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Monsieur Desmarais,
Le 25 septembre 2005, l’écrivain Claude Jasmin vous a écrit pour vous faire une demande pleine de bon sens. Il vous a pressé d’ajouter à l’équipe éditoriale menée par le fédéraliste-à-tout-prix André Pratte, un ou une éditorialiste indépendantiste par respect pour plus de la moitié des lecteurs et des lectrices de La Presse qui ne sont pas fédéralistes. Avec sa verve habituelle, l’auteur de La Petite patrie apportait des arguments économiques qui auraient dû vous faire réfléchir : n’aviez-vous pas peur de perdre des lecteurs incapables de supporter plus longtemps les positions politiques pro-Canada ou anti-souverainistes de la page éditoriale et des chroniqueurs ! D’autant plus que ces lecteurs pourraient être attirés par la créativité que démontrent les reportages fort pertinents du principal concurrent, le Journal de Montréal, sur la langue parlée dans les commerces de Montréal ou sur les valeurs des différentes générations au Québec.
Claude Jasmin n’a pas su vous toucher. Plus de deux ans plus tard, il n’y a toujours pas d’éditorialiste ou de chroniqueur souverainiste dans votre journal de la rue Saint-Jacques. De plus, comme le soulignait Jasmin, un dosage savant des lettres de lecteurs ou des libres opinions peut sembler montrer un peu d’ouverture mais ce n’est qu’une fausse apparence car la proportion est à 7 contre un. Par exemple, une libre opinion de Louis Bernard sur les gestes de souveraineté de Pauline Marois était neutralisée en bas de page par un autre texte : Cessons ce vacarme ! dont le titre dit tout. Votre rédacteur en chef, ce Hummer idéologique, il lui arrive d’insulter les Québécois, comme la fois où il a appelé dérisoirement Chevalier De Lorimier et Maurice Richard, “le pendu et le suspendu” parce que le récit du drame de l’un et des déboires de l’autre causés par les Anglais nuisait à la cause fédéraliste. En souvenir des exploits de Maurice Richard que vous avez vu jouer et que vous admirez, vous pourriez demander à un de vos subalternes d’avertir André Pratte que ses excès de zèle le conduisent à des jeux de mots stupides qui ne font même pas rire les parvenus de la rue Saint-Jacques.
Mais Claude Jasmin n’est pas naïf et s’attendait à votre non-réponse. L’écrivain prolifique sait que La Presse et les autres journaux de Gesca sont pour vous un instrument puissant d’action politique. A propos de La Presse, sur la question des gestes de souveraineté et du français parlé dans les commerces de Montréal, votre investissement a donné un haut rendement. Vos employés se sont surpassés. Ils étaient tous en mission.
Tellement qu’Yves Boisvert s’en est mêlé et, dans son empressement, il s’est trompé, ce qui lui arrive rarement. Il a écrit, vendredi le 18 janvier : “La journaliste n’a pas été refusée dans 82 commerces sur 97, même si elle a effectivement travaillé dans 15 d’entre eux. Seulement huit ont refusé sa demande expressément parce qu’elle ne parlait pas français ; 55 étaient prêts à l’embaucher. Je présente donc mes excuses.”
Pierre Foglia qui, comme vous le savez est incontrôlable, a été aussi mobilisé. L’épicurien féru d’authenticité et d’art de vivre a recommandé un plat de cuisine indienne (de l’Inde) “du chou-fleur et une patate dans une sauce rouge” et “c’était écoeurant”. Après nous avoir mis l’eau à la bouche et indiqué le nom du restaurant, il a conclu (bêtement, m’a dit ma femme) : “on n’y parle pratiquement pas français et je n’en ai rien à foutre”. Un restaurant Indien où ça parle anglais, n’est-ce pas plus authentique de toutes façons. L’important, c’est de bien manger et la langue eh bien “Fuck” comme Saku Koîvu, le capitaine des Canadiens, n’a pas à parler le français : ce qu’on lui demande, c’est de compter des buts. Et je ne parle pas de votre fidèle serviteure Lysiane Gagnon qui pense qu’on ne peut rien faire au Québec à moins d’avoir gagné un référendum. Elle semble ignorer que par une élection, un gouvernement peut recevoir le mandat de poser des gestes de souveraineté comme le furent la nationalisation de l’électricité et la loi 101. Que ces gestes légaux soient qualifiés par Vincent Marissal de néo-fédéralisme ne réussira pas à semer la zizanie dans le camp souverainiste. N’est-ce pas après avoir constaté que le Canada était incapable de pratiquer un vrai fédéralisme qui donne au Québec tous les pouvoirs dont il a besoin pour se développer que René Lévesque a écrit son livre Option Québec !
