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Le premier Canada (5/5)
« Le Canada français est atteint en tant que colonie intégrale organique. »
Bruno Deshaies
Chronique de Bruno Deshaies
jeudi 11 octobre 2007      473 visites      1 message


Le Canada en Nouvelle-France
« Si la France ne reprend pas le Canada
pour venir l’alimenter et le protéger,
les Canadiens-français sont nécessairement destinés
à être provincialisés… »

***

Avec l’élimination du seul rival de taille, c’est la préparation lointaine de l’hégémonie des États-Unis. Après la guerre pour l’indépendance américaine et le schisme de l’unité impériale, le fort régionalisme du Canada-Anglais se confirme. « Désormais, le territoire canadien est ouvert à une AUTRE colonisation. » (Voir Maurice Séguin, Histoire de deux nationalismes au Canada, p. 19.) L’Amérique se transforme et l’échiquier mondial et européen est lourdement modifié à l’avantage de l’Angleterre qui voit confirmer son hégémonie dans le monde. Par ailleurs, la France est appauvrie grandement par son échec colonial en Amérique.

Les Canadiens qui habitent le territoire du Canada de la Nouvelle-France sont menacés. La défaite entraîne une subordination par superposition que ceux-ci ne pourront jamais surmonter par la suite. Leur histoire sera marquée fondamentalement par l’ANNEXION, un phénomène majeure dans l’histoire de l’humanité dont le Québec d’aujourd’hui illustre avec exemplarité la nature et les conséquences de ce fait historique de longue durée qui pèse énormément sur les Québécois-Français. Il imprègne toute la pensée des Québécois et même leur vision du monde et de ce qu’ils sont ou de ce qu’ils croient qu’ils sont. Bref, la société québécoise est soumise à un discours historique qui se substitue à l’Histoire elle-même. Elle se condamne en ce moment à ne plus penser en présence des faits. Elle vit dans l’événement immédiat comme le font tous nos commentateurs de la vie sociale et politique. Une pensée limitée par les contraintes du système canadian lui-même accepté de guerre lasse. La société québécoise a perdu son autonomie interne depuis 247 ans et elle est incapable collectivement de mettre le cap sur sa libération collective, c’est-à-dire son indépendance nationale. Elle fait du surf sur tout ce qui bouge au plan social, mais occulte savamment le « national » – sinon pour des revendications accidentelles, des rêves de projet(s) de pays aussi ambitieux et poreux les uns et les autres ou des élucubrations sur les concepts de nation civique québécoise (cf. « Histoire du temps présent » à la fin de cette chronique).

Bruno Deshaies

***

HIST 585 Introduction à l’histoire du Canada

Maurice Séguin

Synthèse générale de l’évolution
politique et économique
des deux Canadas

II – Résultats européens

1- C’EST L’HÉGÉMONIE DE L’ANGLETERRE (PROPREMENT DITE) :

En 1914, elle est la première puissance politique et économique ; puis elle va céder la succession à sa fille, les États-Unis.

2- C’EST LA FIN DE L’HÉGÉMONIE FRANÇAISE :

La France perd une prépondérance qui avait duré une cinquantaine d’années tout au plus : 1660 à 1713. La France est appauvrie grandement par cet échec colonial…

III – Résultats américains

1- POUR L’AMÉRIQUE ANGLAISE :

Acquisition pour cette population côtière, littorale du territoire intérieur jusqu’au Pacifique : presque tout le continent américain. C’est l’élimination du seul rival de taille. Pendant un siècle, presque deux siècles, ils pourront vivre sans besoin de se protéger (1760 à 1945-1950, alors qu’il faut compter avec l’U.R.S.S.). C’est très important pour le développement du monde.

C’est le point de départ de l’intensification de la projection métropolitaine : un attrait formidable va s’exercer sur les colons possibles vers cette Amérique. C’est une chance de perfectionner l’organisation politique et économique de l’Amérique anglaise, de l’enrichir jusqu’à lui donner (bien qu’involontairement) l’indépendance. Mais ce n’est pas un échec (assez paradoxal) : c’est le signe de la réussite de la colonisation anglaise.

Possibilité d’évoluer et de devenir une nation ou plusieurs :
– Républicains : États-Unis ;
– Loyalistes : Canada anglais.

C’est la prépondérance de la zone anglaise sur toute l’Amérique et l’asservissement de l’Amérique latine (jusqu’à Cuba) !

1760 prépare l’hégémonie des États-Unis…

2- POUR L’AMÉRIQUE FRANÇAISE :

a) Démembrement

1713 : Traité d’Utrecht
1760 : Disparition des colonies françaises sur le continent nord-américain (sauf Saint-Pierre et Miquelon)

- Inévitable formation d’une civilisation anglaise
dans la vallée du Saint-Laurent. Par le fait de la Conquête, une civilisation anglaise va se développer avec des cadres.

