Il n’y a pas si longtemps, les étatsuniens ont bloqué les arabes qui voulaient acheter je ne me souviens plus quoi, était-ce des raffineries ou des compagnies aériennes ? Ce geste des étatsuniens m’était apparu légitime ; ici au Québec ce n’est pas légitime, nous n’avons rien de stratégique à préserver, notre Québec public (télé, radio etc.) continue toujours à relativiser à l’extrême, à opposer sans mesure et à tuer ainsi le message, le sens de l’information. C’est ainsi qu’est partie Alcan, c’est ainsi qu’on joue nos avoirs à la CDPQ en spéculant sur les marchés financiers.
La nomination précipitée de M. Sabia est un autre coup fourré, une « claque dans face ». Celui qui l’a choisi en a été ébloui, eh ben ! Moi, ce qui me chicote un peu avec ce monsieur, au-delà de ses incompétences pour le poste qu’il occupe, c’est qu’il a grandi dans la fonction publique canadian, il était un mandarin à Ottawa si j’ai bien compris. On sait que les élus passent mais les fonctionnaires durent et perdurent. 50% des actes du gouvernement sont le fruit de décisions des hauts fonctionnaires. Ces gens ont l’esprit habitué à gérer quelque chose d’abstrait, le domaine public. Habituellement leurs erreurs sont sans conséquences directes pour eux. Ces gens acquièrent bien des certitudes sur la manière de faire les choses.
A mes yeux cette nomination de M. Sabia à la CDPQ est une autre manifestation de cette déconstruction plus ou moins délibérée du Québec. Ça a commencé sous Lucien Bouchard, cet intouchable (selon le mot de Josée Legault). Tous les premiers ministres suivants, libéraux et péquistes, ont poursuivi dans la même veine. Et il me semble que Pauline Marois, si on se fie à ses idées, ferait encore pire que ses prédécesseurs.
On ne peut pas se donner des dirigeants qui ont la mentalité de l’adversaire, surtout quand celui-ci se comporte en ennemi qui nous détruit, c’est se tirer dans le pied. C’est ce qu’a fait le PQ avec la nomination d’Henri-Paul Rousseau (ce devait être une décision de Bernard Landry). Au surplus, M. Sabia est une bombe à retardement : elle explosera le jour où quelqu’un le mettra dehors, une autre occasion d’ostraciser les souverainistes.
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Comment remettre en marche le mouvement souverainiste ? Conceptuellement, qu’est-ce qui doit être changé dans notre comportement ? Et qu’est-il possible de faire, où devons-nous concentrer nos efforts ? Est-ce qu’il y a des chiffres donnant un portrait politique d’ensemble de ce que nous sommes nous les Québécois ?
Chez les sympatisants à l’idée de se doter d’un pays, quelques uns poursuivent un but, celui de l’indépendance nécessaire du pays, et sont déterminés. Mais il n’y a personne au PQ. Depuis de nombreuses années ce parti se comporte comme quelqu’un qui est redevable, qui n’a pas les coudées franches. Les gens du PQ refusent d’admettre que même si la bonne entente avec des gens comme Paul Desmarais est économiquement positive, à la fin, ce sera toujours le Canada au détriment du Québec. Avec tout ce qu’on en voit, manifestement, il est inconcevable qu’un parti véritablement souverainiste trouve intérêt à s’associer en affaire avec des gens de Power Corporation. J’ai beaucoup de misère avec ça, c’est de l’aveuglement volontaire.
Je ne dis pas qu’il faut être à gauche ou contraindre les néolibéraux péquistes, je dis qu’il faut qu’un regard différent émerge un jour des instances du PQ. Comme au hockey, au bout d’une décennie, si les résultats ne sont pas là, il faut renouveler le personnel au deuxième étage. Comment fait-on cela ? Faut-il convertir tous les militants automates qui trouvent que ça va bien ?
J’aimerais connaître le pourcentage de gens qui sont fédéralistes mais nationalistes québécois aussi (pas les nationalistes canadians comme les gens du PLC). Combien sont-ils à Québec et en Beauce ? Il y a peut-être plus de conservateurs que de progressistes, connaissez-vous le ratio ? Il faut savoir à qui on s’adresse.
J’aimerais aussi connaître les gens qui sont anti-nationalistes de gauche, comme Gilles Courtemanche ou Christiane Charrette par exemple. J’ai le sentiment qu’il y en a plusieurs parmi les différentes personnalités publiques qui font et qui commentent l’actualité. Même chose pour leur conservatisme ou leur progressisme, quels sont les pourcentages ? Fait-on les liens, croise-t-on les résultats sous l’angle d’un souverainiste déterminé à procéder à la naissance du pays ? Est-il raisonnable d’espérer qu’un jour, chaque député souverainiste à Québec et à Ottawa maitrise bien ces données ?
M. Gilles Verrier résume très bien la situation avec la CDPQ dans son texte « Les fonds collectifs des Québécois ont-ils une identité ? » (http://www.vigile.net/Les-fonds-col...) . Chez l’adversaire mais aussi dans nos rangs, il serait très intéressant de quantifier et d’identifier les intouchables, ceux pour qui notre subordination à Toronto, New-York ou Washington est normale et désirée. Ces néolibéraux apatrides ne voient plus clair, ils sont intoxiqués par le capital. Comme on en retrouve partout dans le monde, ce sont des lions qui vivent près des troupeaux de gazelles qui elles, ne sont objectivement qu’un garde-manger perpétuel. Les gazelles ne font pas partie de leur monde. Les intouchables les plus décidés, le genre d’individu condamnable qui achète des politiciens européens, nous entretiennent afin que nous restions toujours des gazelles.
Il faudrait au moins que nos représentants ne s’acoquinent pas à ce cercle hostile. Qu’ils les dénoncent et se dressent ouvertement devant eux. Il nous faut des représentants qui n’ont pas les mains attachées. Nous avons besoin de gens qui parlent de façon constante et cohérente, sans jamais occulter l’objectif de la souveraineté. Je ne demande pas qu’on se mette à prêcher l’indépendance, surtout pas, je demande qu’on cesse de la camoufler. Il faut faire exister publiquement le discours souverainiste, habituer les gens à ça, leur permettre de digérer autre chose que le néolibéralisme anti-nationaliste actuel.
Un moyen pour occuper un peu mieux l’espace public est de conclure un pacte entre le PQ, QS et l’ADQ, au moins voir si c’est possible. Que le PQ comprenne et accepte que l’objectif recherché depuis des décennies dépasse ses ambitions partisanes. Qu’il comprenne donc enfin que jamais la souveraineté n’adviendra s’il se contente de rallier 40 % des gens aux élections. Il faut faire plus que ça. C’est le temps de faire un pacte, pas dans 4 ans. Les autorités du PQ devraient travailler immédiatement à cela.
Si seulement un chef souverainiste pouvait avoir l’intelligence de ces choses sans se laisser submerger par les réflexes d’auto-conservation du parti, s’il pouvait avoir le talent de synthétiser l’important et de le communiquer aisément. Il n’est pas nécessaire d’avoir beaucoup de charisme, il suffit de s’adresser à l’intelligence des gens. Dans chaque tribune publique il faut parler des problèmes quotidiens et ceux qui sont structurels en les envisageant souverainement, c’est-à-dire en se donnant la liberté d’examiner tout ce qui est objectivement possible sans contrainte arbitraire ou externe, comme le lien fédéral. Prendre la posture du pionnier, cesser de quémander et de jouer le jeu. Il m’apparaît maintenant que sans un tel chef, la population ne changera pas son attitude passive. Amir Khadir, lui, a parlé avec son cœur à son premier jour à l’Assemblée nationale, les péquistes devraient s’en inspirer.
