L’indépendance est l’affaire de tous les Québécois, peu importent leurs attaches partisanes

Le miroir écossais et la convergence des indépendantistes

Il faut cesser d’abandonner la question nationale à des partis politiques qui s’entredéchirent

vendredi 8 février 2013

Le refus du premier ministre écossais Alex Salmond de se montrer en public en compagnie de Pauline Marois par peur d’être associé à deux échecs référendaires est le symptôme des problèmes qui minent l’indépendantisme québécois : le « référendisme » et la dispersion de leurs forces.

Il n’y a pas que le gouvernement écossais qui a peur ; les Québécois aussi. Par deux fois, ils ont âprement goûté à la défaite. Aujourd’hui, ils semblent installés dans un réflexe défensif naturel. La crainte (savamment exploitée par nos adversaires fédéralistes) d’une nouvelle blessure référendaire, et non la peur de l’indépendance elle-même, agit en paralysant et freine la progression de notre projet.

D’autant plus que, pour tous les indépendantistes, la présente situation est décevante : le Parti québécois se retrouve aujourd’hui en situation de gouvernement minoritaire ; Québec solidaire n’a pas remporté la moitié des comtés que cette formation espérait gagner et Option nationale a perdu son seul député. Voilà qui devrait rendre impérative la convergence de toutes nos forces.

L’attitude du gouvernement du Scottish National Party nous renvoie donc à nous-mêmes. Appelons cela le miroir écossais. Plutôt que d’y voir dilution et étiolement, il nous faut y voir une invitation au questionnement, à l’approfondissement de notre réflexion et de notre lutte pour l’indépendance.

La question du référendisme

Ce questionnement, selon nous, doit porter sur au moins deux grands enjeux. Le premier est le « référendisme », cette façon de concevoir le projet indépendantiste à travers la seule lorgnette du référendum.

Point cardinal de toute réflexion et de tout engagement politique, tout se joue là, laissant ainsi le peuple face à une seule issue : la victoire ou le recul durable ; l’indépendance ou le statu quo. Au-delà de son principe éminemment démocratique, cette façon de concevoir l’avenir a-t-elle été fertile pour notre liberté ? Ne conduit-elle pas plusieurs politiciens ayant pris la mesure de la peur chez leurs concitoyens à une impasse discursive et politique, soit celle d’être indépendantistes sans l’être ouvertement ? Et d’autres à reprocher aux premiers cette même impasse ? Est-ce cela qui conduit les uns et les autres, en rangs dispersés, à chercher une solution au référendisme sans jamais la trouver tout à fait : au PQ dans la gouvernance souverainiste et le référendum d’initiative populaire ; chez Québec solidaire dans une assemblée constituante, chez Option nationale dans une élection référendaire ? Ne devrait-elle pas conduire tout ce beau monde à chercher une solution ensemble ? Comme de concevoir une proposition qui ménagerait des issues et ferait tout de même avancer le Québec en cas de nouvel échec, en même temps que l’on remet le projet d’indépendance en route ?

Car après tout, on ne joue pas à la loterie avec l’avenir d’un peuple.

L’impératif de la convergence

L’autre grand enjeu à examiner, nous semble-t-il, est celui de la dispersion de nos forces. Plus que jamais, nous sommes en face d’un impératif commun : celui de nous rassembler, nous reconnaître dans nos différences et travailler à déterminer les possibilités de convergence de toutes nos forces.

Car la seule façon pour les indépendantistes de pouvoir sérieusement envisager l’indépendance du Québec est d’abord de se réunir. Est-ce nécessaire pour autant de nous ressembler ? Non. Mais de se respecter ? Si.

La Convergence nationale, c’est d’abord et avant tout un projet de mobilisation non partisane, un moment pour mieux penser la cohésion des indépendantistes, un lieu de dialogue ouvert à la diversité des courants d’idées. Il nous faut nous retrouver, clarifier nos objectifs et préciser nos engagements. Tout cela, croyons-nous, est urgent. Et tout cela mérite de faire l’objet de débats ordonnés.

Il faut faire aussi les nécessaires examens de conscience que le mouvement indépendantiste n’arrive pas à faire, engoncé qu’il est entre plusieurs partis, pris eux-mêmes entre leur base militante et celles des autres partis. Sinon, le risque est grand que, sous l’action partisane, les différences d’opinions deviennent à la longue des antagonismes insurmontables. Dans ce contexte, il est nécessaire de revenir au coeur de la politique sans intermédiaires, de citoyen à citoyen.

Vers des primaires indépendantistes ?

Il est temps que les indépendantistes cessent d’abandonner la question nationale à des partis politiques qui s’entredéchirent. Il est temps qu’ils deviennent les auteurs de leur propre histoire, qu’ils fassent une plus grande place à leur citoyenneté critique et jettent les bases d’un acte fondateur.

En l’absence de leader pouvant fédérer toutes les aspirations idéologiques divergentes, doit-on inventer une nouvelle formule pour se prémunir des pénalités qu’inflige le système parlementaire britannique à tous ceux qui se divisent ? Que ce soit par exemple via un parapluie d’action politique commun, une déclaration commune ou l’organisation de primaires indépendantistes ?

Ce qui est certain est que le conformisme, la torpeur et l’inertie doivent être surmontés. C’est un défi lancé contre l’air du temps : sommes-nous capables de reconnaître notre diversité au point de la formaliser dans un souffle commun ? C’est une invitation et une responsabilité collective que nous avons vis-à-vis de notre pays.

Car sinon, où va le Québec s’il demeure au sein du Canada ? Que pouvons-nous espérer d’un pays qui s’éloigne de nous, dans sa direction comme dans ses valeurs, et au sein duquel le Québec est en minorisation croissante… et en réorganisation économique évidente ?

Voilà en somme pourquoi nous proposons à tous la tenue d’un congrès de la Convergence nationale du 10 au 12 mai prochain au Palais des congrès de Montréal. Si la liberté est toujours notre désir, il faut la rendre possible et unir la nation derrière elle. Loin d’être un exercice naïf, un dialogue conduisant à la reconnaissance mutuelle constitue, à lui seul et en soi, une fin utile et nécessaire.

***

Jocelyn Desjardins, coporte-parole et président ; Lauréanne Daneau, coporte-parole ; Jason Brochu-Valcourt ; Atim Léon Germain ; Benjamin Hogue ; Danic Parenteau

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Crédit Photo : Jacques Nadeau, Le Devoir


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