Le renouvellement figé du PQ

Malgré tout, je suis encore souverainiste

Tribune libre de Vigile
lundi 20 août 2007
329 visites 5 messages

Le 30 octobre 1995, lorsque j’ai entendu Lucien Bouchard proclamer dans son
discours qu’il y aura « un autre » référendum, je me suis tout de suite dit
« mais qu’est ce que c’est que cette connerie ? » Cette déclaration le soir
du référendum aura finalement été symptomatique de ce que le PQ a vécu ces
douze dernières années, soit son incapacité à se repositionner après s’être
fait dire « non ». Non de justesse, non peut être pas franc et honnête,
mais non reconnu publiquement. On ne peut pas jouer sur les nuances. Une
question oui/non fonctionne comme le code binaire d’un ordinateur dans la
tête du public. Et c’est très bien comme ça, sinon ce n’est pas une
véritable décision.

Ces douze dernières années, le PQ a fait l’erreur de cogner un clou déjà
enfoncé. Il a été incapable de « renouveler » son discours souverainiste,
de trouver un élément suffisamment important pour convaincre le public de
revenir sur la décision d’octobre 1995. Nous parlons de prendre nos propres
leviers décisionnels sans avoir de nouveaux prétextes suffisamment
convaincants, probablement parce nous vivons une période de relative
stabilité sociale. Nous parlons de social-démocratie et d’étatisation qui
auront pourtant été essentiellement des outils de développement de la
classe francophone des années 1960-70 et qui n’ont plus cette pertinence
aujourd’hui. Bref, le projet de souveraineté, dans notre façon de la
promouvoir, ne comporte plus de projet de société. La souveraineté est
devenue un objectif en lui-même, évacué de toutes réelles motivations
sociales. Bien des militants péquistes, adhérés à des schèmes de pensé
construit et maintenu par la socialisation partisane, n’ont jamais voulu le
voir et ont contraint le PQ à enfoncer le clou déjà enfoncé.

Dès le lendemain du référendum, nous avions une occasion à saisir. Celle
de proposer une troisième voie. Cette voie aurait pu être originale, elle
aurait pu aussi ne pas l’être, mais elle aurait dû avoir l’avantage de
laisser au PQ le contrôle de l’agenda politique. Aujourd’hui, c’est l’ADQ,
avec son projet autonomiste et un conservatisme séduisant pour de
nombreuses régions du Québec, qui réussi ce coup et qui occupe l’arène. Je
ne vois rien qui empêcheront les adéquistes de restituer le terrain ainsi
occupé pour les prochaines décennies. Là encore, certains péquistes ne
voulaient pas le voir, mais le PQ a attiré ces votes conservateurs pendant
des années, notamment par chez moi, à Québec. Lorsque la question de la
place du Québec à l’intérieur ou à l’extérieur de la fédération occupait
l’avant scène, le vote n’était pas nécessairement polarisé entre la gauche
et la droite.

Malgré tout, je suis encore souverainiste. J’estime que nous vivons
toujours une réalité institutionnelle potentiellement conflictuelle dans la
fédération. Le public ne le perçoit pas ainsi de nos jours, mais nous avons
les mêmes institutions politiques avec les mêmes différences sociales et
culturelles. La stabilité du Canada à long terme ne m’apparaît donc pas
garantie. La souveraineté est, pour l’instant, une arme de destruction
massive que le Québec ne serait prêt à utiliser qu’en cas d’ultime recours.
C’est une possibilité qui peut aussi servir à mettre de la pression. De nos
jours, nous parlons de la souveraineté comme un projet positif, un projet
de fierté qui n’est nullement motivé par des problématiques particulières.
Par contre, l’histoire ne donne pas raison à cette vision. De tout temps,
en tout lieu, un bouleversement institutionnel aussi considérable que
l’indépendance n’a eu lieu que dans un contexte tourmenté, où l’on cherche
des solutions et où la stabilité n’était pas valorisée. Certains citeront
l’exemple des pays scandinaves comme réfutation, mais ces pays étaient déjà
des appareils d’États distincts, la séparation ne constituant pas ainsi un
grand pas à franchir. En somme, l’époque que nous vivons ne pave pas la
voie à la souveraineté du Québec. Il n’y a pas de réelles motivations qui
le justifie maintenant.

Pour le PQ, je n’ai pas de solution pour faire un meilleur score aux
prochaines élections. Maintenant que l’ADQ occupe l’arène avec sa troisième
voie et son assise électorale qui recoupe grosso-modo celle de l’Union
nationale de Duplessis, il est tard pour le PQ d’adopter un virage. Il
faudrait voir si l’idée de poser certains gestes de souveraineté sans
référendum peut se faire avec de réelles motivations sociales. Je n’ai pas
encore été convaincu. Une telle tactique devra répondre à la même question
que la souveraineté totale et exiger autant de rigueur dans la réponse :
Pourquoi ça en vaut-il la peine ?

Jean-François Morin

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

Commentaires

  • 25 août 2007 02h56

    Je ne crois pas que le simple fait que le PQ ait gouverné le Québec-province, sans pourvoir faire plaisir à tous, ait automatiquement enlevé le goût de la souveraineté au gens. Au pire, cela n’a été qu’un facteur. Je crois qu’il y a une évolution socio-économique fondamentale du Québec qui l’explique davantage. On ne se sent plus menacé. Les Québécois se sentent davantage en confiance et épanouis. Cette évolution, qui est le résultat d’un long développement social, était due pour arriver, peu importe le parti au pouvoir. De plus, personnellement, je ne reproche rien aux dirigeants du PQ. Je regrette même Lucien Bouchard, pour moi le dernier grand leader dans l’histoire du Québec qui a su piloter de nombreux dossiers difficiles tout en gardant une confiance relative de l’électorat. Par contre, je regrette davantage les querelles internes qui ont trop souvent eux pour effet d’éclipser dans les médias tous discours sur les véritables motivations du programme. Il n’y aura pas de communication efficace si tous et chacun vont dans sa propre direction à l’intérieur d’un parti. J’insiste sur ce point, car nous pouvons avoir quantité d’idée, mais si nous ne parvenons pas à interpeller le citoyen moyen en communiquant clairement, les idées ne resteront que des idées. Si le PQ ne survit pas, ce sera dû à une surabondance de luttes idéologiques (certains diront « débats d’idées ») et à une carence de luttes communicationnelles (autre effet des « débats d’idées »), surtout dans les médias de masse. Il pourrait éventuellement en être de même pour tout le mouvement souverainiste. Par contre, la motivation de l’électorat provient-il d’un bon plan de communication ? En partie je dirais. Mais les tendances lourdes d’une société, qui ne me semblent pas actuellement à l’avantage de la souveraineté québécoise (totale ou partielle), ont certainement plus d’effet que n’importe quoi d’autre. Par conséquent, mettre la faute sur les chefs me paraît facile, mais mettre de l’eau dans son vin me le paraît moins. Doit-on nécessairement proposer la souveraineté aux gens ? Nous ne sommes pas obliger d’atteindre cette cible si nous pensons pouvoir réaliser un objectif moins ambitieux, qui lui aurait au moins la qualité d’être effectif. À chaque fois que j’en parle, on me dit alors que l’accord du Lac Meech n’a pas passé, qu’on a déjà essayer tout ça… C’est vrai. La solution tentée ne serait pas originale, mais elle aurait l’avantage de bien sonner dans l’oreille de la majorité et pendant que les libéraux ne sont pas au pouvoir à Ottawa, les chances d’une entente sont meilleures.

    Il faudrait voir aussi la constitutionnalité de la « constitution » québécoise et des lois que vous proposez. En cas de contradiction avec la constitution et les lois canadiennes, c’est ces dernières qui auront préséance… À moins que l’on parle de commettre délibérément des gestes inconstitutionnels. Encore là, il faudra convaincre le québécois moyen que l’action en vaut la peine, ce qui ne me semble pas acquis pour les mêmes raisons que la souveraineté par référendum à moins qu’on laisse entrevoir un projet plus modeste visant à rapatrier de force seulement certains pouvoirs spécifiques. Là et seulement là, je regarderais l’idée avec intérêt.

  • Luc Bertrand, 24 août 2007 22h38

    Merci monsieur Morin pour vos bons mots à l’égard du M-E-S ! En effet, je conviens avec vous que le fameux "projet de société" a été absent de la plate-forme électorale et du programme du Parti Québécois, se contentant plutôt d’énoncer des mesures dans un contexte de gouverne provinciale. Ayant déçu deux fois plutôt qu’une les électeurs à cet égard lorsqu’il formait le gouvernement, on peut comprendre le peu d’enthousiasme de la population envers le programme du PQ depuis la démission de Jacques Parizeau. À la défense du Parti, il faut cependant noter que la population, par son refus d’appuyer majoritairement l’option fondamentale du PQ lors des deux référendums, a privé celui-ci des moyens de mettre en œuvre les véritables réformes qu’il proposait.

    Outre le choix d’avoir séparé la prise du pouvoir de la réalisation de l’option (ce qu’on a appelé l’étapisme), ce qui a nui aux gouvernements péquistes a été de croire pouvoir satisfaire les courants sociaux de la population (i.e., la gauche, la droite, les modérés), même dans un contexte provincial. En étant privés des moyens fiscaux et législatifs que l’indépendance leur aurait procurés, ces gouvernements ne pouvaient proposer aucun échéancier prévisible et réaliste pour rencontrer les promesses qu’ils faisaient à leurs clientèles spécifiques. En soit, dans un tel contexte, le PQ n’était pas mieux outillé que les autres partis et se devait, en conséquence de son impuissance politique, fiscale et juridique, ou bien de satisfaire exclusivement sa base électorale et s’aliéner les adversaires (exemple : premier gouvernement de 1976-1979), de chercher à séduire ces derniers en espérant conserver la confiance des sympathisants (exemple : ère Bouchard de 1996-2001) ou encore de chercher un compromis électoralement acceptable (programme Landry de 2003). Ainsi, plus l’atteinte de l’indépendance tardait, plus le mécontentement des uns et l’impatience des autres s’accroissait, forçant le parti à verser dans la surenchère des promesses s’il voulait être réélu. C’est le pourquoi des "mauvais deuxièmes mandats" qui ont amplifié la déception, voire le cynisme, de la population, la volonté de se débarrasser du gouvernement péquiste n’en étant que plus grande.

    Promettre, aujourd’hui, un projet précis de société après la réalisation effective de l’indépendance est à la fois fallacieux et électoralement improductif. D’abord, il est impossible, a priori, de prédire combien de temps prendra la détention effective des pouvoirs d’un État complet, puisqu’on ne peut prévoir le degré de collaboration du fédéral et l’état des finances publiques du Québec après les négociations du partage des actifs et de la dette fédérale qui lui revient légitimement. Le Bloc Québécois a proposé un document de travail très intéressant et emballant (Imaginer le Québec souverain) lors de son congrès de mai 2005, qui pourrait inspirer le gouvernement du Québec UNE FOIS SOUVERAIN. En fait, il serait plus juste de dire que l’indépendance effective du Québec changera toute la dynamique politique, étant donné que toutes les institutions de l’État seraient contrôlées par le Québec. Les programmes des partis politiques ne sauront échapper à cette réalité et devront s’adapter au contexte qui prévaudra à ce moment précis.