Vous êtes l’homme le plus riche du Québec. Votre fortune est évaluée à 4.4 milliards. Vous êtes né à Sudbury dans le nord de l’Ontario ce qui explique votre attachement au Canada comme le fait d’avoir une mère anglaise expliquait l’engagement politique de Pierre Trudeau, Paul Martin et Jean Charest. Votre investissement pour créer un pont d’or à Jean Charest a été une bonne décision. Votre poulain monte dans les sondages grâce aux femmes de son conseil des ministres : et vous savez, je suppose, que dès qu’une élection est déclenchée le vote des anglophones et des allophones donne plus de 30 comtés au Parti libéral en partant. Ça va moins bien pour Stéphane Dion : erreur stratégique, votre journal a publié trop de textes baveux de Dion : des Québécois s’en souviennent ainsi que de la loi sur la clarté.
Le 4 janvier, vous avez eu 81 ans. Bien que je désapprouve complètement l’action idéologique systématique de vos journaux de Gesca contre l’indépendance du Québec, je vous souhaite santé et longue vie et vous demande d’intervenir pour que vos avocats cessent de harceler Vigile.net et Le Québécois qui sont des nécessités pour la vie démocratique au Québec, Les deux millions de Québécois et de Québécoises qui ont voté oui en 1995 ont aussi le droit de s’exprimer et d’être informés.
Sur une note plus personnelle, votre ami Claude LeSauteur est décédé récemment. Avez-vous invité votre nouvelle députée Mme Pauline Marois à venir visiter votre magnifique domaine familial à Sagard question de lui montrer un vrai château qui lui ferait oublier sa modeste demeure de l’ïle Bizard puisqu’il fait concurrence au Manoir Richelieu. J’espère que vous prenez toujours plaisir à prendre des marches le long de la mer à West Palm Beach même si Conrad Black brille par son absence. Serez-vous invité au mariage de Nicolas Sarkozy ; faites la bise pour moi à Carla Bruni. Je serais déçu si j’apprenais que vous vous réjouissez des déboires de Pierre-Karl Péladeau.
Dommage que vous ne puissiez jouir de l’hiver québécois. Plusieurs tempêtes de neige ont blanchi le paysage de la belle région de Charlevoix. Encore une fois, dormez en paix. La Presse et ses artisans veillent au grain. Je n’ai pas voulu trop vous déranger dans votre retraite floridienne bercée par le cri des mouettes. Pendant que le soleil dans son baissant se prépare à disparaître derrière les montagnes de votre domaine de Charlevoix, vous ne serez pas là pour entendre le hurlement d’un coyote et peut-être aussi le cri d’un grand-duc égaré dans le sous-bois entre les grosses épinettes noires quand la nuit descend sur notre pays que nous aimons... et que vous nous empêchez de créer.
Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 22 janvier 2008
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Monsieur Boivin, vous écrivez en conclusion :
"Tant qu’à moi, jamais tu ne pourras, malgré ton nom francais, malgré ta richesse, compléter,au nom de tes nouveaux frères, leur sale conquête, qui a donné lieu à ton abandon, pas plus que son emprise totale sur ce que nous sommes ! Desmarais, vas chez le diable ! "
L’emportement nous fait toujours négliger notre bonne orthographe(si vous êtes comme moi vous cherchez à vous corriger) 1 : "Tant qu’à" précède un infinitif. Dc ici : "Quant à moi..." 2 : "Va chez le diable" et non "Vas" ça vous a échappé !
Je le dis parce que le Vénérable se vante à la grandeur du monde d’être un réel Canadien-français et il insiste sur sa différence. Et vu son âge, je le soupçonne d’écrire le français sans fautes. S’il fallait qu’il tombe sur notre site secret, clandestin et subversif, il pourrait se faire fort de dénoncer nos faiblesses d’orthographe comme conséquence de notre vil repli sur nous-mêmes, privés des Lumières de la Mondialisation néo-libérale salvatrice et ENRICHISSANTE par sa diversité langagière et multiethnique plurielle ou GLOBALE...

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