par Gébé Tremblay
La journaliste Laura-Julie Perreault signe deux articles au sujet du sondage que Jack Jedwab a commandé à Léger Marketing pour le compte de l’Association des Études Canadiennes. On se demande à la lecture de ceux-ci si les interprétations des données sont celles de Perreault ou Jedwab. Peu importe, ces interprétations laissent songeur sur le but véritable de ce sondage.
Par exemple, lorsque Perreault nous dit que ce sondage "démontre que les Québécois ont presque deux fois moins de contacts avec les membres de la communauté juive que le reste des Canadiens et qu’ils entretiennent davantage de préjugés à leur égard" nous pouvons nous questionner sur le choix de Perreault d’avoir préféré cette formule puisque ce sont, à l’inverse, autant les membres de la communauté juive qui ont deux fois moins de contacts avec les Québécois que le reste des Canadiens et donc qu’ils entretiennent aussi davantage de préjugés. De plus, Perreault ne nous dit pas qui sont ces "Québécois" dont parle le sondage. Parlons-nous ici de tous les Québécois, autant allophones qu’anglophones, immigrants, de souche, musulmans, juifs, sikh, noirs, chinois, etc... ? Même questionnement pour ces "Canadiens". Ce que ce résultat semble plutôt confirmer, si par "le reste des Canadiens" on entend le "Rest Of Canada (ROC)", c’est que la communauté juive préfère le contact avec les anglophones.
Le sondage nous dit ensuite que "74% des Canadiens hors Québec s’accordent pour dire que « les Juifs ont fait une contribution importante à la société », ce pourcentage chute à 41% au Québec." Ce qui est tout à fait normal puisqu’il est évident pour tous que la communauté juive investie et est plus généreuse envers les institutions anglophones que francophones ainsi qu’envers celles qui sont Canadiennes plutôt que Québécoises. Ce n’est pas différent pour le résultat à la question sur l’intégration.
Jack Jedwab conclut que l’antisémitisme est plus présent au Québec qu’ailleurs dans le pays. Qu’un membre influent de la communauté juive, tel que M. Jedwab, fasse des Québécois des antisémites sur la seule base qu’ils reconnaissent de simples faits autour d’eux, est un excellent indicateur d’où provient l’attitude malsaine. Bien au contraire d’être mal connue des Québécois, c’est bien en connaissance de cause que les Québécois s’expriment sur cette communauté. Les mensonges et préjugés que cette communauté véhicule au sujet des Québécois, depuis bien longtemps et qu’elle impose dans nos écoles et cours d’histoire de par ses privilèges obtenus à Ottawa, à Patrimoine Canada, ne sont pas méconnus du tout. On en retrouve même dans ces deux articles, tel que la prétention que ."dès 1903, les enfants juifs se sont vu interdire l’accès aux écoles francophones catholiques et ont été envoyés dans les écoles anglo-protestantes." Ce qui est entièrement faux et n’est rien d’autre qu’une intention de culpabiliser les Québécois au bénéfice d’une victimisation de la communauté juive.
Dès la conquête, le régime anglais a instauré deux système scolaires confessionels ; un protestant et un catholique. Tous les juifs étaient alors anglophones (de New York et Philadelphie) et ont choisi naturellement les écoles anglophones qui étaient protestantes. Il n’y avait pas de loi permettant des écoles pour d’autres confessions. Ces juifs étaient autant "interdits" chez ces écoles protestantes et c’est donc en tant que protestants qu’ils furent admis dans ces écoles et non comme juifs. Ils n’avaient aucun enseignement juif et aucun professeur juif n’était admis. Ils auraient été traîtés pareillement dans les écoles catholiques si ils avaient été francophones. Les juifs ont simplement choisi les écoles protestantes parce qu’ils étaient anglophones, Anglais loyalistes, voulaient continuer à côtoyer le pouvoir en place et aussi parce que les écoles protestantes recevaient deux fois plus d’investissement en taxe foncières que les pauvres écoles catholiques.
Vers 1870, les juifs se plaignent qu’ils payent comme tout le monde leur taxes foncières mais n’ont pas leur éducation judaïque et sont moins bien traités que les élèves protestants alors voudraient leurs propres écoles payées avec leurs taxes. C’est alors qu’ils demandent à la commission scolaire catholique de leur verser directement leur part de taxes au lieu de la verser dans le compte "neutre" dont les protestants bénéficiaient disproportionnellement et les catholiques acceptèrent. Les protestants se voyant ainsi coupés de la manne du fond "neutre" et du risque de voir cette clientèle juive quitter pour des écoles juives, décida de promettre les mêmes droits aux juifs en échange que ceux-ci remettent toutes leurs taxes et leur part dans le compte neutre à la commission scolaire protestante. Les juifs acceptèrent.
Il n’y a donc jamais eu d’interdiction par des écoles "francophones catholiques" en 1903, comme le colporte la communauté juive depuis des lustres.
Bien au contraire, en 1930 avec l’arrivée massive des juifs ashkénazes des pays de l’est, la commission scolaire protestante se voit envahie par des élèves juifs qui forment le quart de la population de leurs écoles. Des juifs pauvres et non propriétaires et donc qui ne fournissent pas les taxes. C’est la crise entre juifs et protestants.
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Mais laissons Denis Vaugeois, Historien et éditeur, raconter la suite :
C’est alors que le premier ministre Taschereau fera un geste ignoré des historiens, mais béni de la majorité des éditorialistes et des leaders juifs de l’époque. Par une loi votée le 1er avril 1930, les juifs sont autorisés à former une commission scolaire juive et à recevoir les taxes scolaires des juifs et leur part de la taxe des neutres.
Peter Bercovitch, député libéral de Saint-Louis et artisan de la loi avec son collègue Athanase David, promet l’éternelle gratitude du peuple juif.
« Quebec has set a noteworthy example to the others provinces, showing that in the Roman Catholic Province of Quebec, all races and creeds can enjoy the freedom to which they are entifled » (Quebec Chronicle, 2 avril 1930).
La communauté juive est cependant divisée sur la question. Les protestants, pour leur part, jugent plus prudent de trouver un terrain d’entente. Ce qui est fait. Taschereau, talonné par une vingtaine de communautés culturelles montréalaises qui réclament des « classes spéciales », en profite pour faire abroger, le 4 avril 1931, la loi votée l’année précédente.
Que voulaient exactement les juifs et les protestants ? Ces derniers voulaient garder le contrôle de leurs écoles et les juifs voulaient apprendre l’anglais ! « Apprenez l’anglais, leur répétait-on, et vous serez all right. Toute l’Amérique vous appartiendra. » C’est ce que rappelle avec humour Israel Medresh, journaliste du Keneder Odler, qui publie en 1947 Montreal Foun Nekhtn, que Pierre Anctil a traduit sous le titre Le Montréal juif d’autrefois (Septentrion, 1997).
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —
