Vigile.net
VIGILE (UNE) :
« Veille d’une grande fête »

VIGILE (UN) :
« Gardien dans la nuit »
             
Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
Financement 2008
 12011$  60%  
Objectif : 20000$
Le pays qui n’est pas un pays, la nation qui n’est pas une nation
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
samedi 5 juillet 2008      295 visites      8 messages


François Fillon, premier ministre d’un grand pays, la France, a parlé jeudi dernier d’entente entre son pays et le « pays » du Québec à au moins deux reprises dans son discours.

Paraît-il que le “pays” de M. Fillon n’a pas plu à Ottawa, capitale d’un vrai pays, qui chaperonne, comme le dit Vincent Marissal, la relation d’amour entre la France et le Québec. Le premier ministre de Nicolas Sarkozy, visiblement, le savait, et il s’est empressé de corriger ce qu’il a dit. Le mot « nation » aurait été plus approprié, a-t-il admis. « Le mot pays a plusieurs sens, a-t-il dit. Chez moi, un pays est un endroit où il y a des paysans. »

En France, quand on veut faire l’éloge de la Provence, on dit : “ C’est un beau pays”. Les mots ont plusieurs sens nous apprend François Filion. Il aurait fallu parler, dit-il, d’ententes signées entre la France et le Québec, “de nation à nation”. Mais encore là, le mot nation a plusieurs sens. La nation française est une vraie nation comme elle est un vrai pays avec tous les pouvoirs d’un Etat souverain. Le Québec nous ont appris Stéphane Dion et Stephen Harper est une nation...sociologique pas une nation politique qui a tous les pouvoirs d’un Etat souverain. Les Québécois et Québécoises forment une nation (sociologique) dans un Canada (une nation politique, “a nation” en anglais, langue du dominant) uni, l’unité du Canada étant la condition sine qua non de la reconnaissance de l’existence de cette nation sociologique.

Quand la France signe des ententes avec le Québec, nous avons un pays qui s’entend avec une province qui n’est pas un pays, nous avons une nation qui s’entend avec une nation sociologique qui n’est pas une nation politique. En effet, les mots ont plusieurs sens. Nous ne sommes pas dupes. On aura remarqué que François Filion, en homme distingué qui connaît les usages a eu la délicatesse de ne pas employer le mot “province” de Québec qui aurait été franchement “provincial”.

On a aussi entendu Steven Harper redire clairement que les francophones du Québec, les Québécois et les Québécoises (en français) forment une nation dans un Canada uni et que le Parlement d’Ottawa l’a reconnu. C’est la carte de visite du premier ministre du Canada quand il vient faire un tour au Québec, une carte de visite sans aucun contenu digne de ce nom. Ce concept de “nation”, c’est de la fausse monnaie qui a une influence inversement proportionnelle au degré de politisation des Québécois. Comme avec l’autonomie de Mario Dumont, plus tu es politisé moins tu te laisses impressionner.

Or, dans cette conception de la nation québécoise de Steven Harper qu’il vient encore d’exprimer sous les yeux de Champlain sous la pluie à Québec dans un discours "politique", si ce sont les francophones du Québec, les Québécois et les Québécoises (en français) qui forment la nation québécoise, que deviennent alors les Quebecers et assimilés ? Les anglophones et anglophiles du Québec ne sont pas des Québécois ? Poser la question c’est s’interroger sur une conception de la nation québécoise qui semble ethnique et qui refuse de reconnaître que tous ceux et celles qui habitent le Québec sont des Québécois, ce qui permettrait de conclure que Steven Harper se montre de plus en plus comme un faussaire comme quand il fait de Michaëlle Jean l’héritière de Champlain.

Allons plus loin. Acceptons la conception Harper-Dion et tirons-en les conséquences.

Si les Québécois et les Québécoises (sous-entendu "francophones") forment une nation dans un Canada uni, que deviennent les Quebecers (anglophones) et assimilés qui habitent le Québec mais ne font pas partie des Québécois et Québécoises et donc ne font pas partie de la nation québécoise telle que définie par Harper-Dion ? Si la nation québécoise francophone a à se prononcer sur son avenir en tant que nation, pourquoi les Québecers et assimilés auraient-ils le droit de vote puisqu’ils ne font pas partie de la nation québécoise ? Au nom de quoi auraient-ils le droit d’empêcher 61% (comme en 1995) de la nation québécoise d’accéder à sa souveraineté, eux qui ne font pas partie de cette nation ?