- Inévitable désorganisation :
pour deux raisons :

1. Faute de projection et de protection.
Ce n’est pas une question de statut. Auparavant, le Canada était UN…

2. La disparition de ses cadres amène une subordination de superposition [pour le Canada avant 1760] à une société anglaise unie au reste de la civilisation anglaise (Amérique) ou séparée de ce reste.

b) Le Canada français est atteint en tant que colonie intégrale organique : – Avant 1760, le défaut peut porter sur la quantité…
– Après 1760, en plus de la quantité, il y a défaut sur la qualité, c’est-à-dire sur la manière d’être…

c) L’ensemble de l’évolution du Canada ne se comprend bien qu’en tenant compte de…

1666 : Faiblesse de la projection et de la protection.
1760 : Brisure d’avec la Métropole [française].
1766-1783 : Division de l’Amérique anglaise.
1840 (1867) : Province sous le régime de l’Union.

d) Tout de même avec les données de 1760

– à moins que 1o la France ne reprenne le Canada (hypothèse vite éliminée),
2o l’Amérique anglaise se morcelle en poussières d’états, le Québec serait resté un État souverain (il faut éliminer aussi cette hypothèse). En provoquant la division, les Anglais d’Amérique vont se fédérer. Si la France ne reprend pas le Canada pour venir l’alimenter et le protéger, les Canadiens-français sont nécessairement destinés à être provincialisés…

e) Inévitable formation du Canada anglais :

Dès 1760, les cadres d’une civilisation anglaise sont établis dans la vallée du Saint-Laurent.

En 1760, cette colonie se trouve à côté d’une douzaine d’autres ; donc une parmi douze. Le sort du Canada anglais deviendra certain par le schisme de 1775, 1776, 1783. Ce Canada anglais, par les circonstances, deviendra centre de séparatisme.

f) Le schisme ne fait que retarder… [l’apparition de] la minorité du Canada français :

À remarquer que le Canada français est pris entre les Anglais d’Amérique et ceux d’Angleterre.

g) La « simplicité incompréhensible » :

– Changement d’Empire : un désastre organique irréparable. Le Fait que la France n’y est plus, désastre pour la colonie, car elle seule pouvait mener le Canada [cette colonie française] vers l’indépendance.

– Les pièges psychologiques : quelles que soient les causes, l’enfant en souffre.

L’annexion de 1840 reste une perte ; la voie normale restait sous la projection et la protection de la France.
Régime britannique fort en comparaison avec le régime français de Bigot.

Après 1760 : Deux Canada (suite à la prochaine chronique)

O O O

RÉFÉRENCE :

Maurice SÉGUIN, « Synthèse générale de l’évolution politique et économique des deux Canadas. » Notes de cours établies par les étudiants qui ont suivi le cours HIST 585 intitulé « Introduction à l’histoire du Canada » en 1961-1962. Description : « Sociologie du national. Les principales explications historiques de l’évolution des deux Canadas. » (Université de Montréal, Département d’histoire.)

O O O

HISTOIRE DU TEMPS PRÉSENT

La nation civique québécoise et le « nous » de Bernard Landry




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Vos commentaires:
  • Le premier Canada (5/5)
    12 octobre 2007

    "Bref, la société québécoise est soumise à un discours historique qui se substitue à l’Histoire elle-même. Elle se condamne en ce moment à ne plus penser en présence des faits. Elle vit dans l’événement immédiat comme le font tous nos commentateurs de la vie sociale et politique. Une pensée limitée par les contraintes du système canadian lui-même accepté de guerre lasse. La société québécoise a perdu son autonomie interne depuis 247 ans et elle est incapable collectivement de mettre le cap sur sa libération collective, c’est-à-dire son indépendance nationale. Elle fait du surf sur tout ce qui bouge au plan social, mais occulte savamment le « national » – sinon pour des revendications accidentelles, des rêves de projet(s) de pays aussi ambitieux et poreux les uns et les autres"

    Puissante synthèse de la situation actuelle, M.Deshaies, mais elle ne sera pas acceptée par les indépendantistes qui refusent massivement qu’une position indépendantiste cohérente, basée sur l’oppression essentielle (à l’opposé de l’oppression circonstancielle), soit présentée à la population. Toute allusion à la constitution d’un centre politique indépendantiste fort est immédiatement rejeté comme une hérésie. Toute référence à la lucidité de Maurice Séguin en ce qui a trait à notre destin national est rejetée comme du dogmatisme. La formulation d’un message unique et fort en faveur de l’indépendance est rejetée comme étant de l’endoctrinement. Au Québec, l’indépendantisme est moins un combat qu’un mode de vie. Le petit milieu est habité par de trop nombreux commentateurs de la scène politique et de trop nombreux rhéteurs. Il est vrai que l’individualisme cher aux baby boomers ne laisse que très peu de place à l’abnégation et à la discipline qu’une cause telle que l’indépendance nationale dans notre contexte réclame. Chacun y allant de sa petite idée, il ne faut donc pas s’étonner que nous soyons si loin du but.



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