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Le passage quasi incognito de Dumont à Paris inquiète Louise Beaudoin
Le chef de l’ADQ aurait dû refuser d’y aller, soutient l’ancienne ministre des Relations internationales
Christian Rioux, Antoine Robitaille
Le Devoir
mercredi 6 février 2008


Paris et Québec — Le refus du premier ministre français François Fillon de rencontrer le chef de l’opposition officielle Mario Dumont, lors de son séjour dans l’Hexagone, représente peut-être un « changement d’attitude » face au Québec, s’inquiète Louise Beaudoin. Mais à Paris, l’ancien premier ministre Jean-Pierre Raffarin a nié cette thèse hier, promettant même de faire pression personnellement pour que Matignon reçoive M. Dumont, qui est en Europe jusqu’au 12 février.

Pour l’instant, « on a l’impression que la France traite Dumont [...] comme on traiterait le chef de l’opposition de n’importe quelle province, ou de n’importe quelle entité sub-nationale », a déclaré au Devoir l’ancienne déléguée générale à Paris et ex-ministre péquiste des Relations internationales. Elle craint que ce soit là une autre des « ruptures » du président Sarkozy. « Et le pire, c’est que M. Dumont semble accepter ça. Il aurait dû refuser d’y aller, protester », croit-elle. Elle souligne que « tout précédent est crucial en diplomatie », ce que le chef adéquiste et son entourage « semblent ignorer ». Depuis des années, tout chef de l’opposition québécoise, lorsqu’il se rend en France, rencontre le premier ministre français. « C’est sacré », lance l’ancienne ministre. Elle se souvient même d’être intervenue en 2003 pour que Jean Charest, alors chef de l’opposition, rencontre M. Raffarin, alors premier ministre. Ce dernier s’en souvient également : « Il avait fallu tordre mon emploi du temps pour recevoir Jean Charest. Mais je l’avais fait, évidemment ! »

Au reste, M. Raffarin est formel : il ne faut voir dans le cas actuel aucun précédent fâcheux, mais simplement un conflit d’emploi du temps dû à la fin de la session parlementaire et à la campagne électorale des municipales. Il affirme que la tradition diplomatique doit être maintenue et promet même de donner un coup de fil personnel à Matignon. « C’est un principe auquel on reste attaché. En général, le premier ministre français ne reçoit que les premiers ministres, mais le Québec ayant un statut singulier dans la diplomatie française, on peut avoir vis-à-vis de l’opposition une position singulière aussi. » Il assure que le prochain chef de l’opposition du Québec sera très certainement reçu à Matignon. D’ailleurs, confie-t-il, « Matignon cherche toujours un moment pour parler avec Mario Dumont ».

Responsable des contacts officiels auprès des autorités françaises, le délégué général du Québec à Paris, Wilfrid-Guy Licari, s’est dit « désolé » de la situation, hier, mais assure avoir tout fait pour que M. Dumont soit reçu à Matignon. « Nous avons fait toutes les démarches au niveau du Quai d’Orsay, du directeur de cabinet de M. Fillon lui-même, y compris du consul général de France à Québec. » Il faut comprendre, croit-il, que le gouvernement Fillon est « un nouveau gouvernement, assez récent, qui n’a pas encore des traditions établies par rapport à ce qui existait avant ». Mme Beaudoin bondit : « Ou bien ils [les diplomates de M. Licari] ne sont pas bons, ou bien la France change par rapport au Québec. Les deux hypothèses sont inquiétantes. » Cela, ajouté au récent voyage du premier ministre Charest à Londres, où il n’a « rencontré personne », fait craindre le pire pour les relations internationales du Québec, croit-elle.

Mario Dumont en était hier à sa seconde journée à Paris. Il a rencontré le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande, et une dizaine de sénateurs. Habitués au bipartisme québécois, ces derniers ont voulu savoir où se situait le chef adéquiste par rapport aux deux autres partis : à équidistance, a répondu M. Dumont, qui a terminé sa soirée à l’Olympia, au spectacle de l’humoriste Stéphane Rousseau.










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