Vous êtes donc placé devant un dilemme : ou la conception de la nation de Harper-Dion est de la bullshit ou elle est valable et il faut en tirer les conséquences sur le droit à l’autodétermination de ce peuple et de cette nation telle que définie par eux.

A qui s’applique le droit à l’autodétermination des peuples ? Est-ce quelqu’un pourrait m’expliquer où ma logique fait défaut ?

En attendant, mon pays ce n’est pas un pays c’est l’hiver même en juillet, ma nation, ce n’est pas une nation, c’est une promesse d’avenir.

Robert Barberis-Gervais, Vieux-Longueuil, 5 juillet 2008

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —


Envoyer un message privé à Robert Barberis-Gervais




Vos commentaires:
  • Le pays qui n’est pas un pays, la nation qui n’est pas une nation
    5 juillet 2008, par Gébé Tremblay

    Charles Aznavour qui reçoit l’Ordre du Canada des mains de la reine-nègre !

    La confirmation de la mort de la chanson française.

    Cette chanson française interdite sur nos ondes québécoises parce-qu’elle n’est pas un produit canadien !

    Charlebois, Aznavour, Dufresne... j’enterre vos disques et CD dans mon potager car ils ne sont plus écoutables et ainsi ce qui en sortira sera au moins mangeable !

    "Emmenez-moi au bout du plusss meilleur pays au monnnde !"

    Prout ! Prout !

    "Take me along ! Take me along !"

    Rattattattatta !!

    Quelques actions dans Barrick Gold avec çà, Charlie ?!


  • Le pays qui n’est pas un pays, la nation qui n’est pas une nation
    6 juillet 2008

    S’il y avait un domaine où le fédéral était très prudent, c’est bien celui de la chanson. Et bien voilà, il ose de plus en plus.

    Le fédéral continue de nous déhabiller afin de porter nos vêtements. Nous finirons nus comme des vers.

    ET les nôtres sont si lâches...et si vaniteux... Que ne feraient-ils pas pour recevoir des médailles.

    Marie Mance V


  • Le pays qui n’est pas un pays, la nation qui n’est pas une nation
    6 juillet 2008, par Marcel Haché

    Ce que recherche Harper en but ultime, c’est la tranquillisation de l’Ontario. Une des conditions importantes, peut-être la plus importante, faite aux conservateurs pour qu’ils progressent en Ontario, et, éventuellement de pouvoir y faire des gains, qui assureraient une majorité conservatrice à Ottawa, repose sur la tranquillisation PRÉALABLE du Québec (qui ne permet pas, lui, d’aussi grands espoirs aux conservateurs).

    Ce n’est pas la première déclaration qu’il fait qui porte à en déduire qu’il largue l’électorat anglophone du Québec. Et sa reconnaissance du côté ethnique francophone de notre nation incite les nationalistes (sens large) du Québec à temporiser, à hésiter, et souvent à lui accorder le bénéfice du doute. C’est le but recherché.

    Comme la communauté anglophone a beaucoup de députés dans le gouvernement de Charest, ce genre de déclarations de Harper ne l’inquiète pas trop. De toute façon, ni Harper, ni les membres de cette communauté, ne s’estiment beaucoup. Et Harper ne prévoit sans doute pas faire beaucoup de gains auprès de cette communauté. Peut-être la plus rouge du Canada ! Mais il craint cette minorité de braillards ! C’est cette minorité qui peut mettre le feu qu’il redoute tant en Ontario. Voyez maintenant l’empressement des deux partis fédéraux, P.C.et P.L. à étouffer les niaiseries du député ontarien Garth Turner. Cela fait au moins 50 ans que le fédéralisme canadien est pris en otage par cette minorité québécoise, qui refuse, effectivement, d’être une minorité québécoise. Les appuis les plus durs à Trudeau, dans le passé, lui étaient venus d’elle, comme aujourd’hui les appuis les plus durs à Charest viennent de cette minorité braillarde.

    Vous avez bien raison de poser la question de ce qui arrive à cette minorité vis-à-vis notre nation. En particulier du droit à l’autodétermination. Mais Harper, il est dans une autre logique, il n’abandonne maintenant que politiquement, électoralement--- et seulement temporairement--- cette minorité anglophone québécoise. Il ne l’abandonne pas constitutionnellement. C’est la raison (je sais bien que je ne vous l’apprends pas) pour laquelle il utilise maintenant le terme « Uni » pour désigner le Canada. C’est sa façon polie de nier notre droit à l’autodétermination.

