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« Ce qui arriverait en demeurant dans le Canada, ce qui arrive, ce qui a constamment tendance à arriver, c’est la domination d’une partie sur l’autre. Historiquement, ça a été cela, le Canada. » Pierre Vadeboncoeur - 1995
             
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Le temps de la méthode
Application de la raison médicale en politique
Dominic Desroches
Tribune libre de Vigile
samedi 16 février 2008      151 visites


« On ne peut se passer d’une méthode
pour se mettre en quête de la vérité des choses »

« Ce n’est pas assez d’avoir l’esprit bon,
mais le principal est de l’appliquer bien »

René DESCARTES

***

Quand on sent l’urgence d’un changement, quand on veut se dégager d’une emprise psychologique ou quand on veut faire tabula rasa pour tout recommencer à zéro, l’on se doit d’éviter des erreurs classiques. Réussir une cure de désintoxication demande un certain temps et exige plus que la bonne volonté : sa réussite complète demande une rigoureuse planification. Le bon médecin, à commencer par celui qui veut se guérir lui-même, sait qu’il doit se munir d’une méthode afin d’éviter de prendre, sous le coup de l’émotion, le symptôme pour la maladie ou la thérapie pour la guérison. Actuellement, on veut sortir de la crise, mais on semble vouloir proposer des remèdes sans comprendre la profondeur de la blessure. Ce texte veut rappeler, à l’encontre des adeptes de la pensée magique et des agitateurs professionnels, les quatre erreurs qu’il convient d’éviter si l’on veut retrouver la santé politique.

Éviter la précipitation dans le diagnostic et sa solution

Avec les animaux blessés, il faut éviter à tout prix – et le quotidien montre que c’est difficile –, de décider rapidement ce qui est vrai et assuré. Pour trouver le chemin de la vérité, y compris en politique, il faut d’abord voir « clairement » le portrait d’ensemble. La première erreur consiste à se précipiter pour trouver une solution facile à une situation complexe. Quand il n’y a pas d’évidence, le médecin sait qu’il doit suspendre provisoirement son jugement. Comme le dit l’adage : dans le doute on s’abstient et, devons-nous ajouter, dans la confusion générale, on évite de la justifier. Tout cela pour dire que l’émotion est mauvaise conseillère, que la vérité est évidente, que lorsque l’on est beaucoup trop proche du miroir l’on ne se voit pas et enfin que seul celui qui connaît la profondeur blessure sera en mesure de proposer un remède approprié.

Éviter la solution rapide en divisant les problèmes en parties

Avec une population malade, schizophrène politiquement et de plus en plus « bordeline » individuellement, il faut à tout prix éviter de multiplier des réalités afin de ne pas créer de « vies parallèles », ce qui rend impossible la sortie des problèmes politiques. Si la peur nous fait faire des gestes que l’on peut regretter amèrement ensuite, il importe alors de ne pas augmenter les problèmes en voulant tout régler d’un seul coup, mais plutôt diviser les problèmes en parties, de manière à travailler lentement à leur solution. Il ne faut pas tout confondre, mais regarder les problèmes en face.

Éviter de vouloir tout changer en même temps

Avec les citoyens intoxiqués aux médias de masse et blessés par leur récit historique, il faut éviter de tout vouloir changer d’un seul coup, comme si l’idée du changement justifiait toutes les actions. Au contraire, lorsque la situation est complexe et que le cycle ne nous favorise pas, l’on s’avisera de travailler avec des priorités et éviter de tout changer en même temps. Le citoyen a beau être malade, il peut être encore fonctionnel… Ici, il convient de ne pas céder à la panique à la seule idée d’avoir à entreprendre une cure, c’est-à-dire une thérapie qui, comme le veut la raison, progressera du simple au complexe. Car quand la blessure est profonde, elle ne se guérit pas du jour au lendemain : elle exige que la personne malade mette au langage son récit et qu’elle cherche, dans les limites de ses propres associations, à retrouver une partie de sa douleur afin de la dépasser et de se choisir elle-même. S’il y a un temps pour chaque chose, alors il faudra suivre des étapes dans la sortie de la maladie. Actuellement, le temps à la mise au point d’une méthode favorisant la guérison et non pas aux discussions stériles portant sur les résultats d’une hypothétique démarche référendaire. Qu’il est triste de voir les plus ardents défenseurs du Québec s’attaquer publiquement au lieu de s’unir dans la recherche de solutions pratiques. À quoi peuvent bien servir les discussions sur les modalités d’un référendum quand les toxicomanes devront passer par une période de sevrage avant d’aller voter ?

Éviter de sauter des étapes dans l’évaluation de la thérapie

Dans la marche historique du peuple vers sa liberté, l’erreur ultime consiste à ne pas suivre le rythme du peuple qui doit se guérir lui-même et de déclarer « unilatéralement », sans tenir compte de la réalité, la thérapie terminée, c’est-à-dire sans avoir respecter les étapes nécessaires au travail de guérison. Le médecin responsable en effet, qui connaît bien les humains et la vulnérabilité de la maladie à laquelle est confronté le peuple, préférera vérifier au fur et à mesure les résultats de la démarche plutôt que de crier victoire sans en être sûr. En médecine comme en politique, il faut savoir profiter des cycles, trouver les opportunités, adapter les médicaments aux patients et ne jamais oublier que les choix sont décisifs parce qu’ils engagent le futur des personnes appartenant à un État toujours en rapport avec d’autres États. Il faut assurément réveiller les malades et les confronter, fort bien, mais il ne sert à rien de brusquer tous les Québécois qui tournent en rond dans la cage. En période de crise, les solutions radicales ou totales peuvent tuer les malades eux-mêmes.

Application de la raison médicale en politique

Une fois que l’on a compris à quel point la réalité politico-historique est complexe et que l’intoxication volontaire est difficile à guérir, c’est-à-dire à quel point certains de nos citoyens se sont abîmés dans les substances toxiques pouvant être potentiellement mortelles, le médecin ou l’homme politique trouvera un grand intérêt à limiter la précipitation et à valoriser le recul nécessaire à la guérison. Il comprendra que le temps n’est plus au jeu, mais à la mise sur pied d’une méthode afin de faire converger le malade vers son remède. Sans surprise : nous plaiderons donc pour la réflexion contre la précipitation, la méthode contre l’engagement dans des solutions totales, l’ordre économique plutôt que la dépense énergétique illimitées des affairés. Et que celui qui refuse de saisir l’urgence et la pertinence de la médecine politique laisse sa place…

Ici donc, qu’importe le type de médecine, le genre de médicament ou le style de thérapie, la raison médicale appliquée sait que la construction de la vérité politique exige du temps, de la méthode, de la transparence et le respect de la posologie, et ce jusqu’à la fin du travail entrepris. Aujourd’hui, alors que l’on attend le sursaut, l’invisible travail de redressement, et l’élan favorisant le saut hors de la cage, la dernière chose à faire est de se précipiter dans les disputes publiques. Au contraire, ceux qui veulent réellement sortir de la spirale infernale et du cycle « chronique » de la disparition ont intérêt à penser par deux fois avant de solliciter les médias, répondre à des questions, surtout s’ils ont l’intention d’assister à une troisième aventure de libération.

Dominic DESROCHES
Département de philosophie / Collège Ahuntsic

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