En tribune libre du 13 août : Le bilinguisme, c’est l’anglais, MmeCaroline Moreno affirmait que « ...dans cinq, sept ans, l’indépendance du Québec ne sera mathématiquement plus possible à réaliser ». Ce cri d’alarme était censé ajouter aux raisons de porter le plus tôt possible le Parti indépendantiste au pouvoir puisqu’il s’agirait du seul parti véritablement indépendantiste.
D’abord, quel crédit peut-on accorder à cette affirmation alarmiste ? Il va de soi que chaque baisse du pourcentage des Québécois français dans l’ensemble du Québec constitue une mauvaise nouvelle quant à l’élection éventuelle d’un parti indépendantiste ou la tenue d’un référendum sur la question. Cependant, compte tenu des données actuelles, comment peut-on soutenir qu’il s’avérera « mathématiquement » impossible, d’ici cinq à sept ans, d’élire un parti indépendantiste ou de tenir, et gagner, un référendum ? Simple clause de style malhabile ou déclaration pesée visant à capter les votes en jouant sur les perceptions ? Ce n’est pas le première fois qu’un représentant de ce parti utilise cet argument quoique, auparavant, on n’allait pas jusqu’à indiquer un butoir précis.
D’ici cinq à sept ans, toutes choses égales par ailleurs, l’Assemblée nationale ne sera pas renouvelée plus de deux fois. Tout parti visant le pouvoir à l’intérieur de ce laps de temps doit forcément compter sur une visibilité certaine, une organisation efficace dans tous les comtés, une caisse électorale conséquente et une marge de crédit suffisante, une crédibilité solide et une équipe de candidats dont au moins quelques-uns soient des figures publiques suffisamment connues (et reconnues) susceptibles d’attirer bien davantage qu’un pourcentage honorable de votes, d’autant plus que la stratégie du parti repose sur la proclamation de l’indépendance à la suite d’un vote majoritaire de l’Assemblée nationale et non à la suite d’un référendum. Il faut donc compter sur l’élection d’une majorité absolue de candidats du parti.
Or le P.I. existe depuis moins d’un an. En-dehors des cercles indépendantistes, il est encore, de toute évidence, peu connu. Il a beau recueillir régulièrement de nouvelles adhésions, leur nombre ne dépasse fort probablement pas quelques petits milliers, d’où situation financière en conséquence. ll ne dispose pas encore d’une organisation rodée dans tous les comtés, situation bien compréhensible. Pour le moment, sa direction et les quelques candidattures annoncées ne comptent aucune personnalité publique en vue (sauf dans des cercles indépendantistes restreints), excepté Victor-Lévy Beaulieu et Francine Allard, écrivains célèbres, et Ghislain Lebel, antérieurement du Bloc québécois. Rien de cela ne constitue évidemment une insuffisance irrémédiable pour un parti aussi jeune, mais à l’intérieur des limites d’action qu’il s’est lui-même fixées — on présume que la position de Mme Moreno représente celle du parti puisqu’il ne l’a pas démentie —, qui le condamnent à arriver au pouvoir, et majoritaire ! au prochain scrutin ou, au plus tard, au suivant, voilà une autre histoire.
On peut, sans nécessairement approuver tous les articles de son programme, surtout son intention de déclaration unilatérale d’indépendance dès son élection, penser, pour le moment du moins, que le P.I. représentera le seul choix possible si le Parti québécois continue de planer dans le brouillard et l’incohérence quelques mois de plus. Cependant, il faudrait bien nous y aider un peu, avant tout en évitant de tabler sur une rhétorique franchissant la frontière du ridicule. Il se peut aussi que le P.I. croie vraiment ce qu’il prétend, ce qui ne relèverait alors plus du ridicule mais d’une panique de très mauvais augure : en politique, rien de plus dommageable que ces deux-là.

