Le premier test
Mots clés : élections, Jean Charest, Budget, Gouvernement, Québec (province)
Alors qu'il avait promis d'être davantage à l'écoute de la population, voilà Jean Charest qui se distingue par son inflexibilité

Photo: Agence Reuters
Au moment où la survie du gouvernement se jouait, le chef de l'opposition officielle, Mario Dumont, avait choisi de se faire voir ailleurs. Il était à Montréal pour rencontrer «des gens en matière d'autochtones» et l'Union des artistes, a-t-il précisé hier. Il a jugé inutile de rencontrer Jean Charest qui l'avait convoqué jeudi après-midi. Le premier ministre n'avait aucune proposition à transmettre à l'ADQ qui, par ailleurs, n'a jamais été consultée sur le budget, a-t-il expliqué. Une sorte d'«oeil pour oeil, dent pour dent»: le premier ministre m'a envoyé paître, je l'envoie paître. Mario Dumont a reconnu qu'il avait peut-être commis une erreur avec sa virée montréalaise. Mais le chef de l'opposition officielle, qui se voit déjà au pouvoir, ne se sent aucunement responsable de la survie du gouvernement minoritaire.
Une victoire ?
À première vue, Jean Charest a remporté une victoire éclatante dans la partie de bras de fer qui l'opposait au PQ cette semaine. Il a réussi à garder intacte sa baisse d'impôt de 950 millions, montrant qu'il peut parfois tenir ses promesses électorales. Le PQ, qui insistait pour qu'une partie des 700 millions provenant du règlement du déséquilibre fiscal soit consacrée au financement des services, a dû remballer cette exigence. Le premier ministre est aussi parvenu à limiter l'appétit des péquistes, qui ont dû se contenter de modifications au budget somme toute modestes: 111 millions qui viendront d'une augmentation des taxes imposées aux institutions financières et aux raffineries.
François Legault avait pourtant élaboré un plan, habile sur le plan politique, qui réduisait l'ampleur de la baisse des impôts pour les mieux nantis seulement, ce qui permettait de dégager 250 millions pour les services publics. Mais le premier ministre n'a pas cédé.
C'est donc une victoire pour Jean Charest. Mais à première vue seulement. Le premier véritable test pour ce gouvernement minoritaire et pour son chef -- le vote sur son premier budget -- a conduit à une crise politique qui a duré une semaine. Rien ne laissait présager cette saga: après tout, qui voulait aller aux urnes deux mois seulement après la réélection des libéraux ? Personne avant que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, ne dépose son budget la semaine dernière.
Au départ, le budget a été mal ficelé avec le PQ, le parti qui détient la balance du pouvoir et dont le gouvernement minoritaire devait s'assurer l'appui. Jean Charest a permis que les choses restent floues: après une rencontre avec le premier ministre, François Gendron croyait sincèrement que le budget répondrait un tant soit peu aux demandes de sa formation politique. Même Mme Jérôme-Forget, dont la marque de commerce est la rigueur, avance-t-elle, a reconnu qu'elle avait «sous-estimé» les demandes du PQ. Il semble que la première tâche d'un gouvernement minoritaire, c'est de s'assurer d'obtenir l'appui indéfectible d'un des partis d'opposition lors du vote sur le budget. Avant de le déposer.
Perception négative
Toute cette crise a déteint sur la perception de la population à l'égard du budget. Jean Charest a beau soutenir que c'est un «bon» budget qui a été bien reçu, il ne peut citer que des appuis en provenance des chambres de commerce et consorts. En fait, la perception qu'a eue la population du budget se serait avérée négative, selon certains coups de sonde. Le baisse d'impôt, avec laquelle le premier ministre tente de se refaire une virginité politique, n'est pas populaire: sept Québécois sur dix estiment que l'argent devrait plutôt servir à améliorer les services publics, selon un sondage Léger Marketing-Le Devoir.
Cette victoire de Jean Charest pourrait aussi contribuer à lui accoler l'image de celui «qui confond l'entêtement avec la détermination», pour reprendre les mots d'un chroniqueur. Alors qu'il avait promis de «gouverner différemment», d'être davantage à l'écoute de la population et de se montrer conciliant, le voilà qui se distingue par son inflexibilité.
Depuis une semaine, cette crise, sous la gouverne de Jean Charest, a fait passer la classe politique par toute une gamme d'émotions. «C'était une période remplie d'émotions. Il y avait beaucoup d'émotions. Il y avait beaucoup d'émotions au sein de notre formation politique et je puis imaginer le niveau d'émotion au sein du caucus de votre formation politique», a fait observer hier Mme Jérôme-Forget à François Gendron lors de la période de questions à l'Assemblée nationale. En tout cas, nombre d'élus libéraux ont eu chaud: ils ont craint que leur chef, qu'ils jugent imprévisible, ne les lance en élections. Ils peuvent maintenant souffler. Jusqu'à la prochaine fois.
Vos réactions
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