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Chaque fois que les Québécois ont abandonné pour un temps le projet d’indépendance, nous sommes devenus tout croches, nous nous sommes perdus, comme maintenant. - Yvon Deschamps 2002
             
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Lettre ouverte à Paul Desmarais
Le pays que vous nous empêchez de créer
Robert Barberis-Gervais
Tribune libre de Vigile
mardi 22 janvier 2008      422 visites      4 messages


Monsieur Desmarais,

Le 25 septembre 2005, l’écrivain Claude Jasmin vous a écrit pour vous faire une demande pleine de bon sens. Il vous a pressé d’ajouter à l’équipe éditoriale menée par le fédéraliste-à-tout-prix André Pratte, un ou une éditorialiste indépendantiste par respect pour plus de la moitié des lecteurs et des lectrices de La Presse qui ne sont pas fédéralistes. Avec sa verve habituelle, l’auteur de La Petite patrie apportait des arguments économiques qui auraient dû vous faire réfléchir : n’aviez-vous pas peur de perdre des lecteurs incapables de supporter plus longtemps les positions politiques pro-Canada ou anti-souverainistes de la page éditoriale et des chroniqueurs ! D’autant plus que ces lecteurs pourraient être attirés par la créativité que démontrent les reportages fort pertinents du principal concurrent, le Journal de Montréal, sur la langue parlée dans les commerces de Montréal ou sur les valeurs des différentes générations au Québec.

Claude Jasmin n’a pas su vous toucher. Plus de deux ans plus tard, il n’y a toujours pas d’éditorialiste ou de chroniqueur souverainiste dans votre journal de la rue Saint-Jacques. De plus, comme le soulignait Jasmin, un dosage savant des lettres de lecteurs ou des libres opinions peut sembler montrer un peu d’ouverture mais ce n’est qu’une fausse apparence car la proportion est à 7 contre un. Par exemple, une libre opinion de Louis Bernard sur les gestes de souveraineté de Pauline Marois était neutralisée en bas de page par un autre texte : Cessons ce vacarme ! dont le titre dit tout. Votre rédacteur en chef, ce Hummer idéologique, il lui arrive d’insulter les Québécois, comme la fois où il a appelé dérisoirement Chevalier De Lorimier et Maurice Richard, “le pendu et le suspendu” parce que le récit du drame de l’un et des déboires de l’autre causés par les Anglais nuisait à la cause fédéraliste. En souvenir des exploits de Maurice Richard que vous avez vu jouer et que vous admirez, vous pourriez demander à un de vos subalternes d’avertir André Pratte que ses excès de zèle le conduisent à des jeux de mots stupides qui ne font même pas rire les parvenus de la rue Saint-Jacques.

Mais Claude Jasmin n’est pas naïf et s’attendait à votre non-réponse. L’écrivain prolifique sait que La Presse et les autres journaux de Gesca sont pour vous un instrument puissant d’action politique. A propos de La Presse, sur la question des gestes de souveraineté et du français parlé dans les commerces de Montréal, votre investissement a donné un haut rendement. Vos employés se sont surpassés. Ils étaient tous en mission.

Tellement qu’Yves Boisvert s’en est mêlé et, dans son empressement, il s’est trompé, ce qui lui arrive rarement. Il a écrit, vendredi le 18 janvier : “La journaliste n’a pas été refusée dans 82 commerces sur 97, même si elle a effectivement travaillé dans 15 d’entre eux. Seulement huit ont refusé sa demande expressément parce qu’elle ne parlait pas français ; 55 étaient prêts à l’embaucher. Je présente donc mes excuses.”

