Du grand théâtre que nous livre le premier ministre du Québec, depuis le déclenchement de la campagne électorale fédérale ! Le voir faire le dos rond face à Ottawa et présenter une image nationaliste amuse ! Personne ne sera dupe au Québec cependant : le comportement qu’adopte Jean Charest soudainement est purement électoraliste.
N’empêche que le premier ministre du Québec a été rabroué la semaine dernière par ses maîtres d’Ottawa. Les Québécois l’avaient pourtant prévenu. « L’arrangement financier » qui est survenu avec le gouvernement canadien, durant le dernier scrutin provincial, n’aurait jamais dû financer partiellement des baisses d’impôt. Les sondages au Québec à ce moment étaient formels : la population n’en voulait pas et préférait que l’argent ragaillardisse entièrement le budget gouvernemental. N’était-ce pas ce que tous les premiers ministres québécois revendiquaient depuis 1994 ? Tous ont en effet dénoncé les compressions sauvages du gouvernement fédéral qui a équilibré son budget sur le dos des provinces, pour ensuite accumuler des surplus scandaleux.
En allégeant le fardeau fiscal des Québécois en 2007 à l’aide des transferts du gouvernement fédéral, Jean Charest a anéanti des années de luttes. Il a permis à Stephen Harper de proclamer que le déséquilibre fiscal était réglé et que Québec jouissait même d’une marge de manœuvre financière. Le chef libéral et son ministre des Finances ont beau tonner qu’il n’en est rien, reste que leur astuce électorale vient de coûter cher aux Québécois.
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Le nouveau cheval de bataille du premier ministre libéral ne convainc guère davantage. Revendiquer l’ensemble des compétences en matière de culture parce que le gouvernement conservateur vient d’amputer 45 millions à son financement pue l’électoralisme. Quelle aubaine en effet pour dénoncer le gouvernement canadien, sans que cela ne touche au domaine constitutionnel ! Il y a donc là une belle occasion pour prendre ses distances face à Ottawa, sans que cela n’alimente trop le camp souverainiste. Un leitmotiv gagnant, lors d’une campagne électorale québécoise qui pourrait survenir dans un avenir pas trop lointain.
Surtout que le camp souverainiste n’est tout simplement plus là. En ayant à offrir à la population qu’une bonne « gouvernance provinciale », le Parti québécois ne peut vraiment se démarquer des libéraux. S’il exige aussi les pleins pouvoirs en matière culturelle, ce ne sera que pour en jouir dans l’espace canadien. Le PLQ misera alors sur son expérience fédéraliste pour persuader l’électorat de le préférer aux péquistes. Au mieux, les libéraux demanderont le mandat à la population de piloter ce projet où ils solliciteront l’aide des partis d’opposition à l’Assemblée nationale. Il sera alors difficile pour les péquistes et la bande à Mario de ne pas y collaborer…
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C’est Stephen Harper qui pourrait néanmoins venir à la rescousse du Parti québécois, lui qui a déjà refusé la requête de Jean Charest. Son « fédéralisme de fermeture » face à ce qui permet au Québec d’exprimer avec vigueur sa différence, soit sa culture, heurte de plein fouet cette fameuse reconnaissance nationale. L’intervention récente de certains artistes québécois pour condamner l’intransigeance d’Ottawa est une rafraîchissante première depuis le référendum de 1995. Leur concours pour défendre ce dossier forcera le chef libéral à montrer ce qu’il a réellement dans le ventre. Le premier acte qu’il a livré dernièrement au public devra faire place à un second, beaucoup plus musclé celui-là. Et c’est là que les péquistes devront profiter de la situation pour ranimer l’article 1 de leur programme, ce pourquoi leur parti existe.
Jean Charest sonne faux, dès qu’il est question de la défense des intérêts du Québec. Il n’y a qu’à constater son refus d’appuyer le parti souverainiste à Ottawa pour le prouver. Parce qu’il n’y a que le Bloc québécois qui a les coudées franches aux Communes pour faire avancer le Québec. Personne ne s’y trompera : ses récentes colères envers le Parti conservateur de Stephen Harper ne sont qu’une tragicomédie. Son jeu d’interprétation ne vise qu’à servir ses intérêts personnels. Une bien vilaine prestation qui ne mérite pas de subvention fédérale.
Patrice Boileau