    L’entreprise actuelle de Harper---et aussi de Dion, qui s’en fait complice---c’est moins une entreprise de « réconciliation nationale »canadienne qu’une offensive très habile et très dure---et d’autant plus dure parce qu’elle est très habile--- à l’encontre du mouvement souverainiste et indépendantiste québécois. Il n’a jamais caché qu’il favorisait un gouvernement fédéraliste à Québec. Il s’y active.

    Remisant l’idée du référendum, le P.Q., en face, s’est désarmé lui-même. Et notre nation avec lui.

    Si l’allié de Harper, Jean Charest, était réélu demain, comme le laisse entrevoir les sondages---pas besoin de sondages pour le prévoir--- c’est bien lui, Charest, au légendaire sens de l’humour, qui pourrait dire alors : des indépendantistes au Québec ? Où çà ! Pas dans le P.Q. j’espère !

    Ce serait les fédéralistes, en effet, qui pourraient définir notre nation.


  • Le pays qui n’est pas un pays, la nation qui n’est pas une nation
    6 juillet 2008
    Erreur. Un million injecté par Patrimoine-Canada pour la fête apolitique du 400e, aurais-je du écrire. Désolé.
  • Le pays qui n’est pas un pays, la nation qui n’est pas une nation
    7 juillet 2008, par Rodrigue Guimont, St-Profond-des-Hauteurs

    Je dirais plus, je dirais même, et j’ajouterais (pour paraphraser le notaire dans « Les Belles histoires des Pays d’en haut ») que vous avez partiellement raison, en ce sens que, ce qu’a reconnu Harper c’est la nation canadienne française, à l’intérieur du Canada et dont le Québec est le berceau. Vous voyez le piège ?...

    La reconnaissance par l’Unesco de notre patrimoine oral et immatériel (notre langue du 18ième siècle par exemple et ses expressions bien spécifiques à notre histoire et notre culture. Lire à cet effet, « 101 mots à sauver du français d’Amérique » de Hubert Mansion aux éditions Michel Brûlé) aiderait grandement à la survie sinon à l’indépendance du Québec.

    Je pense que le Québec votera « oui » le jour où la langue sera menacée et où l’assimilation ou la louisianisation du Québec, sera incontestable et incontesté, preuves à l’appui. Jean Charest le sait et le sent, d’où cette nouvelle ritournelle depuis quelque temps : donner l’impression de vouloir sauvegarder à tout prix la langue québécoise et favoriser d’autre part l’usage de l‘anglais…


  • Le pays qui n’est pas un pays, la nation qui n’est pas une nation
    7 juillet 2008

    La "logique" Harper-Dion conduit à ceci et leur façon de voter "NON" au référendum de 1995 à plus de 90% (je donne un chiffre rond et certain) le confirme : ceux qui ne sont pas "francophones" et qui habitent le Québec et qui, selon Harper-Dion, ne font pas partie des Québécois et des Québécoises qui forment une nation (sociologique), ces Anglophones et assimilés (immigrants et allophones) qui habitent le Québec font partie de la nation "canadian" (qui est une nation politique).

    En 1995, ces "canadians" qui habitent au Québec ont empêché, "objectivement", 61% de la nation québécoise telle que définie par le tandem Harper-Dion d’accéder à la souveraineté-partenariat.

    Si ces "canadians" ne votaient pas lors d’un référendum sur l’indépendance, ils pourraient vouloir se rattacher aux canadians at large et se séparer du territoire du Québec par une partition.

    Ce genre de logique dans laquelle nous engage la résolution votée aux Communes montre bien que c’est, comme je l’ai dit élégamment, de la "bullshit". Que le Bloc québécois ait voté en faveur de cette résolution suite à l’erreur stratégique majeure d’avoir présenté une motion sur la "nation", motion récupérée et déformée (comme on vient de le voir) par Harper-Dion, ce vote du Bloc me dépasse. Que Gilles Duceppe et Bernard Landry (qui adore le mot "nation") tentent de récupérer à leur tour cette notion de nation qui, dans le contexte réel politique actuel, est une hyperbole ou, en anglais, "an overstatement", c’est un petit jeu dangereux qui a donné l’occasion à François Filion de faire un bel exercice de patinage de fantaisie. Les leaders souverainistes croient qu’à force de dire aux Québécois qu’ils forment une nation, ils vont finir par se comporter comme des citoyens qui forment une vraie nation politique.

    Voilà ce qu’il faut comprendre quand on entend Steven Harper d’une façon doucereuse dire aux Québécois qu’ils forment une nation comme s’il nous faisait une faveur alors que le mot clef et important de son discours c’est "dans un Canada uni".