    D’ici là, je crois que le nouveau parti indépendantiste (PI) devra préparer l’opinion publique à la période d’incertitude, que nous souhaitons, bien sûr, la plus courte possible entre l’élection du PI et la conclusion effective du transfert des pouvoirs fédéraux à l’Assemblée nationale. Nous n’aurons, en effet, aucun contrôle sur la durée et l’humeur des négociations, quoiqu’il soit permis de penser que le climat et la célérité du processus seront d’autant plus favorables que la marge de victoire du PI (% d’appui populaire, en plus du nombre de sièges remportés) sera considérable lors de l’élection décisive. Les autres facteurs seront incontestablement le degré de préparation de l’agenda des négociations et l’appui international sur lequel nous pourrons compter afin de faire pression sur Ottawa. L’expertise et la force du Bloc Québécois à Ottawa seront précieuses, mais non irrémédiables, pour sensibiliser nos alliés potentiels (France, pays de la francophonie, partenaires commerciaux importants du Canada, etc.), de sorte que du travail devra être fait du point de vue diplomatique.

    Aussi, notre stratégie sera d’adopter une approche de transparence et de réalisme avec la population. Sans doute, nos adversaires chercheront à nous coïncer comme Raymond Garneau (PLQ), Marcel Côté (UN) et Fabien Roy (CS) l’ont fait avec Jacques Parizeau (PQ) lors du débat télévisé sur le Budget de l’An 1 en 1973. Cependant, les résultats d’études et les rapports de commissions sur les impacts économiques de la souveraineté, le changement du contexte, l’évolution des mentalités et l’expérience acquise devraient faire en sorte que l’exercice sera plus profitable qu’à l’époque. Notre meilleur argument sera incontestablement le gain de latitude du gouvernement québécois et les économies réelles qui résulteront de l’élimination des chevauchements et du gain de cohérence de l’action gouvernementale. En fait, cet avantage sera le même pour tous les partis politiques ; c’est pourquoi il serait prématuré (et dangereux) d’en dévoiler trop de détails, le gouvernement fédéral et ceux des autres provinces pouvant agir, entretemps, de manière à compromettre la faisabilité des actions envisagées au lendemain de la souveraineté effective.

    La meilleure façon de nous préparer sera de présenter officiellement (programme public) diverses possibilités envisageables, en insistant que lesquelles de celles-ci verront le jour dépendra des choix des Québécois lors de la première élection générale nationale qui suivra la déclaration d’indépendance. Il faudra, bien sûr, prévoir le scénario du pire avant de rendre ces options sociales et économiques publiques afin de conserver en tout temps une espérance raisonnable de faisabilité.

    Chose certaine, il faudra cesser de promettre avec autant de désinvolture que le PQ l’a fait des lendemains qui chantent lorsqu’arrivera "le grand soir". La rapidité et la facilité des moyens de communication et la maturité plus grande des électeurs nous forceront à faire preuve de beaucoup d’anticipation, d’écoute et de pragmatisme.

  • 23 août 2007 20h09

    Merci pour vos commentaires.
    En effet, M. Bousquet, un bon coup de pied du ROC est de nature à aider notre cause. Toutefois, je pensais aussi à la situation socio-économique en général. J’ai 29 ans, je n’ai donc pas connu les circonstances du référendum de 1980 de mon vivant. Par contre, Je me rappel bien des discours dominant de la 1ere moitié des années 90. On ne parlait que de la dette fédérale qui augmentait de façon exponentielle. On vivait une récession dont on ne voyait pas le bout avec un chômage élevé. On allait jusqu’à comparer le Canada à un pays du tiers-monde. On parlait des dédoublement des administrations fédérales et provinciales. Il me paraît évident dans un tel contexte que nous soyons prêt à prendre davantages de risques pour opérer un changement d’importance. La notion de risque, beaucoup de souverainistes n’aiment pas en parler arguant que la souveraineté a des risques supportables, mais je crois qu’elle fait parti du calcul de l’électorat, consciemment ou non.