Pierre Foglia qui, comme vous le savez est incontrôlable, a été aussi mobilisé. L’épicurien féru d’authenticité et d’art de vivre a recommandé un plat de cuisine indienne (de l’Inde) “du chou-fleur et une patate dans une sauce rouge” et “c’était écoeurant”. Après nous avoir mis l’eau à la bouche et indiqué le nom du restaurant, il a conclu (bêtement, m’a dit ma femme) : “on n’y parle pratiquement pas français et je n’en ai rien à foutre”. Un restaurant Indien où ça parle anglais, n’est-ce pas plus authentique de toutes façons. L’important, c’est de bien manger et la langue eh bien “Fuck” comme Saku Koîvu, le capitaine des Canadiens, n’a pas à parler le français : ce qu’on lui demande, c’est de compter des buts. Et je ne parle pas de votre fidèle serviteure Lysiane Gagnon qui pense qu’on ne peut rien faire au Québec à moins d’avoir gagné un référendum. Elle semble ignorer que par une élection, un gouvernement peut recevoir le mandat de poser des gestes de souveraineté comme le furent la nationalisation de l’électricité et la loi 101. Que ces gestes légaux soient qualifiés par Vincent Marissal de néo-fédéralisme ne réussira pas à semer la zizanie dans le camp souverainiste. N’est-ce pas après avoir constaté que le Canada était incapable de pratiquer un vrai fédéralisme qui donne au Québec tous les pouvoirs dont il a besoin pour se développer que René Lévesque a écrit son livre Option Québec !

Vous êtes l’homme le plus riche du Québec. Votre fortune est évaluée à 4.4 milliards. Vous êtes né à Sudbury dans le nord de l’Ontario ce qui explique votre attachement au Canada comme le fait d’avoir une mère anglaise expliquait l’engagement politique de Pierre Trudeau, Paul Martin et Jean Charest. Votre investissement pour créer un pont d’or à Jean Charest a été une bonne décision. Votre poulain monte dans les sondages grâce aux femmes de son conseil des ministres : et vous savez, je suppose, que dès qu’une élection est déclenchée le vote des anglophones et des allophones donne plus de 30 comtés au Parti libéral en partant. Ça va moins bien pour Stéphane Dion : erreur stratégique, votre journal a publié trop de textes baveux de Dion : des Québécois s’en souviennent ainsi que de la loi sur la clarté.

Le 4 janvier, vous avez eu 81 ans. Bien que je désapprouve complètement l’action idéologique systématique de vos journaux de Gesca contre l’indépendance du Québec, je vous souhaite santé et longue vie et vous demande d’intervenir pour que vos avocats cessent de harceler Vigile.net et Le Québécois qui sont des nécessités pour la vie démocratique au Québec, Les deux millions de Québécois et de Québécoises qui ont voté oui en 1995 ont aussi le droit de s’exprimer et d’être informés.

Sur une note plus personnelle, votre ami Claude LeSauteur est décédé récemment. Avez-vous invité votre nouvelle députée Mme Pauline Marois à venir visiter votre magnifique domaine familial à Sagard question de lui montrer un vrai château qui lui ferait oublier sa modeste demeure de l’ïle Bizard puisqu’il fait concurrence au Manoir Richelieu. J’espère que vous prenez toujours plaisir à prendre des marches le long de la mer à West Palm Beach même si Conrad Black brille par son absence. Serez-vous invité au mariage de Nicolas Sarkozy ; faites la bise pour moi à Carla Bruni. Je serais déçu si j’apprenais que vous vous réjouissez des déboires de Pierre-Karl Péladeau.

Dommage que vous ne puissiez jouir de l’hiver québécois. Plusieurs tempêtes de neige ont blanchi le paysage de la belle région de Charlevoix. Encore une fois, dormez en paix. La Presse et ses artisans veillent au grain. Je n’ai pas voulu trop vous déranger dans votre retraite floridienne bercée par le cri des mouettes. Pendant que le soleil dans son baissant se prépare à disparaître derrière les montagnes de votre domaine de Charlevoix, vous ne serez pas là pour entendre le hurlement d’un coyote et peut-être aussi le cri d’un grand-duc égaré dans le sous-bois entre les grosses épinettes noires quand la nuit descend sur notre pays que nous aimons... et que vous nous empêchez de créer.

Robert Barberis-Gervais, Marie-Victorin, 22 janvier 2008

— Envoi via le site Vigile.net (http://www.vigile.net/) —



Vos commentaires:
  • Le pays que vous nous empêchez de créer
    22 janvier 2008, par Gilles Bousquet
    Vous seriez mieux de lui faire parvenir votre lettre directement dans Charlevoix parce qu’il ne doit pas lire Vigile très souvent.
  • Le pays que vous nous empêchez de créer
    22 janvier 2008, par Gaston Boivin
    Monsieur Barberis-Gervais, je vous salue, vous et votre verve attachante ! Je viens de terminer la lecture de votre lettre à mister Paul Desmarais. Bien-sûr, celle-ci se veut une construction de l’esprit qui a valeur de symbole. Mais elle a quelque chose de plus, elle est en quelque sorte révélatrice d’une situation de fait qui devient de plus en plus évidente au Québec : Le remplacement, graduellement, de la démocratie par une "monnaiecratie". C’est aussi, en quelque sorte, celle d’un sujet, qui, après avoir fait le constat de son état d’asservissement, écrit à son vassal, à son souverain, que dis-je, à son suzerain, pour lui quémander un peu de liberté. Voilà où nous en sommes au Québec, après près de 50 ans de lutte pour la liberté nationale,...à quémander la liberté individuelle même, la liberté tout court, ...la liberté d’expression. Il est grand temps que l’on en prenne acte et que, désormais, l’on cesse de s’auto-accuser entre alliés pour nos insuccès pour au lieu regarder froidement la cause même qui fait que le message ne passe plus et pour y remédier. Cessons de faire du sur-place ! Nous n’avancerons vraiment que le jour où nous ferons, collectivement, ce constat pour ensuite agir en conséquence. Pas de guérison de la maladie sans d’abord un diagnostic valable et ensuite un traitement adéquat !...// Il n’est pas vrai qu’un seul homme, fut-il immensément riche et justement sur la seule prétention du pouvoir que lui procure cette richesse, viendra prendre possession de mes rêves, de nos rêves, de ce que je suis, de ce que nous sommes, de mon pays, de mon histoire, de notre pays, de notre histoire ! Il n’est pas vrai que cet homme du Haut-Canada, qui a su résister à l’assimilation linguistique mais vraisemblabement pas à l’assimilation psychologique, viendra contaminer à tout jamais le Bas-Canada, en l’entraînant dans les sillons se son propre renoncement, de sa propre soumission. Je suis disposé à le sauver de sa propre perte, mais, jamais, il ne m’entraînera, moi et les miens, dans les traces de son abandon de ce qu’il a déjà été par ses ancêtres. Il y a des choses qui n’ont pas de prix ! Halte-là, crésus, tu n’achèteras pas mon âme, tu n’achèteras pas notre âme ! Si c’est vraiment ce que tu désires, retourne donc chez les tiens ou chez ceux que tu considères désormais comme tels en Haut-Canada ! S’il n’en tient rien qu’à moi, jamais Charlevoix ne sera ton royaume tant et aussi longtemps que les restes de mes ancêtres maternels y reposeront et qu’une seule personne de ma parenté y demeurera encore ! Tant qu’à moi, jamais tu ne pourras, malgré ton nom francais, malgré ta richesse, compléter,au nom de tes nouveaux frères, leur sale conquête, qui a donné lieu à ton abandon, pas plus que son emprise totale sur ce que nous sommes ! Desmarais, vas chez le diable !
  • Le pays que vous nous empêchez de créer
    23 janvier 2008, par Grévisse

    Monsieur Boivin, vous écrivez en conclusion :

    "Tant qu’à moi, jamais tu ne pourras, malgré ton nom francais, malgré ta richesse, compléter,au nom de tes nouveaux frères, leur sale conquête, qui a donné lieu à ton abandon, pas plus que son emprise totale sur ce que nous sommes ! Desmarais, vas chez le diable ! "

    L’emportement nous fait toujours négliger notre bonne orthographe(si vous êtes comme moi vous cherchez à vous corriger) 1 : "Tant qu’à" précède un infinitif. Dc ici : "Quant à moi..." 2 : "Va chez le diable" et non "Vas" ça vous a échappé !

    Je le dis parce que le Vénérable se vante à la grandeur du monde d’être un réel Canadien-français et il insiste sur sa différence. Et vu son âge, je le soupçonne d’écrire le français sans fautes. S’il fallait qu’il tombe sur notre site secret, clandestin et subversif, il pourrait se faire fort de dénoncer nos faiblesses d’orthographe comme conséquence de notre vil repli sur nous-mêmes, privés des Lumières de la Mondialisation néo-libérale salvatrice et ENRICHISSANTE par sa diversité langagière et multiethnique plurielle ou GLOBALE...


  • Le pays que vous nous empêchez de créer
    24 janvier 2008
    Grevisse, excusez-moi de m’adresser à vous sans au préalable ne pouvoir vous qualifier du titre de monsieur ou madame car vous pourriez être l’un des deux, l’anonymat, ses aléas et ses inconvénients vous privant ainsi de cette politesse qui, malheureusement, n’est due qu’à celles ou ceux qui ont l’honneur de s’afficher sous leur propre nom. Je sais cependant que vous ne vous appelez pas Maurice dont la grammaire, la meilleure, en ce qui me concerne, m’a accompagné tout au long de mes études et dont, ce qui vous surprendra sans doute, j’ai conservé un exemplaire que, je le confesse, je ne consulte plus. Ceci dit, j’ai en mémoire ce que nous répétait dans notre enfance ma vielle mère, aujourd’hui décédée, à savoir que les règles de la convenance et de la politesse, dans le langage comme dans l’expression écrite sont toutes aussi importantes, sinon plus, que celles de la grammaire. Ma mère n’aurait pas accepté que l’on se permettre de faire une remarque désobligeante à autrui sur son apparence, accoutrement, langage ou écriture, fusse-telle justifiée, ceci étant jugé inconvenant et impoli. Je vous fais cette remarque, car, comme moi, j’ose espérer, que vous aspirez à vous améliorer d’ici la fin de vos jours et je serais heureux , à la lumière de mes modestes moyens, incluant mes moyens grammaticaux, de pouvoir y contribuer. D’ailleurs j’avais, par le passé, déjà remarqué certaines de vos inerventions sur ce site qui, toutes, étaient de même nature : Rabrouer l’intervenant non pas sur le contenu, le fond, ni même la forme,mais sur l’ortographe et les règles de grammaire. Bravo, vous faites avancer la cause ! Par ailleurs, vous semblez très au fait des habitudes du Vénérable, seriez-vous de ses amis ? Travailleriez-vous dans sa vénérable Bible "La Presse" ? D’ailleurs, je ne sais si vous l’avez déjà remarqué, mais, lorqu’il est question, par exemple de la défense par les québécois de la prédominance de la langue francaise, c’est un discours semblabe au vôtre que celle-ci utilise, à savoir qu’ils devraient avant toute chose apprendre à mieux parler et à mieux écrire leur langue avant de vouloir l’imposer. A constater l’ironie qui me semle transpirer des lignes du dernier paragraphe de votre commentaire, cela ne me surprendrait pas ! En terminant permettez-moi deux petites précisions ; 1) Le Petit Larousse, dans toute sa sagesse, au sujet de "Tant", entre autres choses, déclare :"Tant qu’à moi(Fam.), quant à moi." Faut donc croire que j’écris plus familièrement, en me réclamant du petit Larousse plutôt que du Grevisse. 2) Je ne crois pas avoir commis de faute en écrivant à l’impératif présent, deuxième personne du singulier "Desmarais, vas chez le diable" car dans les derniières phrases de mon texte, je suis passé au "Moi" et "Tu" et les derniers mots du texte en tiennent compte, avant Desmarais, il y a un apostrophe imaginaire, figure de style ; Tant qu’à toi, Desmarais, vas chez le Diable !. Grévisse, vous auriez intérêt à vous mettre, en surplus du Grevisse, au Petit Larousse et au style et aux figures de style ! À bon entendeur, salut. Je comprends donc que dorénavant je peux compter sur vous pour corriger mes textes. Quel soulagement de pouvoir ainsi compter sur autrui !







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