Le ministre (de Montréal) est-il fou des Francos ?

difficile de ne pas voir dans le geste d’Industrie Canada de la mesquinerie, du mépris et une gouvernance chaotique, désorganisée et arbitraire.

samedi 29 mai 2010

En cherchant bien, on pourrait finir par trouver deux ou trois bonnes raisons justifiant la décision d’Industrie Canada de ne pas accorder aux FrancoFolies de Montréal une aide de 1,7 million qui lui semblait pourtant acquise.

Ces raisons pourraient aller du changement d’orientation du programme à un souci d’équité régionale, en passant par la volonté de privilégier les plus petits événements touristiques qui ne jouissent pas d’une grande visibilité.

Industrie Canada aurait même pu laisser entendre sans le dire trop ouvertement que Spectra reçoit déjà beaucoup d’argent du gouvernement et devrait se contenter des 3 millions versés au Festival de jazz sans en réclamer davantage.

Bref, les raisons justifiant la décision de dernière minute d’Industrie Canada de supprimeer la subvention des FrancoFolies ne manquent pas. Pourtant, à ce point-ci de l’affaire et à la lumière de ce que révélait La Presse cette semaine, il est difficile de ne pas voir dans le geste d’Industrie Canada de la mesquinerie, du mépris et une gouvernance chaotique, désorganisée et arbitraire.

Commençons par l’arbitraire. Nous avons appris cette semaine - et le chiffre a été confirmé par Industrie Canada - que les 100 millions qui devaient pendant deux ans aider les événements et les organismes touristiques à mieux affronter la récession n’ont pas été entièrement attribués. Jusqu’à tout récemment, il restait dans les coffres d’Industrie Canada 12 millions et des poussières qui auraient pu faire le bonheur non seulement des Francos, mais d’une poignée d’autres événements laissés sur le carreau comme le Festival du film de Toronto, le défilé de la Gay Pride, le festival de Musique de chambre d’Ottawa ou même le festival Montréal en lumière. Tant pis pour eux. Sans même chercher à se justifier, Industrie Canada a préféré envoyer la balance de 8 millions à la Commission canadienne du Tourisme, qui ne fait rien d’autre que de la promotion.

Deuxième exemple d’arbitraire. En principe, seulement deux événements par ville ont droit à l’aide d’Industrie Canada cette année. Pourtant, Québec et Winnipeg échappent à cette règle de deux grâce à des banlieues ou à des villes périphériques situées à 15 minutes de leurs centres. Ainsi, Lévis et son Festivent ont été sauvés des coupes, tout comme le Winnipeg Centennial Folk Festival, qui se tient dans le parc provincial, à une vingtaine de kilomètres de Winnipeg. Dans les deux cas, l’aide consentie aux événements de Lévis et du parc provincial de Winnipeg s’ajoute aux sommes versées aux deux autres événements choisis dans les deux villes centres. Deux poids, deux mesures.

Le diable est dans les détails, comme dit l’expression. Dans ce cas-ci, le diable n’en fait qu’à sa tête, invente des nouvelles orientations qu’il s’empresse de contourner et surtout ne se gêne pas pour aller à l’encontre de son propre mandat.

Le Canada, on le sait, est un grand pays. Ses villes et ses régions n’envisagent pas toutes le tourisme de la même manière. En principe, Industrie Canada aurait dû reconnaître la spécificité touristique propre de chacun. Son ministre aurait pu profiter de l’occasion pour reconnaître que Montréal n’est pas une ville de rodéo, ni l’endroit où l’on consomme le plus important volume de côtes levées au monde. Montréal est d’abord une ville d’expression française, puis la capitale canadienne des festivals. C’est sa marque de commerce touristique. Tout le monde sait cela. Industrie Canada ne pouvait l’ignorer et pourtant, au lieu de tenter de stimuler cet aspect de la marque, on semble avoir voulu étouffer sa spécificité.

Pour sauver les meubles, il aurait fallu que quelqu’un du gouvernement Harper se porte à la défense de Montréal. Quelqu’un comme le lieutenant du Québec et ministre de Montréal par défaut. J’ai nommé Christian Paradis. Où est-il dans toute cette histoire, et pourquoi n’a-t-il rien fait pour aider Montréal et ses FrancoFolies ? Est-ce parce que le ministre avait d’autres chats plus importants à fouetter, ou parce qu’il n’est pas fou de Montréal et encore moins fou des Francos ? À moins de 10 jours du premier festival montréalais de l’été, la question demeure entière.


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