    M. Bertrand, je dois vous admettre que je connais du MES que son site web. Je ne connais donc leurs orientations qu’en surface. À première vue, je dirais que l’accent est mis sur la méthode de conquête des pouvoirs. Je pense que vous avez des pistes intéressantes, mais le problème de fond me semble demeurer, soit la motivation de l’électorat. En quoi défier le fédéralisme de cette façon interpellera le québécois moyen d’aujourd’hui ? Pour l’instant, l’électeur médian semble se contenter de l’automonisme à négocier de l’ADQ, une option certainement plus accommodante pour le fédéral.

  • Luc Bertrand, 21 août 2007 14h59

    Votre article, monsieur Morin, est d’une très grande lucidité. Comme l’a bien souligné monsieur Bousquet, c’est essentiellement l’obsession immédiate de la prise du pouvoir, fut-il provincial, donc inadéquat et incohérent avec la raison fondamentale de faire l’indépendance, que le PQ n’a pourtant jamais ménagé de dénoncer dans son argumentaire, qui explique la chute actuelle du Parti Québécois dans l’opinion publique. Oui, il serait injuste de passer sous silence les magouilles et abus d’autorité de nos adversaires fédéralistes, et il n’est pas dit qu’elles ne se répéteront pas dans le futur. Cependant, sur le fond, vous avez totalement raison, le Parti Québécois, depuis la démission de Jacques Parizeau, n’a rien fait qui vaille pour "enchaîner" (dixit Denise Filiatrault !) suite à un nouveau refus (ou, à tout le moins, hésitation, si l’on pourrait qualifier le verdict de 1995 de "match nul" effectif) du peuple québécois face à l’option fondamentale du Parti.

    En fait, pour ouvrir et fermer rapidement une parenthèse, il serait plus juste de dire que c’est la DIRECTION péquiste qui n’a rien fait de nature à accroître l’appui à l’indépendance, les militant(e)s ayant déployé d’incroyables énergies à tenter de renouveler l’approche pour réaliser l’objectif commun et qui se sont buté(e)s infailliblement à un État-major qui n’en avait que pour la reprise immédiate du pouvoir et qui fuyait comme la peste toute proposition susceptible de créer la controverse.

    Vous avez souligné avec justesse, et j’ai bien apprécié votre nuance, "l’occasion manquée de proposer une troisième voie, qui aurait pu être originale ou aussi ne pas l’être". Vous venez de mettre exactement le doigt sur le bobo : le Parti Québécois n’a jamais voulu admettre son erreur d’avoir ajouté une étape additionnelle (et combien téméraire et candide politiquement, on l’a vu depuis, au vu des manoeuvres du camp du NON lors des deux référendums) à la démarche visant à réaliser le pays du Québec. Et pourtant, le programme initial du PQ (jusqu’au congrès fatidique de novembre 1974) était tout à fait légitime, le référendum n’étant, à l’époque, aucunement reconnu comme instrument décisif de consultation par le régime parlementaire britannique et le Québec étant lui-même entré dans la Confédération de 1867 sur un simple vote à majorité simple de ses députés. Et encore que proposer la sortie d’une province de la fédération canadienne constituait, en lui-même, un projet original et ambitieux.

    En conséquence, nos adversaires (au PI) ne pourront nous accuser de revenir sur le passé ou à une stratégie désuète en préconisant l’élection décisive comme moyen d’accès à l’indépendance, puisque s’abstenir de mettre en oeuvre une idée revient, en effet, au même que ne pas l’avoir trouvée !

    Concernant le manque de projet social "emballant" pour faire l’indépendance, ce ne sont pas les idées qui manquent. L’autre erreur du PQ a été de "vendre" inconsciemment le programme social progressiste du Parti comme LE projet de société, comme si aucune autre variante n’était envisageable ! On plaçait, en fait, "la charrue avant les boeufs", de la même manière qu’on l’a fait en renommant prématurément les symboles identitaires de la nation québécoise (Assemblée nationale, Fête nationale, capitale nationale, etc.), enlevant du même coup l’incitatif, le leitmotiv, de faire l’indépendance du Québec.

