Le port du kirpan rejeté à l’unanimité au parlement

mercredi 9 février 2011

Jocelyne Richer La Presse Canadienne Québec - L’Assemblée nationale s’est prononcée à l’unanimité, mercredi, contre le port du kirpan au parlement.

Les 113 députés présents en Chambre au moment du vote en fin de journée, incluant le premier ministre Jean Charest, ont tous voté en faveur de la motion présentée par l’opposition péquiste.

Cependant, l’interprétation à donner à cette motion n’était pas la même des deux côtés de la Chambre.

Les péquistes voulaient forcer la main au gouvernement Charest, pour qu’il affiche la neutralité de l’État québécois sur le plan religieux.

Les libéraux ont plutôt choisi d’éviter le terrain miné de la politique, en restreignant le champ d’action de la motion à une simple question de sécurité des lieux.

La députée péquiste de Rosemont, Louise Beaudoin, porte-parole sur les questions de laïcité, avait déposé sa motion pour affirmer que la neutralité de l’État devait avoir préséance sur la liberté religieuse de l’individu et le port de signes religieux, tels que le kirpan.

Le modèle du multiculturalisme à la canadienne n’est donc certainement pas celui à retenir pour le Québec, a réaffirmé Mme Beaudoin, en point de presse, avant le début du débat sur sa motion, qui a duré deux heures.

La motion prenait prétexte d’un incident récent, impliquant des sikhs portant leur kirpan, pour relancer le débat sur la place de l’expression religieuse dans les institutions publiques québécoises.

Le 18 janvier dernier, quatre membres de la communauté sikhe se sont fait refuser l’entrée à l’Assemblée nationale, parce qu’ils ne voulaient pas se séparer du poignard qu’ils portent pour des raisons religieuses.

Les quatre membres du World Sikh Organization of Canada, deux hommes et deux femmes, s’étaient présentés en vue de témoigner devant la commission parlementaire qui étudie le projet de loi 94 visant à interdire le port du voile intégral dans les services publics.

Le service de sécurité de l’Assemblée nationale avait alors jugé que le poignard sikh était en fait une arme blanche et n’avait donc pas sa place au parlement.

Les sikhs avaient refusé de laisser leur kirpan en consigne, comme on les avait invités à le faire pour les accommoder.

Deux droits s’affrontaient ici : la liberté religieuse et le droit à la sécurité, a plaidé Mme Beaudoin, toujours prête à défendre le principe de la nécessaire séparation entre l’Église et l’État.

« Il faut choisir un de ces droits-là et quand tu es dans un État laïque, tu fais le choix que la liberté de religion a des limites », a-t-elle fait valoir.

En appui à sa position, elle a dit que dans tous les édifices des Nations unies, à New York ou à Genève, le port du kirpan était aussi prohibé.

Au terme de l’exercice, le leader parlementaire de l’opposition péquiste, Stéphane Bédard, a déploré la position adoptée par les libéraux qui, selon lui, ont choisi de « refuser le débat, de repousser le débat » plus vaste que cherchait à faire le PQ.

Un peu plus tôt, la ministre de l’Immigration, Kathleen Weil, qui pilote le projet de loi 94, avait dit lors d’un bref point de presse qu’elle était prête à endosser la motion.

Mais elle avait annoncé ses couleurs en disant vouloir rester sur le terrain « pragmatique » de la sécurité des lieux, refusant ainsi l’invitation péquiste d’élargir le débat à la sphère politique.

« Je soutiens cette décision (d’interdire l’entrée aux sikhs s’ils portent un kirpan) qui a été vraiment prise pour des raisons de sécurité », a-t-elle dit, reprenant pour l’essentiel la position qu’elle avait exprimée le 18 janvier, à la suite de l’incident.

Selon elle, la motion n’était pas nécessaire.

Le député de Mercier, porte-parole de Québec solidaire, Amir Khadir, qui défend le droit des femmes musulmanes de porter le voile, a voté en faveur de la motion lui aussi, en faisant valoir que, le 18 janvier, les sikhs avaient « provoqué une tension qui n’est pas nécessaire ».

Les adéquistes et les députés indépendants ont aussi appuyé l’initiative péquiste.

Cette dernière, dans son libellé, visait à amener l’Assemblée nationale à « appuyer sans réserve » la décision de la direction de la sécurité d’interdire le port du kirpan en ses murs, « appliquant ainsi le principe de la neutralité de l’État ».


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