Traduire l’histoire autour de l’adoption de principe du projet de loi 115 se passe de déclarations solennelles. Jamais il n’aura été question ce jour-là d’un grand peuple, d’un premier ministre du Québec qui illustre la représentativité effective de cette réalité et une préoccupation tout autant pionnière que continuatrice du fait français en Amérique. Tout au plus, on ne s’embarrasse point de prétextes pour passer en mode attaque. Fouler aux pieds le principe même de la liberté d’expression, c’est être pieds et poings liés, en totale contradiction avec cette idée des deux mains sur le volant. Quoi qu’on dise et quoi qu’on fasse, il faut prendre cet aveu de faiblesse comme une réelle nécessité d’agir, qui que nous soyons.
Habituellement, lorsque nous parlons de la charte de la langue française, nous décrivons son objet principal, la langue française et ses rapports avec notre citoyenneté. Pour le moment et tant et aussi longtemps que l’on se saisit du modus operandi en cours du gouvernement libéral, de sa prétention et de son acharnement à distiller des mesures législatives sans qu’il ait même à se prononcer sur le bien-fondé ou non d’une telle démarche, nous assistons à une rupture constante du contrat social avec la population québécoise.
Sans cérémonie aucune, la communication politique des acteurs-actrices du PLQ traduit certains motifs profonds d’un agir - ou d’une inaction constante - à l’égard de la majorité linguistique d’expression francophone. Quand il nous est donné à voir, lire et entendre l’historique avec un petit h et dérouler ce fil soi-disant historique, nous tendons un certain fil d’Ariane. Ce qui peut mettre la puce à l’œil – puisque je lis les transcriptions – lorsque nous flairons « l’histoire, l’historique » dixit Christine Saint-Pierre, et que nous qualifions « d’excessi[ve]s », de « radicales » quelques mesures, positions prônées de part et d’autre, nous nous dirigeons vers certaines fictions et ruines circulaires.
Quand, au moment de mentionner les écoles centenaires anglophones, nous voyons de l’emphase, de la surenchère même et de l’émotivité, réelle ou feinte : « historiques, exceptionnelles, exceptions historiques, deux cas d’exception, habituellement, historiques, fragilisées » dixit Line Beauchamp. Nul ne sera dupe : les intentions sont présentes. Le cas échéant, pour viser une coexistence linguistique viable, il nous faut renégocier ce rapport à l’histoire de notre peuple. Il nous faut remettre les instruments d’appropriation de notre langue commune entre les mains de la volonté populaire. La majorité des voix de la population québécoise n’aura point à se substituer ou même encore à se subordonner à quelque prétention de la minorité d’expression. Le joug du bâillon est le même pour tout le monde. Nous pourrions fort bien épiloguer à propos de quelque discours de la servitude volontaire.
De l’aveu même de notre premier ministre, la tyrannie consisterait de l’expression même d’une intention d’action. Que l’on soit un criminel, un média, un avocat de formation ou encore un politicien professionnel, la joute, l’amalgame et la corruption systématique auraient prévalence. Nonobstant l’intention affichée et la force d’une loi, la légitimité fait foi de tout.
Il semble bien vain de persister dans le réflexe partisan. Il était triste de voir que les positions nettement campées de part et d’autre aient déconstruit d’elles seules l’expression même de quelque consensus toujours à travailler. Nous pouvons fort bien se dire pragmatiques, voire équilibrés, lorsque nous sommes opaques le jour de l’accomplissement d’une pièce législative, il est fort bien peu bienséant de qualifier l’historique comme une réalité. Prenons cela comme un manque de sagesse, même au-delà de quelque préoccupation à se prémunir contre les poursuites judicaires. Nous retiendrons cette longue séance tenante que fut la séance extraordinaire du 18 au 19 octobre 2010 comme étant l’expression achevée du marathonien immobile dans son actualité la plus drue.
Considérant que j’ai écrit un mémoire concernant les consultations relatives au projet de loi 103, que je me suis présenté en personne aux audiences de la commission et que j’ai persisté en signant, j’inscrivis une certaine démarche. Notamment, je n’avais point dit à cette occasion précise quelle ligne d’action il fallait adopter, que je laissais cette initiative au gouvernement, de concert avec l’opposition, et qu’il avait à exercer son jugement. Connaissant mes prises de position passées et un certain juron bien senti, le gouvernement pouvait fort bien lire entre les lignes ce que je donnais à voir. Pour le moment, je ne puis dire que je soie impressionné de la tangente empruntée. Tout au plus, je dirai que je me mets en réserve de la nation. Je n’oublie pas non plus ma condition de Sourd Québécois et cette Option Sourde que je poursuis.
Solidairement, je salue de la main ce formidable élan qui a accéléré un certain cours d’existence dans l’histoire de Vigile.net. Plus que jamais, nous pouvons témoigner de la pérennité de notre cause collective. J’encourage chaque étincelle qui se suscite en nous et je vous invite à poursuivre les diverses causes qui viendront à nous réunir dans le combat en faveur de l’indépendance de statut du Québec souverain. Qu’importe, nous tenons à la diversité linguistique pérenne de notre être national et nous y ferons honneur, même que nous le faisons déjà. Abattons le mur du bâillon schiste.

