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Mettons cartes sur table : je ne sais pas si Dieu existe, mais je suis très reconnaissant à la religion catholique pour ce qu’elle m’a apporté.
L’Église catholique n’a plus aucun pouvoir réel au Québec. Son déclin est probablement irréversible.
Comment expliquer alors le contraste entre cette « menace » qui n’en est plus une et la fureur avec laquelle a été accueillie la lettre ouverte de Mgr Ouellet ?
On peut évidemment comprendre la colère des gais, des orphelins de Duplessis ou de ceux qui furent abusés sexuellement. Mais celle des autres ?
Vide
Je risque une hypothèse. Sans s’en rendre compte, le cardinal a mis le doigt sur le nerf sciatique du Québec francophone. Il a dit que nous étions une société déboussolée et sans points de repère.
Il a en partie raison, et nous le sentons sans oser l’admettre. Mais personne n’aime se le faire dire.
Il n’est pas non plus le premier à le dire. Fernand Dumont et Jacques Grandmaison sont passés par là avant lui.
Là où Mgr Ouellet erre totalement, c’est en pensant que nous retrouverions nos points de repère si nous retournions à l’orthodoxie catholique. Le Québec d’aujourd’hui est rendu ailleurs et pour de bon.
Tous ont vu aussi le calcul derrière sa demande de pardon : situer tous les torts dans un lointain passé, ne faire aucune ouverture doctrinale sérieuse, lancer un baroud d’honneur sur l’enseignement de la foi à l’école, et essayer de rebondir après son désastreux passage devant la commission Bouchard-Taylor.
Reflet
Le fait est qu’avant 1960, l’Église du Québec fut le reflet de son époque. Ni plus ni moins.
L’infantilisation des femmes, l’antisémitisme, la haine des homosexuels, tout cela existait aussi en dehors de l’Église.
Est-il permis de rappeler qu’elle soigna et éduqua des générations entières, en plus de contribuer puissamment à préserver l’identité culturelle du Québec francophone ?
Toutes les grandes religions, sans exception, infériorisent les femmes et ont des rapports troubles avec la sexualité.
Un de mes amis se demandait l’autre jour combien parmi ceux qui pressent l’Église de changer y retourneraient si elle changeait vraiment. Ce qui n’est évidemment pas une raison pour qu’elle refuse de se questionner.
Identité
La vérité est que moins d’un Québécois sur dix se déclare sans appartenance religieuse.
On ne pratique plus, mais nous restons plus attachés que nous ne le réalisons à notre passé catholique comme balise identitaire de ce que nous sommes.
On n’efface pas 400 ans de catholicisme en quarante ans. Voyez le tollé quand on a évoqué le retrait du crucifix de l’Assemblée nationale ou qu’on veut laïciser Noël pour être plus « rassembleur ».
Ce retour du refoulé est d’autant plus brutal que le déclin de la pratique religieuse fut particulièrement rapide chez nous, et que notre jeune société n’a pas des racines historiques très profondes.
Aux illusions de Mgr Ouellet, il ne faudrait surtout pas opposer une autre illusion : celle de croire qu’on peut construire quelque chose de très solide uniquement sur les droits, le chacun pour soi et la jouissance matérielle.

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