Il y a deux ans de cela, je lançais à Bernard Landry le défi de réunir les quatre anciens premiers ministres péquistes autour de l’idée d’indépendance, un peu comme le Cirque du Soleil avait réuni les « fab four » à titre posthume avec son spectacle Love. S’il réussissait cet exploit, je lui prédisais la réélection du PQ et une forte progression de l’idée d’indépendance dans la faveur populaire. Comme l’amour, l’indépendance est une passion qui ne s’éteint jamais totalement, pouvant un jour ou l’autre rassembler d’anciens partenaires, sachant pertinemment que pour la ranimer, il faut des images fortes. La réunion de quatre anciens premiers ministres en serait une ! Il est pour le moins ironique que ce soit Jean Charest, un premier ministre libéral, qui ait réalisé cet exploit, mais avouons-le, dans l’adversité et l’amertume pour le mouvement indépendantiste.
Depuis la réélection de son gouvernement minoritaire, Jean Charest a réussi l’impossible en atteignant des sommets de popularité grâce à ce qu’il appelle ironiquement la cohabitation, voguant çà et là au gré des vagues et du vent et laissant à ses adversaires le soin de ramer à sa place, souvent à contre-courant, toujours à leurs risques et périls. C’est exactement ce qu’ont fait Pierre-Marc Johnson et Lucien Bouchard, deux anciens chefs péquistes et premiers ministres du Québec, en ne disant pas un traître mot au sujet de l’idéal indépendantiste lors de la cérémonie consacrant leur intronisation à l‘Ordre du Québec. Ils ont accepté le titre de grand officier sans même évoquer le fait qu’ils le devaient à ceux qui les avaient élus, aux indépendantistes qui les avaient portés au pouvoir, à une époque où la famille souverainiste était réunie sous une même bannière, celle du PQ, et sous une même vision, celle de René Lévesque. Deux des enfants chéris du parti ont banalisé l’héritage qui leur avait été légué en ignorant la famille, refusant de reconnaître formellement l’origine de la prestigieuse reconnaissance qui leur était accordée ce jour-là. Nous sommes plusieurs à avoir été blessés par le silence complice de ces chefs que nous avons un jour plébiscités.
Si l’objectif de Jean Charest était de montrer la division qui existait au sein des forces indépendantistes dans ce qu’elle avait de plus navrant, mission accomplie ! La démonstration ne pouvait être plus éloquente. Si le peuple n’a pas de mémoire, c’est parce que ceux qui ont la responsabilité de porter leur héritage l’ont détourné au profit de leur gloire personnelle. Ces deux grands seigneurs nous ont élégamment entretenus au sujet de l’idéal démocratique, mais combien factice lorsqu’il est mis au service du conquérant et qu’il vise à endormir le peuple, lui laissant l’illusion qu’il a le choix entre la liberté et la soumission, alors que l’indépendance est une nécessité ! Lorsque ceux à qui le peuple a confié le rôle d’être ses portes paroles et portes étendards se taisent, lorsqu’ils justifient leur défection en prétextant l’absence de volonté du peuple, c’est qu’ils ont rendu les armes et capitulé devant l’adversaire, acceptant ses récompenses pour mieux abandonner leurs anciens supporteurs à leur triste sort. Ces chefs sont tout simplement devenus au fil des années de simples mercenaires au service des mieux nantis qui justifient aujourd’hui leur silence au nom du devoir de réserve. Où est leur grandeur d’antan ?
Jeudi le 19 juin 2008, le courage et l’honnêteté auraient commandé qu’ils parlent de leur héritage, se rappelant qu’ils avaient été premiers ministres parce que des millions d’indépendantistes les avaient plébiscités pour qu’ils portent leur idéal, pour qu’ils fassent un jour l’indépendance du Québec. On ne peut pas accepter la plus haute distinction qui vient du peuple, celle de grand officier, et se dédouaner aussi facilement de la nature du mandat qui en a permis l’octroi, celui de faire l’indépendance du Québec.
Lors de ce triste jour, c’est malheureusement à leur capitulation que nous avons assisté lorsqu’ils ont accepté cette plus haute distinction sans même évoquer le fait que c’était grâce à la soif d’indépendance de nombreux Québécois, qui les avaient portés au pouvoir, qu’ils étaient devenus premiers ministres du Québec. S’ils sont aujourd’hui immortalisés parmi leurs pairs, c’est qu’ils ont, un jour, fièrement porté l’idéal démocratique de souveraineté populaire qui conduit à l’indépendance. S’ils sont maintenant premiers ministres pour la vie, c’est qu’ils ont été des chefs indépendantistes, qu’ils s’en souviennent et qu’ils nous le rappellent, c’est leur devoir !
Louis Lapointe
Brossard
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