Le Canada en Nouvelle-France
« La perfection n’existait dans aucun domaine. […]
La semence avait besoin de se développer,
de grandir pour pouvoir suivre
la transformation de l’Amérique à cette époque.
On sent qu’elle tend vers l’industrialisation.
C’est complet mais petit… »
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Lentement, la colonie canadienne de la France prend son essor. Cette colonie est à la fois sous l’autorité de l’État et de l’Église. Une symbiose existe, mais qui n’est pas parfaite. Comme ailleurs, il y aura des crises de fonctionnement. Le Fait marquant : « Le Canada est seul et uni ; il s’appuie sur la France… ». Un nationalisme local s’affirme, de même qu’une certaine forme d’impérialisme s’exprime déjà. C’est à la fois une colonie « embryonnaire » et une colonie « apte à devenir une nation ». Le Canada vit sous l’emprise d’une colonisation « intégrale ». Il faudrait toutefois que l’essor dure assez longtemps pour produire les effets coloniaux suffisants au développement progressif du Canada. D’où l’importance de l’effort de colonisation et de protection de l’intégrité de cette société naissante. En conséquence, des moyens de tout ordre sont nécessaires et en quantité suffisante.
Aujourd’hui, nous observons un énorme contraste. La Province de Québec est une dépendance britannique du système fédéral canadian. Son Assemblée nationale est limitée par les pouvoirs qui lui sont dévolus par la Loi constitutionnel de 1867 et l’existence de la Loi constitutionnelle de 1982 avec ses multiples conséquences sur l’avenir du Québec-Français. Les limitations du gouvernement provincial sont proportionnelles à l’intensité des tentatives constantes du fédéral de maintenir et de consolider systématiquement l’union politique, économique, sociale, démographique, territoriale et culturelle du Canada-Anglais coast to coast. Cette tendance ne s’amoindrira jamais compte tenu de la pression américaine. Il est vain d’imaginer que les oppressions accidentelles cesseront complètement, car l’oppression essentielle – soit la perte de l’agir par soi collectif, le remplacement et la subordination de superposition – demeurera toujours tant et aussi longtemps que les Québécois-Français resteront annexés dans une province (une parmi les autres) du Canada entier et qu’ils se contenteront d’administrer un état provincial.
Bruno Deshaies
http://blogscienceshumaines.blogspot.com/
HIST 585 Introduction à l’histoire du Canada
Maurice Séguin
Synthèse générale de l’évolution
politique et économique
des deux Canadas
Secteur culturel : juste ce qu’il faut.
Le système des écoles n’était pas hypertrophié, mais il y avait des écoles primaires, un enseignement secondaire, un commencement d’enseignement supérieur (dans une colonie à l’époque).
c) Une colonie intégrale : au religieux. Évêché, paroisses, collèges.
d) Une colonie dirigée par l’État et l’Église : État métropolitain et colonial.
Un régime semi-socialiste, par la force des choses : « au commencement c’était l’État ». Avec Talon, ça frise même le socialisme.
L’Église du Canada s’organise (Évêque, vicaire) soutenue par l’Église de France.
e) Une colonie où s’affirme le nationalisme local :
Une petite élite de Français qui désirent rester au Canada, des Canadiens nés dans la colonie. Très tôt, ils veulent participer au gouvernement : ils deviennent conseillers du gouverneur (Vaudreuil qui sera gouverneur de Montréal et de la colonie). Dans le domaine économique, ils font tout ce qu’ils peuvent pour avoir les premiers rangs dans les entreprises lucratives ; ils travaillent aussi à conserver le plus d’intérêts possibles aux coloniaux. L’armée les intéresse aussi : on veut faire admettre des Canadiens aux postes de commande. Il existe une mentalité canadienne, une politique coloniale canadienne, une façon canadienne d’envisager les relations avec les Indiens et les autres colonies : ça ne coïncide pas toujours avec les vues de Versailles. Conflits avec les métropolitains ; crises multiples au civil comme au religieux.