    Lors des référendum de 1980 et de 1995, tous les Québécois, c’est-à-dire tous les habitants du Québec, "la belle province", ont eu le droit de vote et 94% d’entre eux ont exercé ce droit de vote. Ce sont des précédents incontournables. Le peuple québécois est formé de Franco-Québécois et d’Anglo-Québécois (comme les définit Marc Brière) qui formeront une nation politique quand la majorité d’entre eux l’aura décidé. Dans un avertissement au début de ses Mémoires, Marc Brière écrit : "J’utilise les mots Franco-Québécois et Anglo-Québécois non pas pour désigner les Québécois d’ascendance française ou anglaise dits "de souche", mais tous ceux qui sont d’expression française ou anglaise ou en voie d’intégration à l’une ou l’autre collectivité, quelle que soit leur origine ethnique." Cette façon de voir peut avoir son utilité.

    En conclusion, le mot nation de Harper-Dion a des connotations ethniques puisqu’il semble désigner les francophones du Québec et spécifiquement les "canadiens-français" : il y a d’ailleurs un ministre qui a démissionné pour cette raison. Je ne vois vraiment pas en quoi ce que le Parlement d’Ottawa a voté sur la nation donne quoi que ce soit au Québec. En pratique, le seul but est électoral car par cette entourloupette le Parti conservateur vise à attirer la clientèle adéquiste, une clientèle toute disposée à se faire endormir comme elle l’a été et le sera encore par l’autonomie abstraite, virtuelle, fantasme et blabla de Mario Dumont.

    Robert Barberis-Gervais, 7 juillet 2008


  • Patrimoine oral de l’Unesco
    7 juillet 2008, par Normand Desjardins

    Et pourquoi pas ?

    La langue des Québécois inscrit au patrimoine oral et immatériel de l’Unesco au même titre que, la langue des Garifuna, les danses et les discours chantés du Tonga, les théâtres de marionnettes siciliens, pas mal… http://www.unesco.org/culture/ich/index.php ?lg=FR&pg=00107

    Des mots bien d’ici comme : achalerie, amarrer, baraguiner, mouffette, robineux, carcajou, adon, s’abrier, mitaine, sargaillone, s’enfarger, alable, revoyure, canot, noirceur, outarde, s’assire, etc… mériteraient d’être protégés au même titre qu’une appellation contrôlée afin qu’ils ne disparaissent jamais de notre vocabulaire.

    Qui prendra ce dossier ?


  • Le pays qui n’est pas un pays, la nation qui n’est pas une nation
    21 juillet 2008, par L.P
    Intéressant votre texte et les commentaires qui suivent. J’ai l’impression que le Bloc voulait forcer la main du fédéral mais que les rusés Harper et Cannon on changé la nature de la motion un peu. Ils étaient internationalement et électoralement dans une situation embarrassante. S,ils rejettaient la motion, le Canada perdait toute crédibilité aux yeux du monde et les conservateurs auprès de l’électorat québécois. Les compères ont donc contourné la question en y ajoutant l’assaisonnement ¨dans un Canada uni¨. Le Roc inquiet, Dion s’est empressé avec joie de dire que cette nation c’était de la foutaise afin de gagner sa course à la chefferie, course dont il n’a pas encore remboursé les coûts tel que l’exige la loi. Et treize députés anglos, libéraux, ont voté contre la motion. Valeur purement symbolique. Une motion par laquelle le Bloc voudrait trenférer des pouvoirs au Québec. Il ne réussira pas car Harper risquerait de perdre le vote du Roc alors. Ils ne nous reste plus qu’à faire comme le croates. Avec 67% de croates en Croatie, ils ont voté, lors d’un référendum à 65% pour l’indépendance de leur territoire et ont fait sécession de la fédération autoritaire de Yougoslavie. Mais est-ce qu’on se tiendra DEBOUT NOUS AUSSI ?
8 septembre 2008
Bloc québécois

St-Lambert

8 septembre 2008
Bloc québécois

Wesmount-Ville-Marie

  • Vigile.net a besoin de votre appui financier. N’hésitez pas à contribuer à sa production.
    Joignez-vous aux Amis de Vigile.
  • Objectif 2008: 20000$
     12011$  60%  
  • Pour contribuer en ligne 
         Nom:
    Courriel:
       Anonyme
    Montant: $

  • Contributions récentes :
    21/08 Salem Farid : 100$
    18/08 Pierre Fortier : 100$
    18/08 Simon Roy : 10$
    15/08 Ouhgo : 100$
    9/08 Robert Alarie : 50$
    Toutes les contributions
  • Merci beaucoup! -Vigile.net