    Il faut remettre les choses dans l’ordre, comme l’a si à propos écrit Robert Laplante dans un éditorial de L’Action nationale l’an dernier. Ce n’est pas le "bon gouvernement" provincial qu’il faut faire pour initier l’approche, mais RENDRE EFFECTIVE l’indépendance. Si notre système démocratique reconnu et respecté (même par nos adversaires) nous permet d’obtenir le mandat de mettre en oeuvre le programme d’un parti politique reconnu et démocratique, pourquoi s’en priver pour réaliser notre intention de faire du Québec un pays ? Pourquoi diable ajouter d’autres embûches à notre approche, elle qui est déjà parsemée d’écueils du point de vue juridique, sans compter les bassesses dont ne se sont point privées (et ne se priveront d’ailleurs pas) nos ennemi(e)s fédéralistes par le passé ?

    Une fois que le peuple aura choisi de nous autoriser à "sortir" du cadre juridique canadien, nous aurons toute la légitimité pour poser les gestes promis de gouvernement national. Le Canada ne pourra s’y opposer sous peine de renier sa propre signature au traité des Nations Unies reconnaissant le droit à l’autodétermination des peuples. Si ce n’était pas déjà suffisant de clamer notre assujetissement à un régime imposé par les armes en 1760, Stephen Harper et la Chambre des Communes nous ont maintenant reconnu(e)s comme une nation distincte de la nation canadienne depuis novembre dernier. D’ailleurs, le Canada nous a-t-il demandé la permission de modifier unilatéralement la constitution que nous avions signée en 1867 ? A-t-il lui-même l’intention de procéder à un référendum pour faire accepter cette nouvelle constitution (1982) selon les règles convenues dans la dernière que nous avons signée (unanimité des provinces) ?

    Une fois obtenue l’autorisation du peuple québécois pour instaurer la nouvelle légalité constitutionnelle que nous devrons proposer (André Boisclair avait cherché à l’escamoter, sous le prétexte fallacieux de "refuser de faire de la stratégie ouverte" !), TOUT parti à l’Assemblée (vraiment) nationale aura le libre loisir de proposer sa vision d’avenir pour la véritable nation que sera devenue le Québec, tout comme le pouvait le PQ lorsqu’il a pris le pouvoir en 1976 dans un Québec province et qu’il s’est refusé de faire. À l’exception qu’il n’y aura plus, cette fois, de Cour Suprême "canadian" pour venir restreindre cette liberté.

    C’est précisément ce principe, celui reconnaissant aux Québécois(e)s l’entière souveraineté décisionnelle, que le Mouvement pour une Élection sur la Souveraineté (M-E-S) appelle "la doctrine de l’effectivité", et qui est reconnu universellement.

  • Gilles Bousquet, 20 août 2007 20h06

    M. Morin, vous écrivez, ce qui me semble exact, ce qui suit : « De tout temps, en tout lieu, un bouleversement institutionnel aussi considérable que l’indépendance n’a eu lieu que dans un contexte tourmenté. L’époque que nous vivons ne pave pas la voie à la souveraineté du Québec. Il n’y a pas de réelles motivations qui le justifie maintenant. »

    Votre texte ne va pas faire plaisir au PQ et au PI. Dans le cas du PQ qui cherche à gouverner le Québec-province à l’intérieur du Canada, pour améliorer encore sa place dans la fédération canadienne, ce qui ferait reculer encore plus la souveraineté et dans celui du PI qui semble croire que le fait de parler d’indépendance avec chaleur, fera lever cette option constitutionnelle assez gelée malgré le réchauffement de la planète.

    Je comprend que vous êtes, malgré ce que vous constatez, encore souverainiste avec peu d’espoir de la voir réaliser sauf si un bon coup pied solide au Québec, venait du ROC pour obtenir un contexte tourmenté que vous écrivez, favorable à la chose.

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