f) Une colonie où existe un impérialisme :
Des Canadiens qui finissent par percer réclament des postes dans la métropole et les autres colonies (par ex. : en Louisiane, dans la marine et dans l’armée française). Une attitude normale d’impérialistes. Talon n’envisage-t-il pas le jour où le Canada enverra des hommes pour défendre la France. Sentiment filial envers la mère-patrie.
g) Une colonie avec ses imperfections :
Comme dans toute société, nous savons que le rendement est passablement faible. Il ne faut pas dire cependant que tout allait mal sous le régime français. Il y aura sans doute des difficultés intrinsèques, par ex. : le Canada est situé au nord, sa principale richesse est la fourrure, et il sera difficile d’impressionner la France pour autre chose ; à cette époque la France a en outre un surplus de blé. Au niveau des hommes des difficultés aussi : parfois des administrateurs ordinaires, peu scrupuleux (gouverneurs ou intendants)… mais c’est comme ailleurs ; elle peut être paralysée par des luttes de clans montés contre le gouverneur ; plusieurs époques de la colonie ont connu la corruption administrative.
Mais le Canada est seul et uni ; il s’appuie sur la France, qui peut corriger les erreurs de tel ou tel homme… « Mieux vaut 100 Bigots bout à bout que le règne du vertueux Murray » (selon M. Séguin).
Importance de l’intégrité d’une société…
h) Une colonie « embryonnaire » :
Il y avait de tout dans les différents secteurs : politique, économique, culturel, religieux, mais un peu comme chez un enfant. C’était peu développé ; il y avait beaucoup à faire dans tous les secteurs. La perfection n’existait dans aucun domaine. Du point de vue démographique, économique, politique, culturel, il y avait beaucoup à faire pour atteindre une vie intégrale, parfaite. La semence avait besoin de se développer, de grandir pour pouvoir suivre la transformation de l’Amérique à cette époque. On sent qu’elle tend vers l’industrialisation. C’est complet mais petit ; nécessité pour la métropole d’alimenter dans chaque domaine (un effort qui aurait suffi pour une colonisation de l’an 800 p. Christum).
i) Une colonie apte à devenir une nation si…
Si la métropole continue à protéger la colonie, à la nourrir, si le Canada continue dans la ligne de son destin, dans les conditions qui l’ont fait naître et grandir : né de la France, il a encore besoin de l’impulsion française… Il est tout près d’un puissant voisin. (À remarquer que le Canada aurait pu ne pas devenir une nation même si le régime français avait continué ; il aurait pu devenir une province d’une nation française qui se serait développé à côté de la vallée du Saint-Laurent.)
CONCLUSION
Le Canada sous la France était une colonie comme les autres du Portugal, de l’Espagne, de l’Angleterre. Une colonisation de même type humain que les précédentes. Il faut se garder d’une tendance très fréquente : isoler la colonisation française des autres.
Fondamentalement, qualitativement, par sa façon d’être, par sa nature, une ressemblance totale avec les autres colonies du même type en Amérique.
NDLE. – Cette comparaison avec les autres colonies en Amérique du Nord est brillamment exposée par l’historien américain Daniel Boorstin dans son Histoire des Américains (Paris, Laffont, révision et mise à jour en 2003, coll. « Bouquins ») en ce qui concerne la période de « L’aventure coloniale » des États-Unis. La synthèse d’Henri Boorstin confirme donc la justesse du point de vue de Maurice Séguin en 1961-1962.
UNE COLONIE DE STYLE DIFFÉRENT : (suite à la prochaine chronique)
RÉFÉRENCE :
Maurice SÉGUIN, « Synthèse générale de l’évolution politique et économique des deux Canadas. » Notes de cours établies probablement par les étudiants qui ont suivi le cours HIST 585 intitulé « Introduction à l’histoire du Canada » en 1961-1962. Description : « Sociologie du national. Les principales explications historiques de l’évolution des deux Canadas. » (Université de Montréal, Département d’histoire.)

