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Le pays en cause
Lettres au Devoir
mercredi 23 janvier 2008


En tant que francophone originaire du « reste du Canada » ayant déménagé au Québec afin de pouvoir enfin vivre en français, je me retrouve pantois devant les récentes affirmations de notre ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, au sujet de la langue de service dans les commerces.

Comme plusieurs de mes concitoyens montréalais, j’avais moi aussi constaté récemment une augmentation notable du nombre de commerces, ici à Gatineau, en Outaouais, où les gens ne peuvent pas être servis en français.

Étant donné mes origines, imaginez donc ma consternation lorsque j’ai entendu la ministre St-Pierre dire que les francophones du Québec n’avaient qu’à exiger de se faire servir dans leur langue et que la situation n’était nullement problématique à ses yeux ! Ai-je déménagé au Québec, seul État à majorité francophone de mon coin de planète, afin d’y verser des impôts assez faramineux pour rien ? Si, à moyen ou à long terme, on devait me répondre la plupart du temps : « I don’t speak French » lorsque je voudrai me procurer quoi que ce soit, je me dirai que j’aurais peut-être mieux de fait de rester chez moi. Ma province d’origine a tout de même le mérite de ne pas se vanter d’être un haut lieu de la francophonie, ce que le Québec fait allégrement à qui veut bien l’entendre. [...]

J’ai aussi été surpris d’entendre de la bouche de commerçants québécois les mêmes arguments qu’on me balançait jadis dans mon milieu minoritaire : « On n’a jamais de plaintes au sujet du service en français ! » Pourtant, j’ai longtemps travaillé dans des commerces dans mon patelin francophone minoritaire, et les clients francophones étaient assez nombreux à exiger de se faire servir dans leur langue et à se plaindre quand ce n’était pas le cas. Comme à Montréal en 2008, semble-t-il, on en faisait très peu de cas à l’époque et, lorsque la question était soulevée, on prétendait qu’on ne recevait jamais de plaintes en ce sens !

En déménageant au Québec, je me disais que le problème, c’était sûrement ma province d’origine. Aujourd’hui, au bout d’une réflexion qui aurait été impensable pour moi il y a quelques années à peine, je commence sérieusement à me demander si ce n’est pas plutôt mon pays qui est en cause.

***

Marc Laforest, Gatineau, le 22 janvier 2008

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Premier colloque annuel

L’Institut de recherche sur le français en Amérique tiendra son premier colloque le 28 novembre prochain


No 274 - 2008

3 décembre 2008

Poésie de la Relève

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