En complément à la chronique de notre croqueuse de mots au sujet de l’interpellation de Dany Laferrière auprès des intellectuels, je vous fais parvenir un texte s’adressant à Louis Hamelin et que les médias n’ont pas cru bon de publier.
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Le piano désaccordé de Monsieur Hamelin
J’ai beaucoup de respect pour Dany Laferrière. Son intervention auprès des intellectuels interpellait, le 12 janvier dernier, le critique littéraire Louis Hamelin, originaire de St-Séverin. Ce dernier, généralement attitré aux critiques littéraires du Devoir, y allait d’affirmations peu flatteuses à l’endroit des gens de St-Séverin et d’Hérouxville. La population de ces régions s’est sentie très mal à l’aise et gênée par les propos de M. Hamelin et je ne peux la blâmer.
Lors d’une récente conférence que je donnais à Shawinigan en compagnie de M. André Drouin, un intervenant se demandait s’il ne fallait pas définir plus adéquatement ce qu’est un intellectuel dans la modernité québécoise. Depuis l’action d’Hérouxville, vous comprendrez que la genèse des idées circulant dans le cerveau de certains de nos intellectuels démontre de manière parfois générale une réelle absence de jugement alors qu’il s’agit d’une notion essentielle pour échapper aux dérapages.
Dans son article, ’Les joueurs de piano’, M. Hamelin parle de « ce
Hérouxville surnommé Saint-Timothée-à-Marde du temps de mes parents et qui
ne sentait alors que le fumier. Aujourd’hui, c’est le monde entier qui se
bouche le nez ». Comme prouesse pianistique, avouons que la technique
étonne ! Jouer sur un piano désaccordé nous mérite rarement une médaille au
concours de l’insulte et de l’insanité. Peut-être M Hamelin a-t-il trop
suivi les conseils (tels qu’il le souligne) d’André Pratte de La Presse et
que ses jeux de mots comportent un sens qu’il ne souhaitait pas.
Cependant, Hérouxville n’a pas à vivre de proverbes tels que cités par M. Hamelin, (« À panse remplie de pâté à la viande, cerveau au repos ») pour que ses actions, légitimes parce que démocratiques, soient l’objet d’un débat de société qui, soit dit en passant, rappelle étrangement les discussions faisant rage dans tous ces pays modernes en crise ayant adopté la politique du multiculturalisme. Je répliquerai tout de même par un proverbe qui pourrait satisfaire Hamelin-en-Québec : ‘À panse légère, pensées troubles’.
Les nourritures de l’esprit, vous connaissez M. Hamelin ? Vous citiez Gérald Godin (il était petit cousin de ma mère) « qui n’aurait jamais craché sur un petit peuple » et de l’exemplaire Victor-Lévy Beaulieu. Comment expliquer que vous ne puissiez les imiter ? Serait-ce que vous en êtes incapable ? Curieux tout de même que la force des uns amenuise davantage la faiblesse des autres, ceux-là même dont le mépris est leur seul leitmotiv.
Ne vous étonnez pas que d’ici quelques années, Hérouxville soit perçue comme celle qui aura redonné au Québec le goût de débattre des véritables enjeux. Après tout, le Québec doit assumer pleinement sa modernité. Hérouxville l’a compris, tout comme les régions d’ailleurs.
Bernard Thompson
Hérouxville
— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —

