Le monument de l’oubli

Par leur démagogie irresponsable, M. Landry et la SSBJ contribuent à banaliser la violence et ses conséquences dans une société démocratique.

mardi 19 octobre 2010

Après avoir dit qu’il était d’accord avec « toute la pensée » de Pierre Falardeau, lequel a toujours glorifié les terroristes felquistes comme des héros ou des victimes, Bernard Landry en rajoute maintenant en vantant le geste de la SSJB qui élevait samedi un monument aux « centaines de personnes emprisonnées durant la Crise d’octobre, tous des innocents ».

Bernard Landry oublie malheureusement les faits pour mieux masquer les défaillances de ceux des siens dont le comportement pendant la crise aura été mal avisé, voire même déplorable. Une telle attitude fournit dans les faits une caution à ceux qui ont élevé l’enlèvement et le chantage terroristes comme solution légitime à des problèmes politiques, mettant du même coup le processus démocratique en péril.

En effet, M. Landry « oublie » que sur les 497 individus appréhendés au total (et honorés sur le Monument de la SSBJ), seules 103 personnes ont été incarcérées injustement pendant cette période. Les 394 autres avaient d’une façon ou d’une autre appuyé, publiquement ou par leurs gestes, les fins violentes du FLQ de faire une révolution marxiste et sécessionniste et de renverser le gouvernement démocratiquement élu du premier ministre Bourassa.

C’est la conclusion à laquelle en est venu le Protecteur du citoyen du Québec, dès mars 1971, à la suite d’une démarche entièrement indépendante. Les 103 personnes incarcérées injustement ont toutes eu droit à une compensation de l’État québécois allant jusqu’à 30 000 $, en dollars de l’époque, et ont signé une quittance.

M. Landry « oublie » que le 15 octobre 1970, c’est le gouvernement du Québec, et non le gouvernement fédéral, qui, avec le soutien unanime des chefs des trois partis d’opposition de l’époque à l’Assemblée nationale, y compris Camille Laurin, chef parlementaire du Parti québécois, a appelé le Régiment de Valcartier de l’armée canadienne en renfort pour aider les autorités policières québécoises à mater ceux qui défiaient la démocratie par leurs crimes et leurs appels à la violence. En tout temps, les soldats canadiens prenaient leurs ordres du chef de la Sûreté du Québec.

Une bonne décision

Il « oublie » aussi que l’arrivée de l’armée a eu pour effet de rassurer la population, de calmer les fomenteurs de trouble, et d’éradiquer, non pas le mouvement indépendantiste, mais bien le terrorisme et ses méfaits.

Il « oublie » surtout que René Lévesque a affirmé, dans sa chronique du Journal de Montréal du 30 octobre 1970, que la décision de faire appel à l’armée avait été « la bonne décision » et que les citoyens du Québec ont à l’époque, dans leur immense majorité, approuvé sans réserve cette démarche qu’ils trouvaient légitime pour contrer les insurgés et rétablir l’ordre.

Finalement, il fait fausse route en prétendant que la Loi sur les mesures de guerre aurait « suspendu la Constitution et l’ensemble des droits et libertés ». Elle n’a prohibé que l’appui aux gestes violents du FLQ. La liberté d’expression, même à l’encontre de cette Loi, la liberté de presse et la liberté de rassemblement furent préservées. À preuve, les rassemblements étudiants, dont celui où fut chaudement applaudie l’annonce de l’assassinat de Pierre Laporte, ne furent pas interdits. Les dirigeants et les organes du PQ continuèrent à se réunir et à faire des déclarations publiques pendant toute cette période. Les médias ne furent jamais gênés dans leurs activités, contribuant même au contraire parfois à exacerber la crise.

Par leur démagogie irresponsable, M. Landry et la SSBJ contribuent à banaliser la violence et ses conséquences dans une société démocratique.

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Bernard Amyot - Ancien président de l’Association du Barreau canadien et auteur de la préface du livre de William Tetley, Octobre 1970 : Dans les coulisses de la Crise (Éditions Héritage)


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Crise d’Octobre ’70 - 40e anniversaire

Quel salaud quand même, ce PET

PET passe, le peuple demeure !

Bonjour, j’ai vu votre liste des victmes de la loi des mesures de guerre
lors de la crise d’Octobre 1970. Je voulais tout simplement vous écrire
pour rajouter le nom de mon père Jean-Pierre Gagné qui a été emprisonné
durant 19 jours à Orsainville, près de Québec. Il était un étudiant âgé de
21 ans à l’époque.

Merci Beaucoup !
- Thomas Gagné, 26 avril 2012

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