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« Au fond, disait Groulx, ce qu’une catégorie d’Anglais ne nous pardonne pas, c’est d’exister ». Il serait à peine exagéré d’ajouter que c’est aussi ce qu’une certaine catégorie des nôtres ne se pardonne pas... Et c’est ça d’abord être colonisé.
"Groulx et nous" de Serge Cantin
             
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Protection de la maison de Louis-Hippolyte La Fontaine
Le sénateur Joyal dénonce l’inaction de la Commission des biens culturels
Alexandre Shields
Le Devoir
mardi 22 août 2006


Ardent défenseur de la restauration de la maison de Louis-Hippolyte La Fontaine et de sa transformation en un lieu de commémoration de l’histoire canadienne, le sénateur Serge Joyal a qualifié d’« honteuse et aberrante » la décision de la Commission des biens culturels du Québec de ne pas retenir sa demande de classement patrimonial déposée en avril dernier.

Selon lui, les « quatre raisons » avancées par la Commission ne tiennent absolument pas compte du fait que l’édifice, situé au 1395 de l’avenue Overdale, à Montréal, « a vu la naissance de la démocratie et la protection de la langue française au Québec ». Il dénonce aussi l’argument voulant que les hauts faits de cet homme politique soient « déjà largement commémorés par ailleurs », notamment par le nom donné à un pont-tunnel montréalais. « C’est ne rien connaître à l’histoire du pays que de dire des choses comme celles-là, lance-t-il. Ce n’est pas une simple maison d’intérêt architectural. Il s’agit d’un lieu qui témoigne d’un moment politique extrêmement important, un moment révolutionnaire. »

Au ministère de la Culture, on a aussi dit vendredi que la Commission des biens culturels avait tenu compte du fait que la maison natale de l’ancien premier ministre était déjà protégée et mise en valeur par le gouvernement fédéral pour justifier le rejet. Le sénateur Joyal explique toutefois que la demeure en question, située à Boucherville, n’est tout simplement pas celle qui a vu naître La Fontaine. Il s’agit en fait de la résidence du deuxième mari de sa mère, où il a vécu de 1813 à 1822. Cette maison a même été rasée par les flammes lors d’un incendie qui a ravagé la ville en 1843.

Elle a par la suite été reconstruite et, plus d’un siècle plus tard, soit en 1964, elle a été transportée au parc des Seigneurs et classée en 1965 par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada (CLMHC) sous l’appellation de Maison Louis-Hippolyte-Lafontaine. D’où l’imbroglio historique.

Par ailleurs, M. Joyal rejette l’idée avancée par la Commission des biens culturels, une instance chargée de conseiller la ministre de la Culture, selon laquelle le gouvernement du Canada aurait refusé d’attribuer un statut juridique à la résidence occupée par M. La Fontaine de 1849 à sa mort, en 1864. En effet, « Parcs Canada était favorable, mais, pour évaluer l’importance historique nationale d’un tel lieu, la Commission des lieux et monuments historiques doit avoir l’aval du propriétaire », souligne-t-il.

Or, celui-ci refuse. « Après des discussions entre des représentants de Parcs Canada et le propriétaire, il appert que ce dernier n’appuie pas la demande de désignation. En conséquence, je dois vous informer que la Commission ne pourra procéder à l’étude de ce cas », écrivait d’ailleurs le directeur général de l’Agence Parcs Canada, Alan Latourelle, dans une lettre envoyée à Serge Joyal en mars dernier. Au Québec, la législation permettrait toutefois de faire fi de la volonté du propriétaire et de l’exproprier, selon M. Joyal.

Les choses pourraient bien finir par bouger au municipal, puisqu’un projet visant à protéger la maison a été présenté à l’arrondissement Ville-Marie, a-t-on confirmé hier. Mais on attend de connaître les détails d’un avis commandé au Conseil du patrimoine avant d’en révéler la teneur. Au Conseil, on ajoute que l’avis ne serait pas rendu public avant la fin du mois de septembre, au mieux.

Mais, pour le sénateur Joyal, l’administration montréalaise a tout simplement l’obligation d’agir dans le dossier. « Il s’agit d’un lieu historique extrêmement important pour l’histoire politique, sociale et économique. Il me semble que la Ville [de Montréal] devrait utiliser son pouvoir d’expropriation et chercher à obtenir une aide financière du gouvernement du Québec et du Canada. »

8 septembre 2008
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