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Les Américains finiront-ils enfin par s’expliquer dans l’affaire Maher Arar ? Si l’homme a été blanchi de tout soupçon au Canada, il reste interdit d’accès, et même de survol !, aux États-Unis - à tort selon le ministre canadien de la Sécurité publique, Stockwell Day, qui a révélé cette semaine à Washington que le Canada a enfin eu accès à la version américaine de son dossier.
Le gouvernement américain, lui, persiste à ne piper mot. En conférence de presse jeudi, aux côtés de M. Day, le secrétaire américain à la Sécurité intérieure, Michael Chertoff, est resté évasif alors qu’Alberto Gonzalez, procureur général des États-Unis, a promis lors d’audiences publiques que, d’ici quelques jours, il pourrait répondre aux questions pressantes du sénateur démocrate Patrick Leahy, qui a pris fait et cause pour Maher Arar. Mais restons calmes : M. Gonzalez s’est seulement engagé à rencontrer privément le sénateur Leahy, ajoutant qu’une déclaration publique « pourrait » suivre.
Et même si cela était, des excuses officielles, telles que réclamées par le gouvernement Harper, seront difficiles à obtenir tant l’affaire est aussi un embêtement de politique interne pour l’administration Bush. Si le sénateur Leahy monte ainsi au créneau, c’est qu’il est persuadé que d’autres expulsions semblables à celle subie par Maher Arar, que les Américains ont envoyé en Syrie où il a été torturé, ont eu cours. De plus, les États-Unis sont embourbés dans la gestion de leur liste d’indésirables : ces gens interdits de vol seraient entre 50 000 et 350 000 ! Cette semaine, l’administration américaine a dit vouloir réduire de moitié la no-fly list tant les cafouillages sont nombreux : l’agence américaine de la sécurité dans les transports reçoit à ce sujet 1500 plaintes par semaine !
La leçon est d’un grand intérêt pour le Canada, qui appliquera sa propre liste dès mars pour les vols intérieurs et à partir de juin pour les vols internationaux. Transports Canada a beau jurer que la chose sera bien administrée, rien de l’expérience américaine ne permet de le croire, et encore moins l’épouvantable saga vécue par M. Arar. Mais ici comme ailleurs - à la Banque Royale ou chez Bell Helicopter ! -, ce sont les Américains qui mènent : sans liste canadienne, c’est celle des États-Unis qui risquait de nous être imposée.
Si l’on accepte que la souveraineté canadienne soit ainsi grignotée, qu’au moins la transparence soit au rendez-vous ! D’où le symbole de l’affaire Arar et l’importance de la fermeté canadienne à ce sujet. jboileau@ledevoir.ca

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