Au Saguenay Lac St-Jean, quand on veut dire à quelqu’un qu’il est niaiseux, on lui dit : “Tu fais simple”. C’est ainsi que s’exprimait le défunt Dédé Fortin.
Je dis la même chose à André Pratte quand, dans son éditorial : “Gare au simplisme” (La Presse, 13 octobre 2009), je le vois condamner, sans doute parce que Pauline Marois l’appuie, l’idée de la primauté de l’égalité des sexes par rapport à la liberté de religion. Tu fais simple, André Pratte.
André Pratte, je vous l’apprends si vous ne le saviez déjà, est un doctor omni re scibili et quibusdam alliis, un docteur de tout ce qu’il est possible de connaître et de quelques autres choses aussi. Il confond la liberté de religion qui concerne la recherche du sens de l’existence, de sa finalité, de la relation possible par la prière, la méditation ou le désir entre l’être humain et le créateur de l’univers ou sauveur de l’humanité, du mystère de la vie humaine et de son prolongement probable au-delà de la mort et conséquemment d’une métaphysique qui conduit à penser l’existence d’une âme immortelle, la vraie religion qui devrait conduire au partage, à la bonté, à l’humanité, il confond, dis-je, cette liberté religieuse avec des innombrables pratiques et exigences de diverses religions qui sont plus culturelles que vraiment religieuses.
Ainsi, par exemple, qu’y a-t-il de religieux dans l’exigence d’être servi par un homme lors d’un examen de conduite automobile et non pas par une femme ? Il n’y a rien de religieux là-dedans. Ce sont des attitudes culturelles qui ont conduit cet homme à se croire supérieur à la femme de telle sorte que seul un homme puisse juger s’il a les habiletés pour conduire une automobile.
Mais concédons que son exigence a une relation quelconque à sa religion (hassidique).
Si j’accède à sa demande, j’accorde la primauté à la liberté de religion au détriment de l’égalité entre l’homme et la femme qui rend la femme apte à faire passer un examen de conduite automobile. A ce moment-là, en pratique et concrètement, je me trouve à hiérarchiser les droits non pas en faveur de l’égalité entre les sexes mais en faveur de la “liberté de religion”. Or, André Pratte soutient qu’il ne faut pas établir une hiérarchie entre des droits fondamentaux et même que,”cette approche a été rejetée par la jurisprudence partout sur la planète”. Parlons-en de cette jurisprudence qui fout le bordel partout sur la planète. Il ne se rend pas compte qu’en faisant des accommodements, on fait passer la religion avant l’égalité des sexes et ainsi on hiérarchise. C’est ce que j’appelle le simplisme d’André Pratte. Et son inconscience de la contradiction que je viens d’expliquer.
Il ne semble pas se rendre compte que des religions, pour des raisons culturelles dépassées, pratiquent une inégalité entre les sexes qui contrevient à une des valeurs fondamentales de la société québécoise (et occidentale), soit l’égalité homme-femme, valeur que nous n’avons pas l’intention de sacrifier à des pratiques qui n’ont rien de religieux mais qui relèvent de cultures que nous n’avons aucune raison d’accepter puisqu’elles nous obligeraient à sacrifier une valeur fondamentale de notre vouloir-vivre ensemble soit l’égalité homme-femme.
André Pratte écrit :
“Un grand nombre de Québécois étant aujourd’hui indifférents, voire hostiles aux religions établies, ils seront portés à placer les droits auxquels ils tiennent particulièrement, notamment l’égalité des sexes, au-dessus de la liberté de religion. C’est une erreur.
La liberté religieuse ne paraît peut-être pas importante aux yeux de la majorité québécoise ; elle n’en est pas moins un droit fondamental reconnu par la Déclaration universelle des droits de l’homme. Comme l’a souligné la Cour suprême des États-Unis, « le droit de chacun de former sa propre conception de l’existence, de sa finalité, de l’univers et du mystère de la vie humaine constitue un élément essentiel de la liberté ».
Encore là. Pratte est très superficiel et simpliste. Les Québécois ne sont pas hostiles au “droit de chacun de former sa propre conception de l’existence, de sa finalité, de l’univers et du mystère de la vie humaine qui constitue un élément essentiel de la liberté ». Au contraire, les Québécois respectent toute recherche spirituelle du sens de la vie. Pratte ne comprend pas que l’indifférence ou l’hostilité aux religions établies des Québécois porte justement sur ces décisions des Cours basées sur la Charte à Trudeau qui donnent la priorité au respect de pratiques comme le port du Kirpan, du foulard, ou le refus d’être servi par une femme qui n’ont rien à voir avec la religion véritable.
Il n’y a qu’une solution pour échapper au confusionisme prattien : une Charte de la laïcité et une réaffirmation que l’égalité entre les hommes et les femmes a la primauté sur toutes les pratiques culturelles fondées sur l’inégalité homme-femme, pratiques qui n’ont, quant à moi, rien de religieux.
Aucune Charte des droits ou Déclaration universelle n’a le pouvoir, au nom de la liberté de religion, d’imposer le principe de l’inégalité entre les hommes et les femmes. Comme il y a collision frontale avec un principe fondamental, c’est la liberté de religion qui doit céder le pas et s’effacer devant les exigences humaines et sociales de l’égalité. La femme québécoise n’a pas à se sacrifier et à se soumettre à des pratiques qui n’ont rien de religieux mais qui procèdent de la domination de l’homme sur la femme au nom d’une conception fausse de la religion, conception que très majoritairement les Québécois rejettent. Et avec raison. Ce qu’André Pratte, docteur omniscient, ne comprend pas.
Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 14 octobre 2009

