilingue d’aujourd’hui.
Tout cela ne veut pas dire que le Québec ne fait pas parfois des gains dans le Canada. Mais il n’obtient que ce que la majorité canadienne veut bien lui donner quand elle estime y trouver son compte. C’est en ce sens que le Québec ne contrôle pas son destin.
Vous connaissez l’origine latine du mot province ? « Pro vinci », qui veut dire : pour les vaincus. Est-ce que ce sera comme ça pour toujours ?

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