Avant de me risquer et en y allant de quelques prédictions pour 2008 à l’aide de ma boule de cristal, permettez-moi au départ de vous offrir mes meilleurs vœux du nouvel An. Que 2008 fasse oublier la morosité qui a affecté un grand nombre d’indépendantistes en 2007 !
Malheureusement pour ces gens, je ne vois pas d’indices présentement qui laissent croire que la nouvelle année qui s’amorce chasse les nuages gris qui ternissent le ciel politique du Québec. L’élection fédérale qui devrait rapidement être déclenchée n’annonce rien de bon pour le Bloc québécois. Loin de moi l’idée de vouloir redémarrer le débat au sujet de la pertinence de la présence de ce parti souverainiste à Ottawa ! Reste que le nombre de députés bloquistes qui ont quitté dernièrement le navire — ou qui ont tenté de le faire — fragilise les appuis que reçoit l’option souverainiste. Chose certaine, les fédéralistes peuvent compter sur les médias québécois pour propager cette perception.
Il faudra un miracle pour que le Bloc parvienne à maintenir ses acquis lors du prochain scrutin général. Pas étonnant que les troupes de Gilles Duceppe désirent en découdre au plus vite afin de ne pas subir des pertes encore plus graves. Ni l’esprit guerrier de Stephen Harper, ni son mépris envers la cause environnementale, ne semblent horripiler les Québécois au point de vouloir le sanctionner.
Le résultat électoral du Bloc québécois affectera inéluctablement l’état de santé du Parti québécois. Déjà, celui-ci n’affiche pas une forme olympienne : sa décision de mettre dorénavant l’emphase sur autre chose que son article 1 en a démobilisé plus d’un. Il faudra un certain temps pour réparer les torts que cela a causés au projet indépendantiste. Plusieurs au Québec sont d’ailleurs déboussolés « suite au virage provincial » qu’ont effectué les péquistes. Les électeurs n’ont dorénavant d’autres choix, jusqu’à nouvel ordre, que d’élire une équipe politique qui ne cherchera qu’à empêcher l’État québécois de sombrer à nouveau dans les déficits budgétaires. Voilà qui n’est guère captivant. Pas étonnant qu’aucun parti à Québec ne se démarque actuellement de ses rivaux dans les intentions de vote…
Ce qui offre un spectacle paradoxal : pendant qu’à Ottawa, les partis d’opposition veulent faire tomber au plus vite le gouvernement Harper de peur qu’il ne fasse élire éventuellement une majorité de députés, aucun parti de l’autre côté de l’Outaouais ne désire faire de même, sachant que cela entraînerait, à peu de choses près, la même distribution de sièges… Qui veut en effet d’un gouvernement minoritaire à Québec, alors qu’il n’y a aucun projet d’envergure qui mobilise les gens, ni de solutions provinciales pour régler les difficultés financières de l’appareil politique ? Vaut mieux laisser le gouvernement Charest s’enliser lentement, en attendant qu’il se passe quelque chose…
Le Parti québécois détient pourtant le sujet qui pourrait renverser la vapeur : ce fameux « nous » qui occupe toutes les tribunes publiques depuis quelques mois. Pas de doute que ce dossier préoccupe profondément les fédéralistes. Un peuple qui décide soudainement de s’affirmer peut effectivement envisager de le faire en choisissant l’indépendance. Ainsi, ceux-ci n’attendent qu’un faux pas de la formation souverainiste pour lui attacher le grelot de l’intolérance. Une première tentative fut d’ailleurs réalisée avec le projet de loi péquiste sur l’identité, en vain. Les Québécois n’ont pas retraité quant à leur vœu d’assurer la prédominance de leurs caractéristiques culturelles sur leur territoire. Il est donc encore possible de les rallier autour d’un objectif commun et ce, dès 2008.
Sauf que le PQ hésite à clamer haut et fort que seule la souveraineté enverra un signal clair aux nouveaux arrivants qui décident de s’établir au Québec ! Le recul du français que Statistique Canada a dévoilé récemment dans son dernier recensement, constitue pourtant un puissant argument qui milite en faveur de la solution indépendantiste. Le Parti québécois hésite à profiter du consensus social qui se dégage présentement sur la nécessité d’exprimer haut et fort l’existence d’une majorité francophone sur le territoire québécois. Probablement que sa déconfiture électorale explique cette attitude.
La formation souverainiste doit pourtant mettre à l’avant-plan les dangers qui découlent du statut de minorité dont souffre la nation québécoise dans la fédération canadienne. Il faut confronter les Québécois à leurs contradictions : on ne protège pas un peuple de l’assimilation si on laisse son avenir être déterminé par un autre. Tôt ou tard, le PQ devra cesser de camoufler son option fondamentale derrière son projet de loi sur l’identité. Soit, ce choix de le faire présentement a amené des Québécois « hors du cercle des convaincus » à réfléchir sur le sens à donner au « nous » auquel ils disent appartenir. Il est d’ailleurs temps que les souverainistes trouvent un moyen d’en discuter avec ces compatriotes. Il s’agit là probablement du défi le plus important à relever pour 2008 : celui de dialoguer de la pertinence de l’indépendance politique avec d’autres personnes que les souverainistes !
Le réveil des Québécois quant à l’importance d’affirmer leur « nous » les amène forcément aux portes de la liberté. Avec le 400e anniversaire de la ville de Québec qui sera célébré cette année, berceau historique de ce « nous », tout semble en place pour démontrer clairement qu’un statut provincial ne permet pas au Québec d’avoir les moyens de ses aspirations.
Il est à espérer qu’une campagne médiatique bien ficelée, musclée et financée, propage ce discours. L’absence d’outils de diffusion efficaces nuit en effet à l’option souverainiste. 2008 doit être l’année qui met un terme au monopole médiatique dont a toujours joui le camp fédéraliste. Sans cette réalisation, les indépendantistes ne doivent pas s’attendre à voir une éclaircie dans le ciel cette année.
Patrice Boileau

